"On était au moins un million !" : les "gilets jaunes" ont-ils raison de contester le comptage du ministère de l'Intérieur ?

Des \"gilets jaunes\" à Caen (Calvados), le 18 novembre 2018.
Des "gilets jaunes" à Caen (Calvados), le 18 novembre 2018. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Des "gilets jaunes" contestent le chiffre de 282 000 manifestants donné samedi par le ministère de l'Intérieur. A l'approche de leur prochain rassemblement prévu le 24 novembre à Paris, franceinfo vous aide à y voir plus clair.

"Si ça se trouve, rien qu'en Bretagne, il y avait 282 000 personnes !" Au bout du fil, Alain Chamoux est en colère. "Quand j'ai vu que c'était le chiffre que donnait le gouvernement, j'ai failli tomber de ma chaise", lâche à franceinfo le porte-parole des "gilets jaunes" dans le Morbihan. Selon lui, la grande journée de mobilisation a réuni "beaucoup plus de monde", samedi 17 novembre. "On était au moins un million partout en France", affirme-t-il. Comme lui, plusieurs manifestants remettent en cause le chiffre du ministère de l'Intérieur. Franceinfo vous aide à y voir plus clair.

>> Suivez la cinquième journée de mobilisation des "gilets jaunes" dans notre direct

A Locminé, où il a passé la journée, Alain Chamoux a vu passer "entre 1 000 et 1 500 personnes du matin au soir." "Ça tournait, les familles venaient, repartaient, se remplaçaient..." Il pose la question : "Le comptage a-t-il pris en compte ce roulement ?" Certains de ses collègues lui ont raconté n'avoir vu aucun membre des forces de l'ordre.

Ils n'ont pas vu le moindre gendarme ou policier. Comment ont-ils pu compter alors ?Alain Chamoux, porte-parole des "gilets jaunes" dans le Morbihanà franceinfo

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, ayant indiqué samedi avoir "fait le choix de la transparence complète" s'agissant des chiffres, franceinfo a cherché à en savoir plus sur la méthodologie employée. Les fonctionnaires sur le terrain ont-ils pris en compte les "gilets jaunes" qui se sont relayés au cours de la journée ? Les forces de l'ordre étaient-elles présentes sur la totalité des barrages ou des manifestations recensés ?

"Le chiffre des autorités n'est pas délirant"

Après plusieurs relances de notre part, le ministère de l'Intérieur nous a répondu mercredi 21 novembre dans la matinée, indiquant que "tous les points de blocage ont été identifiés et ont fait l’objet d’une présence des forces de l’ordre". Les agents chargés du comptage "sont soit des policiers, soit des gendarmes, soit des agents en civil", selon le ministère, ce qui pourrait expliquer que des manifestants ne les aient pas remarqués sur place. Quant à la prise en compte du turn-over décrit par les manifestants, "des comptages réguliers ont été effectués tout au long de la journée", se borne à répondre le ministère, sans plus de précisions.

Pour la journée du 17 novembre, les chiffres du ministère ne peuvent pas être opposés à ceux des organisateurs, puisque ces derniers ne sont pas structurés et n'ont pas les moyens d'effectuer un tel décompte. Quant au cabinet Occurrence, auquel les médias confient régulièrement le comptage indépendant des manifestants, il n'était pas mobilisé ce jour-là. Interrogée, la société estime malgré tout que "le chiffre des autorités n'est pas délirant". "En revanche, parler d'un million de personnes ne paraît pas raisonnable."  

282 000 personnes, c'est déjà un exploit en tant que tel. C'est près de quatre Stade de France...le cabinet Occurrenceà franceinfo

Selon le cabinet, le nombre important de blocages (plus de 2 000 au total) peut donner l'impression "d'un effet de masse". "Mais il n'y avait souvent que quelques dizaines de personnes, pas plus." Une nouvelle grande journée de mobilisation est en préparation à Paris, samedi 24 novembre, sous la forme d'un cortège. Et cette fois, le cabinet Occurrence sera mobilisé. Peut-être un moyen d'éviter une nouvelle guerre des chiffres. 

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