"Mon patron a très bien compris" : comment les "gilets jaunes" s'organisent pour poursuivre leur mobilisation

Des \"gilets jaunes\" se rassemblent pour bloquer une route près du dépôt pétrolier de Fondeyre, à Toulouse, le 21 novembre 2018.
Des "gilets jaunes" se rassemblent pour bloquer une route près du dépôt pétrolier de Fondeyre, à Toulouse, le 21 novembre 2018. (PASCAL PAVANI / AFP)

Depuis le 17 novembre, les mobilisations des "gilets jaunes" rassemblent des dizaines de manifestants partout en France. Certains se disent même prêts à mettre "leur emploi entre parenthèses", pour affirmer leur présence sur le terrain "le temps qu'il faudra".

"S'il faut tenir un mois, je tiendrai un mois." Julien a la voix enrouée, "abîmée par le froid des derniers jours". Ce conducteur d'engins de 34 ans se présente comme "le porte-parole" du mouvement des "gilets jaunes" dans la zone de Livron-Loriol (Drôme). Et depuis le 17 novembre, il est mobilisé "sur le terrain". "Nous avons créé des blocages sur des ronds-points stratégiques pendant quatre jours, que nous avons occupés jour et nuit, témoigne-t-il. Ce combat est essentiel pour moi. Je me mobilise pour les anciens, pour les générations futures. Je ne lâcherai pas." Si le jeune homme appelle "à interrompre" les blocages sur les axes routiers, il continue sa mobilisation sur les parkings des supermarchés ou les péages, où il a passé ses dernières nuits. 

"Je compte sur le salaire de ma femme"

Pour assurer l'organisation du mouvement, Julien a choisi de se mettre en grève. "J'ai appelé mon patron, qui a plutôt bien réagi. En attendant, je compte sur le salaire de ma femme, et on se débrouillera", dit-il. Julien n'est pas le seul "gilet jaune" à mettre son emploi entre parenthèses pour défendre ses convictions. Alexandre Compère, porte-parole du mouvement dans la région de Valence (Drôme), a également "mis en suspens" l'activité de son entreprise de bricolage. "J'ai annulé tous les devis que j'avais fait valider en amont du mouvement, explique-t-il. Les clients sont compréhensifs, pour la plupart, tout comme les habitants de la région."

Alexandre avoue avoir été surpris du nombre de manifestants présents lundi, après la grande mobilisation du week-end : "Près de 150 personnes se sont présentées pour nous venir en aide. Certaines se sont mises en grève ou ont posé des journées de congé. Il y a même des retraités", affirme-t-il. Laurent, présent lui aussi sur les blocages de Valence, renchérit.

S'il faut que je fasse un crédit pour vivre, je le ferai. Je suis prêt à faire ce sacrifice, je me serrerai la ceinture s'il le faut !Laurent, "gilet jaune" dans la région de Valenceà franceinfo

Ce chauffeur poids lourd, directement concerné par la hausse du prix de l'essence, a pris quelques jours de congé pour participer aux rassemblements. "Mon patron a très bien compris. Je travaillerai deux jours cette semaine, et je rediscuterai avec lui pour m'absenter la semaine prochaine."

Une "grande solidarité"

Depuis le parking d'une grande surface de la région de Valence, les deux hommes s'estiment "chanceux" et "touchés" face à la compréhension et la participation des habitants. "Beaucoup d'automobilistes viennent à notre rencontre, nous offrent des viennoiseries, du café. Les centres commerciaux viennent même avec les invendus du jour pour s'assurer qu'on ait assez à manger !" se réjouit Alexandre Compère. Une mobilisation que confirme Julien, à Livron. "Certains citoyens nous offrent même de l'argent liquide, pour nous permettre de réimprimer des tracts, par exemple."

Le jeune homme "continue le combat" durant la nuit. "Pour être honnête, les conditions sont compliquées. Il fait froid, il pleut, il neige." Mais Julien affirme que les habitants sont solidaires. "On fait des feux dans des bidons en ferraille, et les gens nous ramènent du bois en permanence, raconte-t-il, touché. Des mères de famille mettent leur réveil pour nous ramener du café, de la soupe chaude. Ça nous motive." Ni Julien, à Livron, ni Alexandre, à Valence, ne comptent venir à Paris, samedi 24 novembre, notamment "pour des questions de coût". Mais, "très motivés", ils participeront localement à la journée d'action. "S'il faut insister sur quelque chose, c'est bien sur le fait qu'on ne lâchera rien. Que, contrairement à ce que dit Macron, ça ne s'arrêtera pas comme ça", prévient Julien.

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