Trois questions sur le financement des mesures annoncées par Emmanuel Macron

Bruno Lemaire et Gérarld Darmanin arrivent à la conférence de presse d\'Emmanuel Macron le jeudi 26 avril 2019. 
Bruno Lemaire et Gérarld Darmanin arrivent à la conférence de presse d'Emmanuel Macron le jeudi 26 avril 2019.  (LAURE BOYER / HANS LUCAS)

Lors de sa conférence de presse, jeudi, Emmanuel Macron a annoncé une série de mesures venant clore le processus du grand débat. Après le temps des promesses, une question se pose : où trouver l'argent pour financer ces mesures ? 

Baisse de l’impôt sur le revenu, indexation des retraites sur l’inflation, créations de maisons de services publics pour chaque canton... les mesures annoncées par Emmanuel Macron, jeudi 25 avril, lors de sa première conférence de presse à l’Elysée, vont porter un coup non négligeable aux finances publiques. Combien ces mesures vont-elles coûter ? Comment seront-elles financées ? Quelles difficultés représentent ces pistes ? Autant de questions sur lesquelles franceinfo s'est penchées.

A quelles dépenses faut-il s'attendre ? 

Difficile d'évaluer précisément le coût global des mesures annoncées par Emmanuel Macron. Une chose est certaine, la réduction de l’impôt sur le revenu pour les classes moyennes est la mesure la plus coûteuse : le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, a évoqué une baisse de cinq milliards d’euros pour les contribuables. La réindexation des petites retraites (moins de 2 000 euros) prévue pour 2020 devrait, elle, coûter 1,4 milliard d’euros à l'Etat. La reconduction de la défiscalisation de la prime exceptionnelle de fin d'année, versée par les entreprises, devrait de son côté coûter un milliard d'euros, selon LCI.

L'objectif avancé par le chef de l'Etat de réduire les effectifs à 24 élèves maximum dans les classes de grande section, CP et CE1 dès la rentrée prochaine ne devraient rien coûter selon Le Point. Il s'agit, selon l'hebdomadaire, d'améliorer la gestion des ressources humaines, le nombre d'élèves par enseignant étant actuellement de 17 dans le primaire public. Mais si le gouvernement ne parvient pas à modifier ce défaut de gestion, l'embauche de 10 000 ETP (équivalent temps plein) devrait coûter 315 millions d'euros par an.

Emmanuel Macron est en revanche resté très flou sur le financement des autres mesures : mise en place de maisons de services publics, création d'un Conseil de défense écologique, création d'un Conseil de la participation citoyenne... autant de nouvelles structures dont on ne connaît pas les détails en termes de financement.

"Le coût total de ces annonces semble inférieur mais comparable à celui des mesures de décembre 2018, pour répondre au mouvement des "gilets jaunes", estimé à 10,3 milliards d’euros", estime Xavier Ragot, président de l'OFCE, l'Office français des conjonctures économiques, dans une tribune publiée dans Le Monde.

Quelles sont les pistes envisagées pour les financer ? 

La première option évoquée par le président pour remplir les caisses serait la suppression de certaines niches fiscales dont bénéficient les entreprises. "Il y en a une multitude et on se demande parfois quel est leur effet économique", pointe la députée LREM de la Meuse, Emilie Cariou auprès de nos confrères de Libération

Deuxième piste envisagée, l’allongement du temps de travail. "On doit travailler plus longtemps car on vit plus longtemps", a argumenté le chef de l'Etat. Emmanuel Macron a cependant écarté des pistes qui étaient envisagées, comme la suppression d'un jour férié ou encore le recul de l'âge de la retraite. Il a, en revanche, évoqué un allongement de la durée de cotisation. "Ce sur quoi peut travailler le gouvernement avec le Parlement, c'est de regarder si on peut allonger la période de référence sans bouger l'âge légal pour avoir un système de décote qui incite à travailler davantage, mais sans forcer tout le monde", a-t-il déclaré. 

Enfin, troisième axe envisagé par le gouverment : la réduction des dépenses publiques. Bruno Le Maire a, par exemple, assuré que la baisse de l’impôt sur le revenu serait "intégralement financée par une baisse des dépenses publiques". Son colocataire de Bercy en charge des comptes publics, Gérald Darmanin, a annoncé sur RTL que cette mesure serait financée par la suppression de certaines niches fiscales pour les entreprises.

Sur ce volet, Emmanuel Macron n’a pas donné beaucoup de détails, encore moins de chiffres. Il propose simplement la fermeture de certains organismes publics. Parallèlement, il s'est dit prêt à "abandonner" la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires, une mesure phare de sa campagne. Un objectif toujours "atteignable" selon Gérald Darmanin, qui a également rappelé vendredi les efforts qui seront faits sur le logement, les contrats aidés et les réformes à venir sur l’assurance-chômage.

Est-ce tenable à court terme ?

A Bercy, Gérald Darmanin et Bruno Le Maire ont maintenant jusqu’à septembre, et la présentation du projet de loi de finances pour l'an prochain, pour proposer un dispositif qui respecterait les annonces du chef de l'Etat. Concernant la baisse de l'impôt sur le revenu, le ministre du Budget a assuré sur RTL qu'elle serait bien effective "dès janvier 2020".

Or, l'une des mesures qui servira de ressources à cette baisse fiscale pour les ménages, à savoir l’allongement du temps de travail, ne devrait pas être mise en place d'ici 2020. La réforme des retraites, en cours d'élaboration, est en effet prévue pour une mise en application à l'horizon 2025. Une promesse qu'Emmanuel Macron a réitérée jeudi lors de sa conférence de presse, en donnant plus de détails sur le calendrier. 

Autre difficulté à venir : l’exécutif devra aussi faire face au Medef, le syndicat patronal, qui a bondi après l’annonce de la suppression des niches fiscales pour les entreprises. "Les chefs d'entreprises du Medef seront très vigilants à ce que les principales réductions d'impôts soient maintenues et en particulier le Crédit d'impôt recherche, vital pour l'économie du pays", a prévenu l'organisation patronale.

Dès lundi matin, le gouvernement se réunira à Matignon pour un séminaire "inédit" aux côtés des présidents des groupes de la majorité et des commissions au Parlement. Au programme : méthodes de travail, répartitions des rôles et calendrier pour installer et mettre en oeuvre le chantier annoncé par Emmanuel Macron.

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