Les hôteliers dénoncent avec virulence un nouveau partenariat SNCF-Airbnb

Un train en gare de Douai (Nord), le 12 décembre 2015.
Un train en gare de Douai (Nord), le 12 décembre 2015. (CITIZENSIDE/JOACHIM SAOULI / AFP)

Le site de la SNCF envoie des e-mails aux clients ayant acheté des billets de train pour les inciter à s'inscrire sur la plateforme de location de logements en ligne.

Est-ce bientôt Noël ? Depuis le 10 décembre, sitôt payé un billet de train en ligne sur le site voyages-sncf.com, le client reçoit par courriel un message alléchant qui débute ainsi : "Anne, votre voyage pour Strasbourg va vous faire gagner de l'argent."  La SNCF incite par cet e-mail le voyageur à louer son appartement via Airbnb, puisqu'il est probablement absent de chez lui.

Le courriel précise aussi que voyages-sncf.com et Airbnb "offrent un billet aller-retour pour une prochaine escapade en France", sous la forme d'un "bon de voyage", sous conditions. Il faut s'inscrire comme hôte sur la plateforme américaine de location entre particuliers, et avoir enregistré des réservations à hauteur de 200 euros d'ici fin février pour en bénéficier. Les hôteliers, que la filiale de la SNCF devaient rencontrer ce mardi 15 décembre, ont été prompts à dénoncer un partenariat qu'ils jugeaient surprenant à plusieurs titres.

"Un partenariat avec un spécialiste du passe-passe fiscal"

"Comment cette société publique peut-elle nouer un partenariat avec cette société de services étrangère qui réalise en France près de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et qui, dans le même temps, s’arrange et réussit le tour de passe-passe fiscal et social consistant à ne payer des impôts que sur à peine 2 % de son chiffre d’affaires et à ne déclarer que 30 salariés ?" s'est étranglé le président du Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs, Didier Chenet, dans un communiqué publié le 14 décembre.

Avec quelques raisons : '"Airbnb n'a payé que 85 000 euros d'impôt sur les sociétés dans notre pays en 2014. Un chiffre en baisse de 13% sur un an ! Car, officiellement, en France, Airbnb n'est qu'une SARL d'une quinzaine de salariés." , souligne Le ParisienDidier Chenet enfonce le clou sur RMC mardi 15 décembre, parlant de partenariat "immoral" : 

L'opacité du partenariat pointée du doigt

Autre problème soulevé par les hôteliers : avec sa proposition de "bon de voyage", la SNCF donnait un bonus aux voyageurs offrant un bien et un service (donc du travail) à une société privée. "Est-ce le rôle de la SNCF de distribuer des billets gratuits aux frais des contribuables à une société privée ?" s'indigne encore le syndicat national des hôteliers, pointant ainsi un détournement de l'argent public au profit d'une société née sur le Net et valorisée, fin novembre, à plus de 25 milliards de dollars, selon Reuters.

Un argument qui pourrait cependant s'avérer caduque. Selon Les Echos, ce "futur trajet TGV gratuit" serait financé par l'entreprise américaine. De son côté, la filiale de la SNCF dément donner des billets de train gratuits à Airbnb. A noter qu'il existe déjà depuis longtemps des formules de réduction pour des achats groupés (hôtel et billet, location de voiture et billet...).

L'Obs pointait aussi les mystères entretenus pour l'instant par la SNCF sur son partenariat :  "Reçoit-elle des commissions sur les réservations, selon le modèle de l'affiliation ? Est-elle rémunérée comme une campagne classique de publicité ? Son agence de com’ parle d’un 'échange d’audience pour l’instant', de génération de trafic". Il s'agissait en tout cas d'une monétisation de son audience, et de ses données.

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