SNCF, usagers, grévistes... Combien le mouvement des cheminots va-t-il leur coûter ?

Des employés aident les usagers de la gare Montparnasse, le 8 avril 2018 à Paris.
Des employés aident les usagers de la gare Montparnasse, le 8 avril 2018 à Paris. (THOMAS SAMSON / AFP)

La grève a déjà représenté "une centaine de millions d'euros" à la SNCF, a assuré son patron, Guillaume Pepy, lundi. 

La facture s'annonce salée. Alors que le mouvement social à la SNCF entre dans sa deuxième semaine, lundi 9 avril, le patron du groupe, Guillaume Pepy, a fait savoir que la grève avait déjà coûté "une centaine de millions d'euros" à l'entreprise.

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Le coût devrait s'annoncer beaucoup plus élevé si le bras de fer se prolonge, et pas seulement pour la SNCF. Le manque à gagner risque d'être lourd pour les cheminots grévistes, les usagers, les autres entreprises et l'économie française en général.

Pour la SNCF

Trains annulés, remboursement des voyageurs, mise en place de transports de substitution... La grève a déjà coûté "une centaine de millions d'euros" à la SNCF, a déclaré lundi 9 avril son patron, Guillaume Pepy, sur RMC et BFMTV. "C'est de l'ordre de 20 millions d'euros par jour, a-t-il précisé. Soit "l'équivalent de deux autorails neufs par jour". Ce lundi, la grève est "toujours très suivie, mais il y a quand même plus de trains que la dernière fois", a estimé Guillaume Pepy. "Ce que je constate, c'est que la France n'est pas paralysée".

Pour les grévistes

Participer à un mouvement social est un choix difficile, car un jour de grève est un jour non payé. Interrogée par France 2, une contrôleuse a évalué le coût d'un jour de grève à 56 euros par jour, sans compter les primes qui ne seront pas versées. Elle compte se mobiliser cinq jours au mois d'avril, ce qui représente une perte de salaire d'environ 400 euros.

Pour tenir la distance et maintenir un salaire partiel aux cheminots, les syndicats (excepté Sud-Rail, en faveur d'une grève illimitée), ont déposé dix-huit préavis de huit jours. Mais la SNCF a estimé qu'il s'agissait là d'une grève continue et non fractionnée. Cependant, "pour bénéficier des deux jours de repos hebdomadaires payés habituellement aux cheminots, rappelle Europe 1, il faut que ces derniers travaillent cinq jours consécutifs". S'ils travaillent deux jours sur cinq par semaine, soit 40% du temps, ils n'auront droit qu'à 40% de leur salaire et leurs jours de repos seront amputés de 40%.

Pour tenir le coup, les salariés peuvent recevoir un coup de pouce financier des syndicats ou de différentes cagnottes, comme celle qui a été lancée en ligne. La CGT touchera ainsi 34,33% des fonds récoltés, l'Unsa-Ferroviaire 23,86% et Sud-Rail 16,83%. Chaque syndicat répartira ensuite cette somme entre les grévistes. Mais les sommes recueillies ne permettront sans doute pas de compenser l'intégralité du coût pour les grévistes.

Pour les usagers

L'algorithme du site internet de la SNCF prend en compte plusieurs facteurs, comme l'horaire du train ou la date, plus ou moins proche, du voyage. Mais il intègre également le taux de remplissage du train et s'adapte donc à la demande, comme l'explique un article du Monde. Conséquence : les voyageurs vont sans doute se ruer sur les départs prévus entre deux épisodes de grève.

Le prix des billets pourrait donc augmenter, confiait une source interne au quotidien. Contactée fin mars, la SNCF assurait toutefois avoir anticipé le problème. "La direction (...) portera une attention particulière sur les prix des trains les jours de non grève. Les prix habituellement pratiqués restent les mêmes sur ces journées". Il reste tout de même quelques aberrations. Lundi, le site de la SNCF a ainsi proposé un trajet Calais-Paris pour la coquette somme de 500,50 euros, voire 565 euros pour un siège en première classe. Faute de solution satisfaisante, en effet, l'algorithme a calculé un trajet via Londres, en empruntant deux Eurostar. 

Mais d'autres billets sont en hausse. Faute de trains, des milliers d'usagers ont opté pour le bus. Une aubaine pour les autocaristes, et notamment pour Ouibus, filiale de la SNCF, qui promet de prendre la relève "pendant les grèves". Mais cela a un coût. Comme l'a constaté France 2, le prix des billets pour ces bus a décollé : 45 euros pour un Paris-Lille un jour de grève, contre 12 euros une semaine plus tard. "Les prix évoluent en fonction du remplissage, et donc les derniers sièges vendus sont un peu plus chers", explique le directeur général de Ouibus.

Pour les agences de voyage

Les agences de voyage ont annoncé faire face à des frais "supérieurs à un million d'euros", début avril, uniquement pour réorganiser les trajets annulés par SNCF mais aussi par Air France. Le syndicat des entreprises du voyage, toutefois, n'a pas communiqué la part de ce montant due à la grève des cheminots. Impossibilité pour un client de rejoindre un port, annulation d'un vol ou d'un voyage scolaire en train... Les spécialistes sont confrontés aux "conséquences liées à l'impossibilité d'utiliser des prestations déjà payées".

En outre, au niveau salarial, le syndicat estime à "500 000 euros par jour de grève" le "surcroît" de travail – notamment en heures supplémentaires – pour réorganiser les déplacements affectés par les grèves. Chaque jour, en temps normal, 45 000 trajets Air France et 55 000 billets SNCF sont demandés par les agences de voyages. La baisse des prises de commandes pendant les périodes de grève "est de l'ordre de 20% par rapport à la même période de 2017, poursuit le syndicat. Même si une partie des vacances d'été se rattrapera, les ponts de mai pour lesquels la décision de vacances est assez tardive ne se rattraperont que très partiellement."

Pour les autres entreprises

La grève a aussi un coût sur l'économie française, notamment dans les secteurs qui dépendent du fret ferroviaire. Au total, 10% des marchandises circulent sur les rails. Plusieurs entreprises ont dû trouver des alternatives, avec notamment un recours accru aux trajets en camion, ce qui représente un surcoût. Par ailleurs, "lorsque des clients de trains de marchandises voient que le fret n'est pas fiable (...), ils passent à la route et c'est très difficile de les faire revenir", s'est inquiété Guillaume Pepy.

La Confédération des petites et moyennes entreprises tire "le signal d'alarme" à ce sujet. Car au-delà des secteurs directement concernés, "c'est l'ensemble de l'économie française qui risque d'être rapidement affecté", estime l'organisation patronale. "On est de l'ordre de 10 à 15% de coûts supplémentaires en temps de grève, ne serait-ce que par la désorganisation et les surcoûts liés aux impacts quotidiens qu'on subit", estime par exemple Tristan Dessain-Gelinet, directeur de l'entreprise Travel Planet à Lille (Nord).

Et le poids global dans l'économie ?

Il est beaucoup trop tôt pour le dire. Il faut donc se contenter de citer quelques précédents. En juin 2016, les 23 jours de mobilisation contre la loi Travail avaient entraîné un manque à gagner de 250 millions d'euros (190 en pertes de chiffre d'affaires et le reste en remboursements et pénalités aux clients), selon Guillaume Pepy. Si l'on remonte encore plus loin, en 1995, la grande grève avait duré trois semaines entières, du 24 novembre au 15 décembre. L'économie nationale avait alors perdu 0,2 point de croissance du PIB (entre 4 et 5 milliards d'euros). Mais il y avait eu un phénomène cumulatif, car le mouvement était arrivé un mois après une hausse de la TVA décidée par le gouvernement Juppé (+2%), qui avait freiné la consommation des ménages.

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