Air France-KLM : Benjamin Smith "est face à une défiance du personnel qu'il va devoir surmonter"

Gérard Feldzer, spécialiste des transports et consultant aéronautique (2017).
Gérard Feldzer, spécialiste des transports et consultant aéronautique (2017). (FRANCK DUBRAY / MAXPPP)

Gérard Feldzer, spécialiste des transports et consultant aéronautique, pointe du doigt sur franceinfo que la nomination de Benjamin Smith à la tête d'Air France-KLM ne s'est pas faite avec "une transparence vraiment exemplaire". Laisser les salariés hors de la boucle est une erreur, selon lui.

Benjamin Smith, un Canadien de 46 ans, a été nommé jeudi 16 août directeur général du groupe Air France-KLM, mais cela est loin de réjouir les syndicats. Pour Gérard Feldzer, spécialiste des transports et consultant aéronautique, sa nomination ne s'est effectivement pas faite dans la transparence et l'annonce sur le salaire n'était pas adroite. "Benjamin Smith est face à une défiance du personnel qu'il va devoir surmonter", il va devoir "trouver des solutions innovantes pour rassurer le personnel", a affirmé l'expert vendredi 16 août sur franceinfo.

franceinfo : Les syndicats auraient-ils préféré un directeur général de nationalité française ?

Gérard Feldzer : Non, la nationalité importe peu, c'est la qualité du candidat qui compte. Il y a une histoire de fond et de forme. Sur la forme, jusqu'à maintenant, le gouvernement avait toujours nommé un président, et là ils ont fait appel à un comité de sélection. On peut aussi douter de la connaissance du transport aérien dans ce comité de sélection, et ils ont choisi un candidat avec une transparence qui n'est vraiment exemplaire : le faire un week-end du 15 août, par téléphone pour réunir le conseil d'administration, ça ne respire pas la transparence. C'est une occasion ratée aussi de mettre dans la boucle les personnels en les rassurant, en leur expliquant les critères de sélection. C'est la forme plus que le fond, mais il faut maintenant lui laisser sa chance. Le seul message qu'on a diffusé, c'est de dire qu'on allait multiplier par trois ou quatre le salaire du directeur, en expliquant que c'est comme ça que ça se fait ailleurs. Ce n'est pas vraiment convainquant à un moment où on a demandé aux personnels de faire des efforts. Le message n'est pas vraiment adroit.

Benjamin Smith a-t-il les armes pour remettre Air France sur la bonne voie ?

Tout dépend de la stratégie qu'il va proposer ou qu'il a peut-être déjà proposé. Et puis, il faut qu'il constitue son équipe, or ça va prendre du temps, et le temps c'est terrible pour une compagnie comme Air France parce qu'il faut redresser la barre et surtout avoir l'adhésion du personnel. Ça me paraît important que tout le monde soit dans la boucle et qu'on reparte tous ensemble pour un nouveau départ.

Les syndicats l'ont rappelé : il y a un fort risque de grève si Benjamin Smith n'est pas capable de renouer le dialogue avec eux. Est-il capable d'éviter cette grève ?

C'est vrai que ça va être dur. Le plus important, me semble-t-il, ça va être de redonner la confiance. On ne peut pas se limiter à la question salariale, même si c'est important. Il va falloir proposer des stratégies et les faire ensemble. Il faut que ce candidat ait beaucoup de qualités, beaucoup de charisme, de la créativité, il faut trouver des solutions innovantes pour rassurer le personnel, montrer qu'il n'est pas là pour quelques mois, mais quelques années, et puis il va falloir faire un constat partagé et une stratégie partagée. Mais si la grève a lieu, c'est très difficile de la surmonter parce qu'on arrive à un état critique. Après tout, le président précédent, Jean-Marc Janaillac, n'avait pas démérité avec un salaire trois fois inférieur. Comme quoi, ce n'est pas une preuve non plus. Je ne mésestime pas, et je ne juge pas le choix du candidat, mais il est face à une défiance du personnel qu'il va devoir surmonter.

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