Privatisation des Aéroports de Paris : l’exemple de Toulouse-Blagnac fait-il école ?

Casil Europe a confirmé en début d\'année son intention de revendre sa participation de 49,99% de parts acquises en avril 2015 pour 308 millions d\'euros au capital d\'ATB. En quatre ans, l\'actionnaire chinois du troisième aéroport régional français a perçu plus de 30 millions d\'euros de dividendes.
Casil Europe a confirmé en début d'année son intention de revendre sa participation de 49,99% de parts acquises en avril 2015 pour 308 millions d'euros au capital d'ATB. En quatre ans, l'actionnaire chinois du troisième aéroport régional français a perçu plus de 30 millions d'euros de dividendes. (XAVIER DE FENOYL / MAXPPP)

Si Nice et Lyon ont été confiés à Vinci, la plateforme toulousaine, elle, est exploitée depuis quatre ans par un consortium chinois, qui compte revendre ses parts d’ici quelques semaines avec une forte plus-value.

Alors que la privatisation de la gestion des Aéroports de Paris (ADP) est discutée sur le plan politique et juridique, il est un autre exemple, déjà concret celui-là, qui divise. Quatre ans après la privatisation de la gestion de l’aéroport Toulouse-Blagnac par le consortium chinois Casil Europe, les Toulousains sont partagés sur l’intérêt de cette opération.

Un aéroport "qui s'embellit" 

Pour certains, on retiendra notamment que la vente d’une partie des parts de l’Etat a rapporté 308 millions d’euros, une somme record à l’époque. "Je ne pense pas que la CCI, la métropole, la région et le département ont pour objectif et pour rôle de gérer un aéroport. Et c’est la même chose pour l’Etat", estime Marc Ivaldi professeur à la Toulouse school of economics, spécialiste du droit de la concurrence et de l’économie industrielle. "Ce n’est pas une privatisation, puisque pour le moment la puissance publique reste majoritaire", rappelle-t-il par ailleurs, préférant parler de "partenariat public-privé". Et selon lui, le résultat est très positif. "On a un aéroport qui s’embellit. Ils ont réussi à faire des choses qui n’avaient pas été faites. Toulouse est par exemple devenu une base de Ryanair [ouverture en octobre 2019], et ça c’est quand même sympathique pour les Toulousains qui veulent partir en voyage", selon le spécialiste. "Ils ont investi 245 millions d’euros, avec de bonnes idées, c’est-à-dire restructurer l’aéroport et construire un hôtel. Et donc ils ont très bien géré", conclut-il.

Une plus-value de 200 millions d’euros, qui n'iront pas à la collectivité

Mais l’opération est loin d’avoir convaincu tout le monde. Les résultats sont bons, le trafic progresse, le nombre de passagers aussi, mais selon l’avocat Christophe Lesguevaques, ça ne veut pas dire qu’il fallait privatiser les bénéfices. Au nom de trois syndicats et d’un collectif de citoyens, il demande donc à la justice d’annuler cette privatisation.

"On peut se poser la question de savoir s’il fallait privatiser ces aéroports alors que cette rente aurait pu enrichir la collectivité, les contribuables, en restant dans le domaine public", fait-il valoir. "Et d’ailleurs, on voit bien qu’avec la revente qui s’organise par les Chinois en ce moment, en moins de cinq ans ils espèrent réaliser une plus-value de 200 millions d’euros, ce qui est colossale", souligne l’avocat. "Si notre procédure aboutit, ils perdront à la fois les participations à la société et ils devront rendre les dividendes qu’ils ont perçus, c’est-à-dire plus de 30 millions d’euros", poursuit-il.

Dans quelques semaines il y aura un nouvel actionnaire majoritaire pour l’aéroport de Toulouse-Blagnac, qui continue aujourd’hui à engranger les bénéfices, pour le plus grand bonheur de ses actionnaires.  

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