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VIDEO. Le convoyage de véhicules, le bon plan des cheminots à la retraite

Quand on travaille à la SNCF, on connaît le plan de réforme du gouvernement. Le plan du réseau ferroviaire. Mais aussi... les bons plans, que seuls les initiés se transmettent. Un filon qui profite aux cheminots mais aussi à certaines entreprises, au risque de flirter avec la légalité.

Connaissez-vous La Vie du Rail ? C’est le magazine des passionnés du train, très lu par les cheminots de la SNCF. On y trouve notamment des petites annonces comme celle-ci : “Recherche retraité SNCF pour effectuer convoyage de véhicules.” La mission ? Conduire des véhicules d’un point A à un point B, pour le compte d’une entreprise.

Nous avons appelé ces sociétés pour en savoir davantage : en vain. Nous nous faisons alors passer pour un candidat intéressé. Et à peine la conversation s’engage : “Vous êtes retraité SNCF monsieur ?” Notre interlocutrice poursuit.  “Je vais prendre que des cheminots, parce que du coup comme vous avez la gratuité du train, moi ça limite les frais."

Tout bénef' pour l'entreprise de convoyage

“La gratuité du train”, l’un des avantages des cheminots, y compris à la retraite : voilà ce qui intéresse l’entreprise ! Prenons un exemple. Le retraité SNCF habite en région parisienne et son entreprise lui demande d’acheminer une camionnette de Dunkerque à Toulon. Oui, ça fait une trotte…I l prend donc un premier train, gratuit, de Paris à Dunkerque. Il fait sa course... Puis il reprend le train, gratuitement là encore, pour rentrer chez lui.

Soit au total : deux trajets d’environ 120 € que l’entreprise de convoyage n’aura pas à lui rembourser. Bref, c’est tout bénef' pour elle : la société a d’ailleurs recruté pas moins de 75 retraités SNCF.

Un bon plan à 850 euros en plus par mois

Au fait, ces retraités, y trouvent-ils leur compte ? Nous en avons appelé une vingtaine pour parler de ce bon plan convoyages. Mais presque tous affirment ne pas être au courant. Nous nous faisons alors passer pour un cheminot : l’un d’eux accepte de nous rencontrer.

Ce jeune retraité de 54 ans arrondit ses fins de mois grâce au convoyage depuis trois ans. Il en a le droit, et il est loin d’être le seul. “Oh j’ai déjà des collègues qui le faisaient quand j’étais encore en activité, raconte-t-il. Donc ça fait longtemps, ça fait 30 ans que ça existe ça !”

Et pour quel revenu ? Nous nous sommes procurés les conditions de rémunération proposées par l'une de ces entreprises. L'employeur propose par exemple 65 euros brut et 8 euros de panier repas pour un trajet de 201 à 400 km.

À l’écouter, ce retraité gagne ainsi en moyenne 850 euros par mois, en plus de ses 2200 euros de pension. “Il ne faut pas faire ça pour être milliardaire, mais bon ça fait un petit appoint !”, estime-t-il.

Une discrimination à l'embauche ?

Mais selon François Legras, avocat en droit du travail au barreau de Paris, certaines de ces petites annonces poseraient problème. Si vous n’êtes ni cheminot ni retraité, vous n’avez aucune chance d’obtenir cet emploi.

“Le problème c’est que cette annonce cible un retraité, c’est-à-dire une personne qui a au minimum 50 ans pour le cas de la SNCF : c'est donc une éventuelle discrimination en raison de l’âge, avance-t-il. Le Code du travail prévoit qu’aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement en raison de son âge.”

La discrimination à l’embauche est punie de trois ans de prison ferme et 45 000 euros d’amende pour l’employeur. Ça ferait beaucoup pour un bon plan non ?