"Ils mettent de l'huile sur le feu" : des cheminots dénoncent les menaces de sanctions après le droit de retrait à la SNCF

Les usagers en attente de leur train lors de la grêve, dimanche 20 octobre, à la Gare Montparnasse.
Les usagers en attente de leur train lors de la grêve, dimanche 20 octobre, à la Gare Montparnasse. (PHILIPPE LAVIEILLE / MAXPPP)

Après trois jours de grève suite au droit de retrait invoqué par des cheminots, le gouvernement réclame des sanctions. Des menaces qui vont "fâcher les cheminots encore plus qu'autre chose", estime un agent. 

Le trafic SNCF revient progressivement à la normale, lundi 21 octobre, après trois jours de perturbations suite au droit de retrait de conducteurs et de contrôleurs un peu partout en France. Un droit détourné selon le gouvernement, qui brandit la menace de poursuites judiciaires.

Le Premier ministre Édouard Philippe a dénoncé, samedi le 19 octobre,  un "détournement du droit de retrait qui s'est transformé en grève sauvage" et a "demandé à la SNCF d'examiner toutes les suites qui pouvaient être données, et notamment judiciaires". De son côté, le président de la SNCF Guillaume Pepy a estimé, dimanche 20 octobre sur franceinfo, que le droit de retrait invoqué par des cheminots et des contrôleurs n'était pas "légitime""Pour qu'un droit de retrait soit légitime, il faut qu'il y ait un danger grave et imminent, et il n'y a pas de danger grave et imminent", a déclaré le patron de l'entreprise ferroviaire.


À l'origine du mouvement social, qui a débuté vendredi 18 octobre, une collision, mercredi 16 octobre, entre un TER et un convoi routier exceptionnel en Champagne-Ardenne. L'accident a fait 11 blessés selon les syndicats. Le conducteur, lui-même blessé, a dû gérer seul la situation. Les syndicats dénoncent ce mode de fonctionnement qui selon eux menace la sécurité des cheminots et des voyageurs. 

"Conducteur de train, c'est un métier avec beaucoup de responsabilités"

Au niveau national, plus de trois quarts des TER et tous les Transiliens en Île-de-France circulent avec un seul agent à bord : le conducteur. Les syndicats veulent la fin de ce dispositif mais l'option n'est pas envisagée par la direction de la SNCF. Selon elle, ce système rodé depuis des dizaines d'années a été conçu en toute sécurité. Une erreur estime Gérard, contrôleur, qui a exercé son droit de retrait vendredi et samedi par solidarité. "Conducteur de train, c'est un métier avec beaucoup de responsabilités en tout cas, explique le contrôleur. On parle de choses sérieuses, on parle de sécurité. Nous on est sur le terrain, on voit. J'ai l'impression qu'ils sont déconnectés et qu'ils ont parlé de tout sauf de ce qu'on mettait en avant nous", déplore-t-il. 

"C'est une bonne cause, on défend les usagers"

Un agent d'escale à la gare de Lyon à Paris, qui n'a pas pris part au mouvement social et témoigne anonymement, dénonce les menaces de sanctions individuelles du gouvernement contre ceux qui y ont participé. "Ils mettent de l'huile sur le feu et ça je pense que ça va fâcher les cheminots encore plus qu'autre chose, estime-t-il, parce que je trouve que c'est une bonne cause. On défend les usagers". L'agent d'escale comprend leur colère mais souligne les difficultés de son métier. "Je comprends les usagers, que ce soit fâcheux pour eux, mais les gens ne savent pas ce que c'est en fait le rôle d'un cheminot. Ils ne comprennent pas nos conditions, franchement c'est super difficile", conclut-il. 

Tant qu'on ne sera pas entendus, il faut continuer.Un agent d'escale à la Gare de Lyonà franceinfo

Pour ces cheminots, l'épisode du week-end illustre un malaise qui dure depuis longtemps à la SNCF. Les questions de sécurité et celles des retraites sont liées. Ils suivront l'appel à la grève lancé par la CGT, le 5 décembre.

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