Le train des primeurs Perpignan-Rungis bientôt remplacé par plus de 20 000 camions par an ? On vous explique les menaces qui pèsent sur cette ligne

Un train de fret à la gare Saint-Charles International de Perpignan (Pyrénées-Orientales), le 30 novembre 2009.
Un train de fret à la gare Saint-Charles International de Perpignan (Pyrénées-Orientales), le 30 novembre 2009. (DAMOURETTE/SIPA)

Il sera finalement maintenu au-delà du mois de juin, a annoncé le ministère des Transports, qui cherche une "solution ferroviaire pérenne" d'ici à la fin de l'année. 

Le train de primeurs entre Perpignan (Pyrénées-Orientales) et le marché de Rungis (Val-de-Marne) est en sursis. Alors qu'il devait être remplacé par des camions, il sera maintenu au-delà du mois de juin, a annoncé le ministère des Transports vendredi 17 mai, assurant vouloir trouver une "solution ferroviaire pérenne" d'ici à la fin 2019. 

Le sujet s'est récemment invité à l'Assemblée nationale, où le député François Ruffin a poussé un coup de gueule médiatisé, évoquant le possible remplacement de la ligne par 20 000 camions à l'année. On vous explique ce dossier.

C'est quoi, cette liaison Perpignan-Rungis ?

Tous les jours, à 16 heures, une quinzaine de wagons frigorifiques quittent la gare Saint-Charles de Perpignan, comme l'expliquait L'Indépendant en avril 2018. A l'intérieur, des fruits et des légumes, en provenance de France, d'Espagne ou encore du Maroc. Après 800 km de voyage, à 4 heures du matin, le train arrive à la gare de Rungis (Val-de-Marne), en plein cœur du marché international. Il est déchargé et les produits sont mis en vente par les grossistes qui les réceptionnent. Chaque année, ce sont plus de 400 000 tonnes de fruits et légumes qui sont ainsi convoyés, précise Le Parisien.

Pourquoi est-il question de fermer la ligne ?

Depuis une dizaine d'années, la ligne fonctionne sur la base d'un contrat d'exploitation entre la SNCF et les sociétés de transport Roca et Rey. "Mais nous n'avons pas pu tomber d'accord sur les conditions de renouvellement de ce contrat avec la nouvelle direction", a décrit le service fret de la SNCF, le 25 mars, à L'Indépendant. Faute d'accord, la liaison risque donc de prendre fin en juin.

Selon le quotidien local, l'un des points de désaccord porte sur l'état des 82 wagons réfrigérés, qui sont en fin de vie. Après quarante ans de bons et loyaux services en moyenne, ils doivent être remplacés, ce qui suppose d'importants investissements. Par ailleurs, "ce train entre Perpignan et Rungis était loin d'être rempli, ce qui pose la question de sa rentabilité", précise Fret SNCF à Réussir Fruits et Légumes (article abonnés). Une responsable locale de la CGT citée par Libération voit dans le problème de rentabilité du service le fruit de "la disparition des services commerciaux de la SNCF, qui étaient chargés de trouver des clients pour remplir les wagons de marchandises".

Y avait-il déjà eu des alertes ?

Un éventuel arrêt de la ligne avait déjà été évoqué en mars 2018 par la société ferroviaire, selon le directeur général du réseau Primever, propriétaire de Roca. "Elle avançait deux raisons principales, les difficultés de rentabilité de la ligne et la vétusté des wagons", dit Gérard Malaure à L'Indépendant. La SNCF avait alors proposé "une nouvelle liaison" entre Barcelone et Rungis, avec un arrêt à Perpignan. "Mais l'escale perpignanaise était programmée soit tard le soir, et donc trop tard pour nos flux, soit en milieu de journée, moment où la marchandise n'est pas encore disponible à Saint-Charles", selon le patron de Primever.

Surtout, en 2016, malgré de lourds investissements pour moderniser la gare de Rungis, un autre train qui reliait Perpignan au marché international avait déjà disparu. "Motif : des trains pas assez chargés, du retard à la livraison et une concurrence féroce de la route", selon Le Parisien.

Comment s'organise la mobilisation ?

Le 27 mars, la présidente socialiste de la région Occitanie, Carole Delga, a écrit au président de la SNCF, Guillaume Pepy, "pour l'alerter sur le sujet". "Sans ce Perpignan-Rungis, c'est 80 camions par jour qui seront du coup envoyés sur les routes, a-t-elle déploré, citée par L'Indépendant. Perpignan ne sera alors plus la plateforme centrale, qui sera de fait déplacée à Barcelone avec, comme conséquence, la perte d'emplois sur la manutention."

C'est un non-sens économique et écologique.Carole Delga, présidente de la région Occitanieà "L'Indépendant"

Le collectif national des cheminots PCF a lancé un appel pour sauver la ligne. "Cette décision aura pour conséquence de mettre, chaque jour, 250 poids lourds supplémentaires sur la route", estime-t-il. En 2017, déjà, la CGT avait lancé une pétition pour le maintien et le développement de la ligne, qui rassemble désormais près de 10 000 signatures.

Le 9 mai, la région Occitanie a réuni les entreprises impliquées dans la plateforme Saint-Charles. "Les chargeurs se sont officiellement engagés à fournir le volume de produits nécessaire pour remplir le train", assure Carole Delga à Libération. Le vice-président de la région ajoute à L'Indépendant avoir reçu des garanties des importateurs, "très attachés à l'empreinte carbone minimale des produits frais et à la régularité des arrivages".

Quels sont les scénarios envisagés ?

La fin de la liaison. Fin avril, le directeur général de Primever s'est montré pessimiste : "Nous sommes dans l'obligation de stopper cette solution ferroviaire et de nous reconvertir", a-t-il lâché. "Nous avons travaillé sur l'hypothèse d'achat de wagons frigorifiés pour se substituer à l'historique acteur, a-t-il expliqué. Mais il faut savoir qu'un wagon de ce type coûte 250 000 euros. Et comme nous n'avions aucune assurance de la pérennité de la ligne au-delà du 30 juin 2019, nous n'avions aucune assurance d'amortir ces investissements sur le long terme."

Une période de transition. Le président du marché de Rungis a rencontré la SNCF pour trouver des solutions "transitoires". Le train actuel pourrait continuer à fonctionner pendant quelques mois, "le temps d'installer des transports combinés, soit des containers de camions posés sur les trains", d'après Le Parisien. La présidente de la région Occitanie, elle, a demandé à la SNCF, fin mars, "de permettre une prolongation de deux ans du contrat avant que l'on puisse travailler et réfléchir à trouver une solution pour cette liaison". Selon Carole Delga, "il n'y a pas de vétusté avérée des wagons", qui pourraient supporter cette prolongation.

La location de wagons neufs. "Nous, on ne demande qu'à continuer, assure un responsable de Fret SNCF au Parisien. On a les locomotives, les agents, les wagons neufs à louer. Mais on ne peut pas signer un contrat à perte !" Une solution jugée trop chère par les transporteurs. Toutefois, dans Le Parisien, le président du marché de Rungis s'est dit prêt à "mettre la main à la poche" et à investir 300 000 euros pour permettre à Roca et Rey de louer les trains de la SNCF pendant un à deux ans. "Si tout le monde fait un effort, nous trouverons une solution", selon lui.

Le recours à une autre société ferroviaire. L'Indépendant rappelle que le fret n'est plus l'exclusivité de la SNCF, l'opérateur historique. "Il n'est pas impossible qu'un autre prestataire vienne sauver la ligne", écrit le quotidien.

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