Attaque de drones contre des installations pétrolières : "Une humiliation pour le royaume saoudien"

Une vue satellitaire de sites pétroliers en flammes, le 14 septembre 2019 dans l\'est de l\'Arabie saoudite.
Une vue satellitaire de sites pétroliers en flammes, le 14 septembre 2019 dans l'est de l'Arabie saoudite. (HANDOUT / NASA WORLDVIEW)

L'attaque d'installations pétrolières saoudiennes par des rebelles yéménites suscite son lot de conséquences économiques et géopolitiques au-delà de la région du Golfe.

La question d'une réponse saoudienne agite la communauté internationale deux jour après une attaque de drones sur des installations pétrolières en Arabie saoudite. Alors que l'approvisionnement du monde en or noir a chuté et que certains cours du pétrole ont enregistré leur plus horte hausse depuis 1991, la situation géopolitique semble franchir un nouveau palier dans une région déjà traversée de fortes tensions.

"On a passé un seuil" dans la gravité des attaques, selon David Rigoulet-Roze, rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques, rappelant deux précédents en mai et août, notamment près de la frontière avec les Emirats arabes unis. "Là on touche deux cibles centrales, c'est un peu la valve du coeur saoudien". "Une humiliation pour le royaume saoudien", affirme Matthieu Auzanneau, directeur du Shift Project, unthink tank de la transition énergétique.

Difficultés au Yémen, tensions avec l'Iran

"La grande incertitude va porter sur la réaction saoudienne" alors que "les Saoudiens sont en grande difficulté dans leur guerre au Yémen, il y a des tensions extrêmement fortes avec l'Iran. C'est davantage de ce côté que le risque se trouve plutôt que dans la fragilité de l'infrastructure saoudienne", poursuit ce spécialiste.

Rarement sur la même ligne diplomatique, l'Union européenne, la Russie et la Chine ont de concert appelé à la retenue alors que le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a accusé l'Iran d'être l'auteur de l'attaque.

"La zone est explosive au sens propre du terme, la prudence est donc de mise, y compris côté américain, même si le doigt est pointé sur l'Iran, poursuit David Rigoulet-Roze. La question d'une réponse militaire demandera une grande circonspection. Ce n'est certainement pas l'Arabie Saoudite qui sera en mesure d'apporter une telle réponse. C'est de toute façon la question de la protection américaine qui va être posée".

"Un risque d'engrenage"

Le sénateur américain Lindsey Graham, proche de Donald Trump, a même envisagé des frappes sur des raffineries iraniennes. "Pour le moment, c'est purement théorique car il y a un risque d'engrenage et personne ne veut mettre le doigt dedans", assure David Rigoulet-Roze.

Un risque d'engrenage qui tient notamment à la proximité entre Ryad et Washington, renforcée par le président américain depuis sa prise de fonction mais qui remonte à plusieurs décennies. "Il y a une chaîne d'alliances terriblement périlleuse autour de cet incident, explique Matthieu Auzanneau. "Une doctrine très forte des Etats-Unis établie depuis les années 1970 considère qu'un acte de guerre contre l'Arabie saoudite est à peu près directement un acte de guerre contre les Etats-Unis". De l'autre côté existe "une alliance moins formelle entre l'Iran, la Russie et la Syrie".

L'économie du monde a une addiction au pétrole, et dont elle n'arrive pas sortir. Ce qui se passe là-bas nous concerne directement.David Rigoulet-Rozeà franceinfo

L'attaque d'installations pétrolières par des drones survient dans un contexte particulier, le royaume soudien préparant l'entrée en bourse de son géant pétrolier Aramco l'an prochain. Une assemblée générale de l'ONU doit par ailleurs s'ouvrir mardi 17 septembre. "Il n'y a pas de hasard de calendrier, affirme David Rigoulet-Roze. Le ciblage par rapport à la perspective de l'entrée en bourse d'Aramco et des tensions dans le Golfe persique qui ont prévalu pendant tout l'été, ce sont toutes les pièces d'un même puzzle qui s'ajustent les unes aux autres", ajoute-t-il. 

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