Maintien de l'ordre en France : le criminologue Alain Bauer dénonce un armement inadapté utilisé par des policiers non formés

Alain Bauer, aux Assises nationales de la recherche stratégique, le 21 novembre 2014.
Alain Bauer, aux Assises nationales de la recherche stratégique, le 21 novembre 2014. (VINCENT ISORE / MAXPPP)

Le professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers a notamment pointé l'usage fait des grenades de désencerclements et des LBD "dans des conditions aléatoires et relatives".

Alain Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) a pointé, samedi 2 février, certaines des armes utilisées par les forces de l'ordre lors de manifestations des "gilets jaunes", et notamment les grenades de désencerclement et les lanceurs de balles de défense (LBD).

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"La plus dangereuse, et celle qu'il faudrait interdire immédiatement, c'est la grenade dite de désencerclement, qui est en général utilisée pour à peu près tout, sauf pour du désencerclement, a-t-il expliqué. C'est une vraie grenade, avec du TNT dedans, c'est un danger absolu et elle ne devrait être utilisée que dans des conditions dites insurrectionnelles ou dans des conditions où vous avez une menace terroriste majeure, où il faut prendre d'assaut un réduit, du type Bataclan."

Pour le criminologue, il faut aussi revoir le lanceur de balles de défense (LBD). "L'ancien 'Flash-Ball' tirait à environ 160 km/h, avec un diamètre plus grand que l'actuel LBD qui tire lui à 330 km/h et dont le projectile a la circonférence d'un oeil, comme si ça avait été fait exprès. Il y a donc à revoir cet armement", a-t-il assuré.

Des conditions d'intervention "aléatoires"

Si des manifestants ont été gravement blessés, c'est aussi en raison du manque de formation d'une partie des policiers mobilisés lors de ces manifestations, selon Alain Bauer. "Ces armes sont utilisées par des gens qui ne sont ni formés, ni entraînés, ni en capacité de les utiliser dans de bonnes conditions", dénonce-t-il.

"Sur les centaines de cas de blessures diverses enregistrées, on note que quasiment aucune ne concerne des CRS ou des gendarmes mobiles, et que la quasi-totalité concerne des unités de police envoyées en renfort, dont la mission n'est pas le maintien de l'ordre, et qui s'en servent dans des conditions aléatoires et relatives", a-t-il constaté. 

Tout "un dispositif" à revoir

Si ces armes de défense constituent, selon le spécialiste, un progrès "par rapport au sabre, au 357 magnum ou au riot gun [arme anti-émeute américaine] qui avaient été inventés pour les émeutes", elles induisent une forme de "désinhibition" chez les policiers qui les utilisent. "On assiste à une sur-utilisation de ces armes, comme si elles étaient non létales, ce qui n'est pas vrai ! Elles sont juste moins létales."

Pour Alain Bauer, "pendant longtemps, la police a fait tout ce qu'elle pouvait pour éviter les morts et les blessés", mais elle a "un peu oublié de cette expérience, en tout cas la police de voie publique (...) Donc oui, il faudrait revisiter l'ensemble du dispositif"

Le spécialiste s'est également étonné de la différence de perception sur l'utilisation de ces armes, entre les policiers sur le terrain et leur hiérarchie, y voyant un argument de plus pour revoir complètement la doctrine du maintien de l'ordre. "Il y a encore eu un rapport en 2014 sur la rénovation des armements, notamment sur l'usage massif du canon à eau. C'est l'outil le plus avancé par les CRS et le plus discuté par la hiérarchie place Beauvau. C'est toujours très étonnant de voir à quel point ceux qui sont sur le terrain ont du mal à se faire entendre de l'administration", a expliqué Alain Bauer.

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