Bloquée plusieurs heures dans un TGV en Bretagne : "Un huis clos à la fois angoissant et drôle"

Un TGV en gare de Vannes (Morbihan), le 15 février 2012.
Un TGV en gare de Vannes (Morbihan), le 15 février 2012. (MAXPPP)

Tracteur contre train : cette collision, dimanche, a entraîné de nombreux retards entre Paris et la Bretagne. Le trafic est toujours ralenti lundi. Nathalie a mis onze heures pour relier Vannes à la capitale. Elle devait y retrouver sa famille pour y fêter son anniversaire... 

Vannes (Morbihan), 15h56, dimanche 2 août. Nathalie Leruch monte à bord du TGV 8 752. La journaliste doit se rendre à Paris pour fêter son anniversaire en famille et accompagner son père, qui doit se faire opérer prochainement. Mais la fête d'anniversaire de la jeune femme ne va pas se passer comme prévu. Car un TGV a heurté un tracteur entre Rennes (Ille-et-Vilaine) et Laval (Mayenne). Deux personnes sont légèrement blessées dans l'accident, et le trafic ferroviaire dans le nord-ouest de la France est très fortement perturbé.

En plein été, la situation devient vite chaotique pour de nombreux voyageurs. Lundi après-midi, des perturbations étaient toujours en cours suite à cette collision. Nathalie Leruch est, elle, finalement arrivée à Paris, dans la nuit de dimanche à lundi, après onze heures de galère mais aussi de moments chaleureux, des tranches de vie qu'elle a partagés sur Twitter. Francetv info l'a contactée. Voici son récit.

 "La chaleur monte et on commence à angoisser"

"Il est environ 17 heures quand nous sommes bloqués à quelques kilomètres de Rennes, en pleine chaleur... On s'arrête en pleine voie. Puis, on nous explique que le train ne va pas repartir. Toute l'électricité est coupée, la lumière, la climatisation, et on nous demande de baisser les stores car le soleil tape et la chaleur va monter très vite. Et effectivement, la chaleur monte très vite. Là, on commence à angoisser car il fait 40°C."

"Les gens commencent à aller aux toilettes de plus en plus. Et la femme qui tient le wagon-bar commence à paniquer, elle vend ses dernières bouteilles d'eau et on se rend compte qu'il n'y a rien de prévu pour les personnes âgées, les personnes qui ne peuvent pas se déplacer alors que c'est un train familial, un dimanche d'août..."

"Chacun sa stratégie pour profiter d'un filet d'air"

"Au bout d'une heure et demie, on nous parle enfin. On nous explique que comme toute l'électricité a été coupée, la femme qui communiquait au micro ne pouvait même plus nous parler ! Ils font alors un appel dans le train, demandant si des employés de la SNCF voyagent à bord et s'ils veulent bien se porter volontaires. On se demande pour quoi. Puis, on comprend que ces bénévoles vont ouvrir les portes pour nous laisser respirer. Ils ouvrent les portes du côté opposé à la voie inverse et ils montent la garde à chaque porte car, évidemment, nous avons l'interdiction formelle de descendre."

"C'est assez marrant d'observer les comportements des uns et des autres. Il y a ceux qui vont s'agglutiner devant la porte et n'en bougent plus. Comme ils sont arrivés en premier, ils auront le petit filet d'air. Et il y a des portes où un roulement s'organise pour que chacun puisse profiter un peu de l'air. Les pompiers nous ont finalement apporté des packs d'eau grâce aux portes ouvertes. Et vers 20 heures, l'électricité est revenue, donc les portes ont été refermées et la climatisation a fonctionné à nouveau. Avec de l'air et de l'eau, cela allait forcément mieux."

"On n'aurait jamais dû prendre ce TGV !"

"J'ai eu une chance inouïe, celle d'être dans la voiture 16, avec des gens supers. Il y avait une bonne ambiance et les gens sont restés zen, solidaires et sympas. Dans mon wagon, je parle avec cinq personnes, un dialogue drôle s'installe. Et cela ressemble à une pièce de théâtre. Nous sommes en pleine campagne et on se dit qu'on avait tous une 'mauvaise raison' d'être dans ce train. On n'aurait pas dû le prendre !"

"Dans notre carré, il y avait un surveillant pénitentiaire de Mulhouse dont la sœur habite à Saint-Brieuc. Il a changé son train au dernier moment pour prendre celui-ci. Une fille qui vient de s'inscrire à Pôle emploi et dont le premier rendez-vous venait de tomber. Elle a donc pris ce train au dernier moment pour ne pas être radiée. Un prof de physique qui a emmené sa fille et ses petits-enfants en Bretagne et qui faisait l'aller-retour à Paris, mais il avait normalement prévu de rentrer lundi... Et moi, je devais aller à Paris pour accompagner l'hospitalisation de mon père..."

"On s'est donc tous raconté ces hasards de la vie qui font que nous n'aurions jamais dû nous retrouver dans ce TGV. Et on a décidé de prendre les choses du bon côté. Les contrôleuses de la SNCF sont passées dans notre voiture, elles étaient très à l'écoute et très mobilisées, exemplaires. Elles nous ont confié qu'elles venaient se ressourcer avec nous car en première classe, l'ambiance devenait intenable. Elles nous ont également expliqué qu'elles cherchaient un médecin pour leur chef qui était malade !"

"Ma famille m'envoyait des photos de mon repas d'anniversaire "

"Après plusieurs tentatives, notre TGV est arrivé en gare de Vitré [Ille-et-Vilaine], vers 23 heures. Dans la gare, on nous a dit qu'on pouvait descendre et partir par nos propres moyens, mais évidemment, la majorité des passagers est restée à bord car difficile de s'organiser un dimanche soir dans cette ville... Le train est finalement reparti vers Laval. A la gare de Laval, un autre TGV nous attendait pour rejoindre Paris. Là, on nous a distribué une boîte avec de quoi manger."

"Toute ma famille m'attendait, dont mon père, à Paris. Ils m'ont finalement envoyé des photos de mon repas d'anniversaire sans moi. J'ai dégusté le fameux repas de la SNCF. "

"Notre train est finalement arrivé à la gare Montparnasse à 2h30. On se rend compte qu'il y a plusieurs façons de prendre la vie. Nous avions un bon noyau dur dans notre wagon, et cela a permis que tout se passe bien : les enfants sont restés calmes, les gens étaient solidaires... Cela aurait été encore plus pénible si nous nous étions agacés. Je vais essayer d'en faire une pièce de théâtre, c'était un huis clos marrant finalement !"

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