Procès de la "chemise arrachée" d'Air France : les prévenus tentent de faire mentir les images

Le directeur des ressources humaines d\'Air France lors du procès de la \"chemise arrachée\" au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 27 septembre 2016.
Le directeur des ressources humaines d'Air France lors du procès de la "chemise arrachée" au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), le 27 septembre 2016. (PHILIPPE LOPEZ / AFP)

Quinze salariés comparaissent devant le tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), mardi, pour l'épisode de la "chemise arrachée". Une audience qui n'a pas permis de faire éclater la vérité.

Paroles contre paroles, photos contre vidéos. Quinze salariés d'Air France sont jugés, mardi 27 et mercredi 28 septembre, devant le tribunal correctionnel de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour l'épisode de la "chemise arrachée". Mais la première journée de procès, après onze heures d'audience, est loin d'avoir fait éclater la vérité sur les circonstances des dégradations et des violences commises le 5 octobre 2015 au siège d'Air France, à Roissy.

Tout le monde s'accorde plus ou moins sur le déroulé des événements : vers 10 heures, une manifestation se tient devant le siège de la compagnie, tandis que dans les locaux, un comité central d'entreprise est réuni dans un contexte social très tendu. Le parvis du bâtiment est fermé par une grille, mais quelques dizaines de manifestants parviennent à s'y introduire en passant par une issue de secours via le parking situé en dessous et un petit escalier en colimaçon.

Des images peu évidentes

Quelques minutes plus tard, des syndicalistes infiltrés dans l'enceinte s'en prennent à la grille qui sépare le parvis de la voie publique. Elle saute au bout de quelques secondes. Une partie de la foule massée à l'extérieur s'engouffre immédiatement. Direction la salle Max-Hymans, dans le bâtiment, où se tient le CCE.

Dans la cohue, deux dirigeants sont violemment pris à partie : Pierre Plissonnier, le directeur de l'activité long-courrier, et Xavier Broseta, le DRH de l'entreprise, dont les images de la fuite, torse-nu ou en haillons, ont fait la une dans le monde entier. Dans la salle d'audience, personne ne nie les violences dont les deux cadres ont été les victimes. Mais lorsqu'il s'agit d'en déterminer les responsables, les choses se compliquent.

Devant le tribunal, les multiples vidéos diffusées sur un grand écran ne permettent pas de distinguer clairement qui a agrippé la chemise des deux dirigeants. A la barre, Pierre Plissonnier et Xavier Broseta ne prennent d'ailleurs pas de risques : l'un comme l'autre affirment être incapables de reconnaître leurs agresseurs. L'accusation tient principalement sur les témoignages d'un vigile et d'un responsable de la sécurité, qui déclarent avoir reconnu sur les images les syndicalistes auteurs des agressions.

Les prévenus nient les violences

Mais ces allégations sont niées en bloc par les prévenus. "C'est pas ma place, ici. Je suis là pour défendre l'emploi, les jeunes", affirme ainsi Pascal M. "On a toujours été traités comme des coupables, on nous a condamnés d'avance" sur la foi d'images partielles, a dénoncé Fabrice L, un autre prévenu. Samir A n'a "rien fait" non plus. Ce n'est pas lui qui, voulant empêcher Xavier Broseta de s'enfuir, a arraché sa chemise. "Que vouliez-vous que je fasse d'une chemise ?" interroge-t-il, provocateur. Seul prévenu à reconnaître "un mauvais geste" : Vincent Martinez, dont la "poussette" sur un vigile avait provoqué la chute de Xavier Broseta dans son ultime fuite. Un geste difficilement niable puisqu'il a été, contrairement aux autres, capté par les images de télévision.

Un prévenu s\'exprime, le 27 septembre 2016 au tribunal de Bobigny, sous les yeux de Pierre Plissonnier et de Xavier Broseta, dont les chemises avaient été arrachées le 5 octobre 2015 en marge d\'une manifestation au siège d\'Air France.
Un prévenu s'exprime, le 27 septembre 2016 au tribunal de Bobigny, sous les yeux de Pierre Plissonnier et de Xavier Broseta, dont les chemises avaient été arrachées le 5 octobre 2015 en marge d'une manifestation au siège d'Air France. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCEINFO)

Les dénégations finissent par agacer Frédérique Baulieu, avocate du DRH. "On est tous au moins d'accord pour dire qu'il lui est arrivé quelque chose, non ?" ironise-t-elle. A la suspension, les avocats des parties civiles sont unanimes pour fustiger le procédé qui consiste à "transformer les victimes en coupables et les coupables en victimes".

"C'est bien de rappeler que je suis victime", déclare Pierre Plissonnier devant le tribunal. Le cadre aux cheveux blancs témoigne de "l'humiliation que constituent ces images", qui ont été vues "1,4 milliard de fois dans le monde entier". 

Réquisitions et plaidoiries attendues mercredi

Au cours des débats, parfois très arides, la décision d'Air France de verrouiller l'accès à son siège social ce 5 octobre est omniprésente. La défense, qui y voit une provocation, laisse entendre qu'elle a été la cause des débordements ultérieurs. Le directeur juridique de la compagnie, lui, invoque des raisons de sécurité. Si les onze prévenus soupçonnés d'avoir forcé la grille d'accès au parvis reconnaissent tous leur participation, ils expliquent dans le même temps l'avoir fait par nécessité, invoquant le risque d'un mouvement de foule potentiellement dramatique.

Ce mercredi, l'audience sera consacrée au réquisitoire du parquet et aux plaidoiries des parties. Pas sûr que ces joutes verbales viennent éclairer un dossier qui comporte encore beaucoup de zones d'ombre.

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