On vous explique comment les attaques en Arabie saoudite pourraient faire s'envoler les prix à la pompe

Un homme s\'approvisionne en carburant dans une station-service de Caen (Calvados), le 17 juillet 2019. 
Un homme s'approvisionne en carburant dans une station-service de Caen (Calvados), le 17 juillet 2019.  (ARTUR WIDAK / NURPHOTO / AFP)

Après la destruction d'infrastructures pétrolières dans le royaume, les professionnels du secteur ont alerté, dès lundi, d'une possible hausse des prix du carburant "de 4 ou 5 centimes" en France.  

De Moscou à Washington, les autorités ont tenté de rassurer les marchés, lundi 16 septembre, en affirmant que les attaques contre des installations pétrolières saoudiennes n'allaient pas conduire à une pénurie d'or noir dans le monde. Elles n'ont, toutefois, pas pu empêcher une flambée des cours. Le baril de référence sur le marché mondial, le brent de la mer du Nord coté à Londres, a notamment bondi de 14,6% pour finir à 69,02 dollars. 

Selon Francis Duseux, président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip), une hausse à la pompe "de 4 ou 5 centimes" est à prévoir en France "assez rapidement". Après la crise en Arabie saoudite, franceinfo vous explique les mécanismes de l'augmentation des prix à la pompe.  

Comment sont fixés les prix à la pompe ? 

Dans les prix des carburants à la pompe, on retrouve le coût du pétrole brut, les coûts de transport et de distribution, la marge de raffinage, mais aussi et surtout les taxes comme la taxe intérieure sur la consommation de produits énergétiques (TICPE) et la TVA. En mai 2018, l'Ufip estimait que la fiscalité représentait environ 60% du prix du gazole en France. 

Un ratio rappelé par Francis Duseux, son président, lundi, à l'AFP : "Quand vous payez 1,50 euro un litre d'essence, vous avez à peu près 50 centimes de matières premières, de raffinage et de distribution." C'est donc cette fraction d'environ un tiers du prix à la pompe qui suit l'augmentation des cours. Au-delà, comme le rappelle le ministère de l'Economie, le prix des carburants se compose également de la marge des distributeurs qui "se fixe en principe librement, selon les règles de la concurrence". 

Le sujet est d'autant plus sensible qu'il a été à l'origine, à l'automne 2018, du mouvement des "gilets jaunes". Dans cette lignée, le collectif des Gilets jaunes citoyens a réclamé, mardi 17 septembre, un "gel immédiat" des prix des carburants. Ces derniers sont toutefois actuellement plus modérés qu'ils ne l'étaient lorsque le mouvement de contestation a débuté. Le gazole valait environ 1,43 euro le litre la semaine dernière, contre 1,53 euro en octobre dernier. 

Pourquoi le cours du pétrole varie-t-il autant ? 

Les prix à la pompe sont directement liés au cours du pétrole, qui varie en fonction de la loi de l'offre et de la demande. Ainsi, quand l'offre baisse et que la demande continue d'augmenter, les prix grimpent. Les attaques contre les installations pétrolières saoudiennes ont provoqué une suspension de 5,7 millions de barils par jour, soit près de 6% de la production mondiale. Et comme la demande reste la même, les prix augmentent. 

C'est ce qu'il s'était passé lors de la dernière grosse augmentation des prix du pétrole, en janvier 2019, lorsque les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et leur allié russe s'étaient mis d’accord pour réduire leur production. 

Cette hausse est-elle exceptionnelle ? 

Interrogé sur franceinfole secrétaire d'Etat aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a relativisé : "Je rappelle qu'on est au niveau du pétrole de mai dernier et, en l'état, nous ne sommes pas dans une crise telle que nous l'avons connue en 2008 avec des prix qui avoisinaient les 150 dollars [le baril]""A la même époque l'année dernière, le prix était autour de 86 dollars", contre 66 dollars aujourd'hui, a-t-il poursuivi. 

En mai dernier, franceinfo a réalisé un article sur la hausse des prix des carburants depuis janvier, qui avaient enregistré une baisse continue depuis novembre 2018 et le début de la mobilisation des "gilets jaunes". Le litre d'essence sans plomb 95 (SP95) atteignait un niveau jamais vu depuis 2013, à 1,5802 euro le litre. Le sans plomb 98 (SP98) s'affichait quant à lui à 1,6374 euro, soit plus d'un centime de plus qu'en octobre 2018. Seul épargné, le gazole, carburant le plus vendu avec près de 80% des volumes, affichait encore des prix, en moyenne, inférieurs de plus de 4 centimes à ceux d'octobre dernier, à 1,4778 euro le litre.

Ainsi, si, comme le président de l'Ufip l'a prédit, les prix à la pompe en France augmentaient "de 4 ou 5 centimes", le litre de gazole, actuellement aux alentours de 1,43 euro, atteindrait le prix de mai 2019, mais serait inférieur à celui d'octobre 2018, au début de la crise des "gilets jaunes".

La seule différence notable est la rapidité de la hausse des prix : plusieurs semaines pour les augmentations précédentes, quelques jours pour celle-ci. Et, même si le carburant vendu à la pompe a été acheté avant l'augmentation du cours du pétrole, la hausse est immédiate, car "les grandes sociétés répercutent au jour le jour l'évolution des prix sur le marché de Rotterdam sur l'essence et le gazole", a expliqué Francis Duseux. 

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