Humour ou provocation ? Un syndicat dénonce une photo d'un cadre de la SNCF "flinguant" le Code du travail

Un communiqué du syndicat SUD Rail, publié le 13 octobre 2015, présentant la photo d\'un poster affiché dans les locaux de l\'ESBE Grand Est, à Lyon.
Un communiqué du syndicat SUD Rail, publié le 13 octobre 2015, présentant la photo d'un poster affiché dans les locaux de l'ESBE Grand Est, à Lyon. (SUD RAIL)

SUD Rail s'est ému d'une affiche montrant un cadre braquant un faux pistolet sur un exemplaire du Code du travail. La SNCF, elle, évoque un exercice d'autocaricature.

Peut-on rire de tout ? La question risque de faire débat au siège de l'ESBE Grand Est, une branche de la SNCF chargée de l'entretien des gares. Dans un communiqué, mardi 13 octobre, le syndicat SUD Rail s'est ému d'une affiche, visible dans les locaux de l'ESBE à Lyon, où l'un des cadres pose avec un faux pistolet braqué sur un exemplaire du Code du travail. "Une insulte à notre dignité", dénonce le syndicat. De son côté, la SNCF défend son salarié, et estime qu'il ne faut pas prendre au sérieux une photo mise en scène "au quatrième degré".

"Des autocaricatures décalées", plaide la SNCF

C'est un responsable syndical, extérieur au site, qui a eu la surprise de découvrir cette photo, vendredi, "affichée au vu et au su de tout le monde", explique Sébastien Gillet, de SUD Rail. On y voit un salarié qui "flingue le Code du travail", interprète le syndicat, qui s'étonne aussi de voir le directeur de l'ESBE Grand Est poser avec le même pistolet, dans une attitude à la James Bond.

"Il faut comprendre le contexte", réplique la SNCF. Qui explique que cette affiche, sur laquelle apparaissent des dizaines d'employés, a été réalisée lors de la création du service, il y a plus de deux ans. "Les membres de l'équipe se sont autocaricaturés dans l'exercice de leur profession, en se mettant en scène de façon décalée", explique la compagnie. Ainsi, l'employé tenant un Code du travail "s'occupe du suivi des textes réglementaires : il se moque de lui-même en tant que personne qui dépend d'un corpus de textes", imagine la SNCF. "Quand on voit l'affiche en entier, on comprend que c'est fait au quatrième degré." Le poster a été retiré, mercredi, mais la compagnie explique que les personnes mises en avant sur le tract "vivent très mal" la polémique.

Pour SUD Rail, une blague révélatrice d'un état d'esprit

"On sait bien que c'est une tentative de faire de l'humour, réplique-t-on chez SUD Rail, mais on trouve ça déplacé." Sur son tract, le syndicat se dit "pas mort de rire !" Pour Sébastien Gillet, la blague est révélatrice d'un certain état d'esprit : "Dans cette génération de jeunes dirigeants, on voit à quel point le Code du travail est brocardé." SUD Rail affirme avoir connaissance de plusieurs cas d'agents "en grande souffrance" au sein de l'ESBE Grand Est, à cause de fortes pressions managériales. Le syndicat reconnaît ne pas avoir reçu, depuis ce tract, d'échos de salariés soulagés par la dénonciation de cette affiche. Mais il assure que l'affaire a contribué à "délier les langues", au sein de l'établissement, sur les conditions de travail.

A la SNCF, on s'interroge sur le timing de cette polémique, à quelques jours des élections professionnelles. Mais pour Sébastien Gillet, c'est un autre contexte qui est important : "Quand on voit ce qui vient de se passer à Air France, on pensait intéressant de mettre ces deux affaires en miroir. On criminalise de plus en plus les syndicalistes : nous, on veut montrer que la violence peut aussi être de l'autre côté."

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