Mort de Zineb Redouane : le rapport d'expertise balistique conclut à un tir dans les règles, qui l'a atteinte accidentellement

Des manifestants tiennent une pancarte en hommage à Zineb Redouane, à Marseille, le 30 novembre 2019.
Des manifestants tiennent une pancarte en hommage à Zineb Redouane, à Marseille, le 30 novembre 2019. (CLEMENT MAHOUDEAU / AFP)

Le 1er décembre 2018, Zineb Redouane avait reçu une grenade lacrymogène, en marge d'une manifestation des "gilets jaunes" à Marseille. L'octogénaire est morte le lendemain.

Elle a été atteinte "de manière totalement accidentelle". Zineb Redouane, une femme algérienne de 80 ans morte après avoir reçu une grenade lacrymogène, alors qu'elle était en train de fermer les fenêtres de son appartement, le 1er décembre 2018, en marge d'une manifestation des "gilets jaunes" à Marseille, n'a pas été ciblée par le policier auteur du tir, selon une expertise balistique. Ce rapport de plus de 70 pages, rendu le 20 mai, est révélé jeudi 11 juin par Le Monde et Le Parisien, qui ont pu le consulter.

"L'arme a été utilisée selon les préconisations et les procédures d'emploi en vigueur dans la police nationale", estiment les deux auteurs de l'expertise, un policier inscrit près la Cour de cassation et un médecin légiste. "Malheureusement, la grenade a percuté le thorax de madame Redouane, située à une hauteur de plus de 16 mètres et à une distance rectiligne d'environ 37 mètres. Il ne peut donc bien évidemment [s'agir] d’un tir de type 'visée'", affirment-ils. "Il est impossible de voir la destination de ce tir qui est hors champ de la caméra, mais il est certain que la trajectoire est montante", poursuivent-ils. Et de conclure que la grenade "a atteint la victime de manière totalement accidentelle, au cours de la progression ascensionnelle du projectile".

"Nous n'avons pas confiance dans cette expertise"

"Compte tenu de la distance de tir, de l'obscurité et des dégagements de gaz lacrymogène dans la rue, il n'y a aucun argument permettant de dire que madame Redouane ait pu être aperçue par le fonctionnaire de police lors du départ du coup de feu", exposent les auteurs de l'expertise. Or, selon sa fille, Milfet Redouane, avec qui elle était au téléphone, l'octogénaire assure alors avoir été visée par un policier. Elle est morte le lendemain, au bloc opératoire.

"Nous n'avons pas confiance dans cette expertise", a réagi Milfet Redouane, interrogée par France 3 Paca"Je n'y crois pas, c'est l'une des raisons pour lesquelles nous avions réclamé le dépaysement de l'affaire", a-t-elle indiqué jeudi soir. D'abord instruite à Marseille, l'enquête a été dépaysée à Lyon, en août 2019. Le parquet général d'Aix-en-Provence avait demandé cette mesure pour la "sérénité" de l'information judiciaire et "dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice".

Pour Yassine Bouzrou, l'avocat de Milfet Redouane, l'enquête a été "entravée" à Marseille, pour "faire en sorte que le tireur ne soit pas identifié". Aujourd'hui, il juge les conclusions du rapport d'expertise balistique "totalement scandaleuses". "On a un tir effectué à 37 mètres de distance, avec une trajectoire de bas en haut, et l'expert arrive à soutenir qu'il est fait dans les règles !", dénonce-t-il à l'AFP jeudi soir. "On a affaire à un tir tendu, et non 'en cloche', effectué par un policier qui ne peut pas ignorer qu'il peut y avoir des habitants dans l'immeuble", poursuit l'avocat, en vilipendant le policier "pseudo-expert", dont il compte demander "la radiation". "Nous espérons que les juges lyonnais ne vont pas tenir compte de cette expertise et qu'ils en demanderont une autre", conclut Yassine Bouzrou.

Vous êtes à nouveau en ligne