"Le président nous a écoutés, je ne sais pas s'il nous a entendus" : dans la Drôme, Emmanuel Macron a tenté de convaincre les élus ruraux

Après avoir rencontré une trentaine d\'élus d\'Auvergne-Rhône-Alpes, Emmanuel Macron s\'est invité à un débat citoyen à Bourg-de-Péage (Drôme), le 24 janvier 2019.
Après avoir rencontré une trentaine d'élus d'Auvergne-Rhône-Alpes, Emmanuel Macron s'est invité à un débat citoyen à Bourg-de-Péage (Drôme), le 24 janvier 2019. (EMMANUEL FOUDROT / AFP)

Face à une trentaine de maires de la région Auvergne-Rhône-Alpes, le président a notamment plaidé jeudi en faveur d'une plus grande décentralisation. Avec un succès mitigé, notamment à droite.

Pour sa troisième rencontre avec des élus locaux dans le cadre du grand débat national, jeudi 24 janvier, Emmanuel Macron a opté pour un changement de format. Fini les marathons de près de six heures devant 600 élus. Place à un entretien avec le président de région, Laurent Wauquiez (Les Républicains), puis à un déjeuner avec un panel réduit d'élus. Pour éviter les critiques de ses opposants qui dénoncent un "show" télévisé, le président n'avait cette fois pas autorisé les caméras de télévision à assister aux échanges.

Dans la cossue salle Barjavel de la préfecture de Valence (Drôme), c'est donc en toute intimité que les 35 maires, Laurent Wauquiez et la présidente LR du conseil départemental de la Drôme, Marie-Pierre Mouton, ont pu faire part des doléances de leurs administrés au président de la République, entouré de quatre membres du gouvernement. 

"Soyez libres", a préconisé Emmanuel Macron à ses interlocuteurs, en préambule de ce déjeuner de travail. Entre deux bouchées de consommé de bœuf et de gratin dauphinois, ils ont pris la parole "deux à trois minutes" chacun, rapportent à franceinfo des participants que la concision de ces échanges a parfois laissé "sur leur faim".

Le président "à l'écoute"

Tous sont pourtant reconnaissants d'avoir "pu dire ce qu'on avait à dire". Dans une ambiance "de bonne tenue", ils n'ont en effet pas mâché leurs reproches, évoquant les baisses de dotations de l'Etat, les relations abîmées entre collectivités locales et la capitale, la difficile mobilité sur le territoire, ou encore la fermeture de classes et les médecins qui se raréfient dans les communes rurales. 

"Le huis clos a certainement rendu la plupart d'entre nous plus sincères, car il n'y avait pas de cinéma", s'est de son côté réjouie Marie-Jeanne Béguet, vice-présidente LREM de l'association des maires ruraux de l'Ain."J'ai vraiment été surpris mais ça n'était pas qu'un concert de lamentations. Le constat était amer mais il y a eu quelques propositions", a aussi retenu Xavier Cadoret, maire sans étiquette de Saint-Gérand-le-Puy (Allier). 

Face à eux, le président de la République s'est montré "attentif", "à l'écoute", prenant comme lors des rencontres précédentes "beaucoup de notes", rapportent ainsi des élus de tout bord. "Il a fait comprendre que tout ce qui lui remontait allait infléchir la manière dont il allait continuer sa politique", estime la marcheuse Marie-Jeanne Béguet. "Il a quand même dit, sans le dire, qu'il gardait le cap, il a justifié ses réformes", tempère Xavier Cadoret. "Il nous a aussi demandé de prendre notre part", ajoute Sylvain Sotton (divers droite), président de l'Association des maires ruraux du Rhône. 

Durant sa réponse d'une vingtaine de minutes, en fin de rencontre, le chef de l'Etat a aussi souligné la nécessité d'une "décentralisation" et d'une "déconcentration" plus poussées, promettant plus de fonctionnaires en région. "Il faut qu'on puisse accélérer et rouvrir des services publics", a-t-il lancé.

Une "grande débâcle"

Mais ses réponses n'ont pas satisfait tout le monde. Le président des Républicains Laurent Wauquiez a ainsi reproché à Emmanuel Macron son "écoute" tardive, responsable selon lui des "tensions" dans le pays. "Les problèmes, on les connaît." "D'abord les retraites" qui sont "trop petites". Ensuite "l'impôt est injuste car il repose au milieu [sur les classes moyennes]". Troisièmement, "nos territoires ont le sentiment de n'être ni aidés, ni respectés", a développé le patron de LR.

"On parle de grand débat, on a plutôt affaire à une grande débâcle", a aussi déploré Nicolas Daragon, maire LR de Valence. "On avait des 'gilets jaunes' qui étaient dehors, à l'extérieur. J'ai invité le président de la République à recevoir une délégation (...). Mais pas de réponse, personne n'est allé à leur contact. Je trouve ça assez surprenant", raconte Nicolas Daragon. A 300 mètres de la préfecture, quelques dizaines de "gilets jaunes" avaient en effet bravé le vent glacé pour venir manifester leur désapprobation de la politique gouvernementale. 

"Le président nous a écoutés, je ne sais pas s'il nous a entendus sur tout", a confié Maurice Weiss (parti radical de gauche). "Je suis déçu (...), le plus important aujourd'hui, et ça ne coûte rien, c'est de dire : 'Nous allons nous occuper de vous, les communes rurales', après avoir été méprisées pendant des années", a de son côté regretté Dominique Bidet, le président communiste de l'association des maires ruraux de l'Allier.

Un élu pousse la chansonnette

D'autres, comme le maire Républicain de Châtel (Haute-Savoie), Nicolas Rubin, ont opté pour l'humour dans leurs revendications. A la fin de son intervention, l'élu a en effet entonné un extrait du Marionnettiste, un titre de Pierre Bachelet. "Mais dis-moi tout Marionnettiste. J'ai des ficelles à mon destin. Tu me fais faire un tour de piste. Mais où je vais je n'en sais rien", a-t-il chanté devant un Emmanuel Macron tout sourire et une assistance médusée qui l'a abondamment applaudi.

Par là, il voulait dire au président : "Ne nous dirigez pas trop d'en haut car parfois, on ne sait plus trop où on va", explique ce dernier à franceinfo. Et de se réjouir sur le chemin du retour : "C'est quand même pas tous les jours qu'on a l'occasion de chanter devant le président de la République."

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