Quatre signes qui montrent que le mouvement des "gilets jaunes" se radicalise

Le péage de Virsac (Gironde), sur l\'autoroute A10, a été vandalisé et incendié, dans la nuit du lundi 19 au mardi 20 novembre 2018.
Le péage de Virsac (Gironde), sur l'autoroute A10, a été vandalisé et incendié, dans la nuit du lundi 19 au mardi 20 novembre 2018. (COTTEREAU FABIEN / MAXPPP)

Alors que les violences se multiplient et qu'un rassemblement non déclaré se prépare pour samedi à Paris, la tournure des événements commence sérieusement à inquiéter les autorités.

Péages saccagés, policiers blessés, panneaux de signalisation vandalisés... Le mouvement des "gilets jaunes" semble se durcir sur le terrain, tandis que la plus grande confusion règne sur l'organisation d'un éventuel rassemblement national samedi 24 novembre à Paris. A tel point que la tournure des événements commence sérieusement à inquiéter les autorités.

1Sur le terrain, les actes de violences se multiplient

On ne compte plus, à travers la France, les incidents survenus au cours ou en marge des rassemblements des "gilets jaunes". Samedi dernier, la mobilisation, à laquelle plus de 280 000 personnes avaient participé selon le ministère de l'Intérieur, s'était déjà soldée par un mort et plus de 400 blessés, souvent le fait d'automobilistes excédés par les barrages. Mais depuis le début de la semaine, la donne a changé. Les manifestants sont moins nombreux (27 000 lundi, 10 000 mardi et 7 000 mercredi), mais de plus en plus remontés. Sur l'A10, le péage de Virsac (Gironde) a ainsi été saccagé et incendié.

A Langueux (Côtes-d'Armor), des policiers ont été pris pour cible à coups de boules de pétanque, selon le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. En Mayenne, un homme a été interpellé pour avoir appelé à menacer les préfets. Dans une vidéo postée sur Facebook lors d'un rassemblement, il lance : "Nous, on va donner des ordres au peuple d'aller chercher les putains de préfets, on va les crucifier." Selon Le Parisien, qui cite une note de renseignements, l'homme est un responsable des Barjols, le groupuscule identitaire auquel appartenait le principal suspect du projet d'attentat contre Emmanuel Macron le 7 novembre.

Au total, depuis samedi, 582 personnes ont été interpellées et 450 placées en garde à vue. Et les forces de l’ordre comptent pas moins de 95 blessés dans leurs rangs.

2Des "casseurs" s'infiltrent dans les manifestations

Christophe Castaner s'est alarmé dès mardi d'une "dérive totale" et d'une "radicalisation". "Nous avons face à nous des militants qui ont de plus en plus envie d'en découdre avec les forces de l'ordre et avec des automobilistes", a insisté son secrétaire d'Etat Laurent Nuñez. Mais qui sont réellement les auteurs des violences et des dégradations ? Des "gilets jaunes" lambda, ou des groupes d'activistes venus de l'extérieur ? Difficile à dire.

Sur le péage de Virsac, un "gilet jaune" interrogé par France 2 assure que le saccage est l'œuvre de casseurs, "des jeunes tout en noir, cagoulés de partout". "Il ne faut pas faire l'amalgame, ce ne sont pas les gilets jaunes qui ont brûlé ça", déclare un autre devant ce qu'il reste du péage autoroutier. "Il y a des gens qui profitent, qui s'incrustent dans le mouvement", déclare une manifestante interrogée sur un rond-point de Rouen, où des voitures ont été brûlées. "Ils portent un gilet jaune, on peut pas savoir si c'est un bon ou un mauvais !"

3Les élus et les services de renseignement s'inquiètent 

"Ce qui frappe, c'est la violence vis-à-vis des élus. Certains manifestants avaient dans leur poche une photo de leur député pour le retrouver." Ce témoignage d'un élu LREM est consigné dans un rapport de 20 pages sur les "gilets jaunes" présenté lundi soir au bureau exécutif du parti présidentiel, selon Le Parisien.

Le quotidien affirme par ailleurs que les services de renseignement sont de plus en plus inquiets. "Nous constatons que les manifestants radicaux ne sont plus du tout les mêmes que ceux présents le 17", indique ainsi une source sécuritaire, qui évoque "des activistes d'ultra gauche" mais aussi des citoyens non-militants "sensibles aux thèses complotistes et de l'extrême droite"

4Le flou règne autour du rassemblement de samedi 

Que va-t-il se passer samedi 24 novembre dans les rues de Paris ? A trois jours de la date, difficile d'y voir clair. Sur les réseaux sociaux, un appel a été lancé pour converger dans la capitale ce jour-là. L'événement Facebook, qui compte 31 000 "participants" et plus de 200 000 "intéressés", a été lancé par un certain Eric Drouet. Sur l'événement posté sur Facebook, ce chauffeur routier de Seine-et-Marne donne une heure de rendez-vous (8h-11h) et un lieu : la place de la Concorde.

Problème : cette manifestation n'a fait l'objet d'aucune déclaration auprès de la préfecture de police. Les autorités ont d'ores et déjà fait savoir qu'elles n'interdiraient pas un tel rassemblement, mais que celui-ci ne pourrait pas se tenir sur la place de la Concorde, trop difficile à sécuriser.

Mais sur Facebook, dans les commentaires liés à cet événement, les "gilets jaunes" ne semblent pas effrayés par cette absence d'autorisation. Sans réelle cohésion, chacun cherche le meilleur moyen pour se rendre à Paris en prenant à défaut les forces de police. "Arrivez à Paris et cachez vos gilets. Essayez de décider d’une heure précise pour être tous à Paris et que le lieu du rendez-vous ne soit donné que le samedi matin", propose une internaute. D'autres envisagent de prendre en masse le train sans payer pour se rendre à Paris.

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