"Renouer le dialogue" et "s'écouter" : comment les organisateurs envisagent les échanges du grand débat national

Un cahier de doléances à la mairie de Rézé (Loire-Atlantique), le 16 janvier 2019.
Un cahier de doléances à la mairie de Rézé (Loire-Atlantique), le 16 janvier 2019. (LOIC VENANCE / AFP)

Depuis la mise en ligne du site, citoyens, maires et associations programment des réunions publiques dans le cadre du grand débat national voulu par le gouvernement.

Près de sept heures de discussions pour lancer le grand débat national. Emmanuel Macron a parlé fiscalité, mobilité, référendum d'initiative citoyenne, services publics, avec les maires normands réunis à Grand Bourgtheroulde (Eure), mardi 15 janvier. Les Français sont maintenant invités à débattre et échanger dans le cadre de la consultation qui doit avoir lieu jusqu'au mois de mars. Plusieurs événements sont déjà inscrits à l'agenda sur le site dédié, mis en ligne mardi soir. 

Une "passerelle" entre les citoyens et le gouvernement

Le coup d'envoi des réunions est donné mercredi soir dans le Rhône, à Saint-Germain-au-Mont-d'Or, près de Lyon. "Ça fait un mois que je m'impatiente, que je vois ce qu'il se passe... C'est pour cela que j'ai décidé assez rapidement de faire cette réunion", justifie le maire LREM de la commune, Renaud George, contacté par franceinfo. 

Si les mairies sont à l'origine de certains débats publics, l'initiative peut aussi être portée par des citoyens. "Pour moi, c'est une opportunité à saisir", explique Julian Teodorescu, contacté par franceinfo. Cet étudiant de 22 ans s'est empressé de proposer une réunion publique sur le site du grand débat pour la soirée du lundi 28 janvier, à Reims (Marne), même si la salle n'a pas encore été trouvée.

Je participe depuis le début du mouvement des 'gilets jaunes' aux manifestations à Reims. Là, un cadre de discussion est proposé, c'est l'occasion de faire remonter ce que l'on a à dire.Julian Teodorescu, étudiantà franceinfo

Sur le site, les profils des organisateurs des réunions sont très variés. A Besançon (Doubs), l'équipe du média local Actucomtoise est à l'origine d'une série de rencontres dès la fin du mois dans une brasserie. Le média web se voit comme "une passerelle" entre l'initiative du gouvernement et les citoyens. "On a suivi à Besançon le mouvement des 'gilets jaunes' depuis le début. Au fil des semaines, on s'est rendu compte qu'il y avait une demande très forte pour une réelle politique de proximité. Notre idée est donc de structurer le débat et d'en sortir des propositions concrètes", rapporte à franceinfo Yves Quémeneur, retraité, qui se présente comme "pigiste" à Actucomtoise.

A Marseille, l'une des réunions publiques est à l'initiative d'un pasteur. Chaque mardi, Olivier Raoul-Duval organise des débats sur divers sujets, comme "l'emploi, le logement, la place des femmes dans l'église, les questions de bioéthique", explique-t-il à franceinfo. Participer au grand débat national était pour lui une évidence. "L'idée, ce n'est pas que les protestants parlent aux protestants, on veut que ce soit très ouvert. Je suis pasteur mais aussi citoyen, assure-t-il. Il nous semblait important d'offrir un lieu pour débattre." Une première rencontre est prévue le 22 janvier dans une salle attenante au temple.

"Parler ensemble"

Quatre grands thèmes ont été fixés par le président de la République : la transition écologique, la fiscalité et les dépenses publiques, la démocratie et la citoyenneté et l'organisation de l'Etat et des services publics. Mais pour les Marcheurs, le grand débat national est surtout l'occasion de reprendre la main. "On souhaite d'abord renouer le dialogue, on verra plus tard pour les thèmes", avance Philippe Mojica, animateur du groupe En marche de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes).

Son collectif n'organise pas de réunions mais a décidé d'aller au-devant des habitants de la commune sur les marchés. Au programme des sujets abordés : le pouvoir d'achat, la sécurité ou encore les lourdeurs administratives. A Saint-Germain-au-Mont-d'Or non plus, on ne suivra pas les grands thèmes. 

On va d'abord discuter. Et dans un deuxième temps, on identifiera les sujets.Renaud George, maire de Saint-Germain-au-Mont-d'Orà franceinfo

A Marseille, pas de sujets imposés non plus, même si le pasteur a choisi, pour commencer, la catégorie "démocratie et citoyenneté". "Il n'y aura aucune question taboue. L'objectif est de voir comment on fait émerger l'expression citoyenne. J'attends surtout qu'on puisse parler ensemble et s'écouter", détaille Olivier Raoul-Duval. Même motivation pour Julian Teodorescu : "L'idée est de laisser l'opportunité à tous d'évoquer les points qu'ils souhaitent."

"Un débat dépassionné"

Pour beaucoup, ces réunions ne sont qu'une première étape. A Saint-Germain-au-Mont-d'Or, les participants seront invités à prioriser les trois sujets qui leur semblent les plus importants, à l'aide de bouts de papier. Ces thématiques feront l'objet de réunions ultérieures. Cette méthode a aussi été adoptée en Franche-Comté.

On ne veut pas hiérarchiser les sujets, ni discuter du bien-fondé de telle ou telle proposition. Nous les noterons sur des Post-it et nous les ferons remonter de manière synthétique.Yves Quémeneur, pigiste à Actucomtoiseà franceinfo

A Marseille, Olivier Raoul-Duval souhaite organiser une réunion par thème. "Notamment sur la transition écologique, il y a du travail à Marseille, pas seulement sur la réflexion mais dans les actes", affirme-t-il. Quels que soient les thèmes abordés, il espère un "débat dépassionné""Certaines idées seront peut-être loufoques, mais il y aura peut-être aussi des idées géniales qui ne seraient jamais trouvées par des énarques", espère Yves Quémeneur.

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