"Je ne desservirai pas la station" : à Paris, des conducteurs de la RATP réclament des mesures contre les toxicomanes

Sur la ligne 12 du métro parisien, entre Front populaire et Mairie d\'Issy.
Sur la ligne 12 du métro parisien, entre Front populaire et Mairie d'Issy. (MAXPPP)

De plus en plus de fumeurs de crack squattent les quais du métro parisien. Face à cette insécurité croissante, les conducteurs de la ligne 12 sont appelés à la grève vendredi.

Les conducteurs de la ligne 12 du métro parisien sont appelés à la grève, vendredi 19 janvier. Le syndicat Unsa-RATP et l'association SOS Usagers réclament des mesures contre la présence, de plus en plus régulière, de toxicomanes sur les quais et la hausse des agressions liées au trafic de drogue au nord de cette ligne.

La situation est telle que, pour des raisons de sécurité, certains conducteurs confient ne plus s'arrêter à certaines stations, comme celle de Marcadet-Poissonniers.

Fumeurs de crack sur la ligne 12 du métro parisien : un sentiment d'insécurité pour les conducteurs et les usagers (reportage de Farida Nouar)
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Ligne 12 dans le nord de Paris à la mi-journée. Dans le wagon quittant la station Marx Dormoy, un couple au visage émacié s'allume une pipe à crack sans se cacher. Un groupe d'écoliers se trouve juste derrière. Le couple descend à Marcadet-Poissonniers, la station suivante.

"Ils ont l'air assez 'stone', ils ont l'air assez à l'ouest, décrit Henri, un usager du métro qui les voit souvent ici. En général, ils sont assis sur les sièges voyageurs ou ils longent les quais et les couloirs. Parfois, ils peuvent être menaçants." Après avoir séjourné sur la ligne 4, actuellement en travaux, de nombreux consommateurs et dealers de drogue se sont installés dans le nord de la ligne 12 ces dernières semaines. 

"Des cris, des rixes, des bousculades"

Des dealers qui vendent leur drogue sur le quai, mais aussi des toxicomanes qui se piquent devant les voyageurs ou qui tombent sur les voies, c'est le quotidien des conducteurs de la ligne 12. Ces derniers viennent travailler la boule au ventre, à l'image d'Alain Le Luron. La semaine dernière, il a refusé de s'arrêter à Marcadet-Poissonniers. "Je suis arrivé à la station et j'ai constaté la présence d'une dizaine de toxicomanes et de dealers sur le quai en direction d'Aubervilliers-Front populaire, mais également sur le quai en direction de Mairie d'Issy", raconte ce délégué du personnel Unsa-RATP. 

Il savait qu'il devait repasser par ces quais en sens inverse. "J'ai appelé le chef de régulation pour l'informer de la situation parce que c'était des cris, des rixes, des bousculades. Lorsque je suis reparti, le chef de régulation ne pouvait pas me dire si la station avait été sécurisée."

Et, c'est pour cela que je l'ai informé que je ne desservirais pas la station Marcadet-Poissonniers pour des raisons de sécurité pour mes voyageurs.Alain Le Luron, conducteur à la RATPà franceinfo

Le conducteur raconte aussi qu'il y a quelques semaines, un de ses collègue a dû sortir de sa cabine pour maîtriser un toxicomane qui agressait un passager, prenant le risque de se faire piquer par une seringue. 

Les actions répressives et préventives de la RATP

De son côté, la RATP assure que des moyens sont déjà mis en place pour lutter contre cette insécurité. "Nous avons une action répressive d'abord, c'est-à-dire qu'on mobilise nos agents de sécurité sur les stations les plus concernées par ce phénomène, affirme Stéphane Gouaut, le directeur du département sécurité à la RATP.

On travaille main dans la main avec la préfecture de police et avec les effectifs de la sous-direction de la police des transports.Stéphane Gouaut, directeur "sécurité" à la RATPà franceinfo

La RATP mène aussi une "action préventive", indique Stéphane Gouaut. Depuis le mois de décembre, une convention signée avec la préfecture d'Ile-de-France permet de travailler avec des associations "spécialisées dans la prise en charge de toxicomanes". Celles-ci "descendent dans nos stations, pour nous aider, pour essayer de mieux prendre en compte cette problématique", assure-t-il. 

Pour le syndicat Unsa, ce n'est pas suffisant. Avec l'association SOS Usagers, il demande aux pouvoirs publics et à la RATP de prendre des mesures urgentes pour lutter contre ce phénomène. 

Une table ronde est prévue vendredi après-midi entre les syndicats, la RATP, la préfecture de police de Paris et la région Ile-de-France.