TER trop larges : la SNCF et RFF sommés de s'expliquer

(Après l'affaire des TER trop larges, Guillaume Pépy est sous le feu des critiques © Maxppp)

Les révélations du Canard Enchaîné sur les 2.000 rames de TER commandées par la SNCF et finalement trop larges pour des centaines de quais de gares font réagir la classe politique, qui met en cause la direction. Le gouvernement exige une enquête de la part de la SNCF et de Réseau ferré de France.

Si l'affaire amuse beaucoup les réseaux sociaux depuis mercredi soir, elle fait moins rire la classe politique française. Les révélations du Canard enchaîné, qui raconte mercredi dans ses colonnes que les 2.000 nouvelles rames de TER commandées par la SNCF sont trop larges pour des centaines de quais français, est une pilule qui a du mal à passer auprès de certains.  D'après les dernières estimations, les travaux pour réparer cette erreur pourrait coûter 50 millions d'euros.

Guillaume Pépy "doit démissionner "

Mercredi, la rapporteure PS du budget à l'Assemblée nationale Valérie Rabault a carrément réclamé la démission de Guillaume Pépy, le président de la SNCF. "50 millions d'euros, c'est beaucoup d'argent et on est la risée de la presse internationale ", a-t-elle déclaré aux journalistes dans les couloirs du Palais Bourbon. Le président de la SNCF a refusé de lui répondre.

Guillaume Pépy : "Aucune conséquence financière"
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Plus tôt dans la journée, le gouvernement avait exigé de la part de la SNCF et de Réseau ferré de France (RFF) une enquête. "J'ai demandé à Jacques Rapoport (président de RFF) et Guillaume Pepy (président de la SNCF) par courrier qu'il y ait une enquête interne ", a annoncé mercredi sur France Inter le secrétaire d'État aux Transports, Frédéric Cuvillier, qui souhaite pouvoir "identifier la façon dont les choses sont décidée s".

Quant à la droite, elle s'est également exprimée par la voix du président de l'UMP, Jean-François Copé, qui a jugé "kafkaïenne " cette affaire. "De ce que j'en sais, c'est d'abord de la responsabilité de la SNCF et de Réseaux ferrés de France (...) C'est une affaire dont on ne sait pas grand chose si ce n'est un résultat kafkaïen et qu'il nous faut décrypter. Attendons que les dirigeants de ces entreprises apportent des éléments d'explication, d'éclairage et on verra ensuite la chaîne des responsabilités ", a ajouté le député de Seine-et-Marne sur La Chaîne Parlementaire.   

La réforme ferroviaire "en préparation " est nécesssaire

Le président de la commission du développement durable de l'Assemblée nationale a annoncé que Guillaume Pepy et Jacques Rapoport seront auditionnés "dans les plus brefs délais ".  "La responsabilité des dirigeants est engagée ", a estimé Jean-Christophe Cambadélis, le patron du PS. "Je crois qu'il ne faut pas laisser passer ça. (...) Quand il y a une telle erreur qui coûte tellement d'argent, on en tire les conséquences ."Quand au porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll, il juge l'affaire "consternante " et y voit la preuve que la réforme ferroviaire, actuellement "en préparation " est nécesssaire.  "La volonté qui est la nôtre c'est de mettre de la cohérence dans le dispositif actuel ", a-t-il ajouté.

Les syndicats critiques

Du côté des syndicats, c'est justement la réforme ferroviaire qui inquiète après cette affaire : "Cette histoire pourrait relever du vaudeville si elle n'était la conséquence de la séparation entre la SNCF et RFF de 1997 ", écrit ainsi la CGT dans un communiqué.

"Les dysfonctionnements se sont multipliés ces dernières années avec des conséquences plus ou moins graves pour les usagers du rail et la population (...) Une nouvelle réforme du système ferroviaire est nécessaire. Mais une réforme qui permette une réelle réunification de la SNCF et de RFF au sein d'une même entreprise ".

Les projets du gouvernement - qui consistent à éclater le système ferroviaire en trois entreprises distinctes et autonomes - inquiètent donc le syndicat, qui y voit une solution "sans aucune cohérence économique, sociale et technique ", qui "va encore accentuer de telles aberrations qui vont coûter des dizaines de mill ions d'euros alors que la direction de la SNCF supprime des milliers d'emplois, sous prétexte d'économies nécessaires ". Une inquiétude partagée par Force Ouvrière (FO) : "Il faudra expliquer en quoi remplacer deux Epic (établissements publics) par trois entreprises procède d'un décloisonnement du système ". "Ce qui est dramatique c'est de proposer une réforme qui laisse en l'état une dette de 40 milliards et impose au système ferroviaire de s'autofinancer ", ajoute le syndicat. 

Une enquête interne avant le 26 mai

Mises en cause, les deux entreprises ont réagi dans un communiqué, expliquant que les travaux d'ajustement des voies - qui concernent 1.300 quais, soit 15 % des quais des gares françaises - avaient débuté en 2013. "Le coût de ces travaux s’élève à 50 millions d’euros, soit 1,5% du coût de la commande totale de ces trains. Ils sont financés dans le cadre du budget courant de RFF et font partie du programme d’investissement de RFF qui s’élève à 4 milliards en 2014 ", expliquent RFF et la SNCF dans ce texte commun. 

Elles précisent que le rapport d'enquête interne réclamé mercredi par le ministre des Transports sera remis au gouvernement le 26 mai.