Européennes : pourquoi les listes "gilets jaunes" ont échoué à traduire un mouvement social en vote dans les urnes

Une affiche électorale de la liste \"Alliance jaune\", le 23 mai 2019 dans une rue de Toulouse (Haute-Garonne).
Une affiche électorale de la liste "Alliance jaune", le 23 mai 2019 dans une rue de Toulouse (Haute-Garonne). (PASCAL PAVANI / AFP)

L'Alliance jaune de Francis Lalanne, qui réclame notamment le référendum d'initiative citoyenne, n'a obtenu que 0,54% des voix. Christophe Chalençon et sa liste Evolution citoyenne n'ont, eux, séduit personne, ou presque (0,01%).

"Sur le papier, on n'a aucune chance, reconnaissait Francis Lalanne avant le scrutin européen, mais je crois pouvoir inverser l'histoire en un éclair". Force est de constater que le coup de tonnerre n'a pas eu lieu. L'Alliance jaune a obtenu le modeste score de 0,54% (122 332 voix), bien loin des 5% requis pour obtenir un siège au Parlement européen.

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Sa candidature avait suscité de nombreuses réticences au sein même d'un mouvement divisé sur l'opportunité ou non de lancer une liste. Sur les rond-points, Francis Lalanne a parfois été accusé de "récupérer" le mouvement. 

"Dès qu'on rentre en politique, c'est clivant", résumait le chanteur dans un entretien à 20 Minutes, sans toutefois abandonner l'espoir d'emmener son mouvement jusqu'aux municipales de 2020. "C'est décevant, je visais plutôt entre 1 et 2%", a commenté Frédéric Mestdjian, cinquième sur la liste Alliance jaune, peu après l'annonce des résultats. "Le succès, c'est d'avoir pu porter cette liste jusqu'au bout."

"Un héritage convoité par différentes forces"

Des critiques similaires avaient déjà contraint Ingrid Levavasseur à jeter l'éponge, au mois de mars, alors qu'elle envisageait de porter une liste du Ralliement d'initiative citoyenne (RIC). "C'est un mouvement qui a pour caractéristique de systématiquement voir les personnes voulant en être les représentants, délégitimés, attaqués par leurs pairs et il n'y a pas eu une liste 'gilets jaunes' mais plutôt un héritage convoité par différentes forces", résume Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop.

Des initiatives personnelles avaient également miné l'unité de la liste RIC, comme la rencontre organisée entre le ministre de l'Intérieur italien, Luigi di Maio, et le "gilet jaune" Christophe Chalençon.

Après cet échec, ce dernier a pris la tête d'une liste, Evolution citoyenne, composée pour moitié de membres du mouvement des "gilets jaunes" qui vantaient "l'esprit du 17 novembre", date du premier rassemblement. Cette démarche a rencontré un échec cuisant, puisqu'elle n'a séduit que 2 117 voix, soit... 0,01% des suffrages. Comme un symbole de ce naufrage électoral, Christophe Chalençon n'a recueilli que deux petites voix (0,32%) dans sa propre commune de Sault (Vaucluse).

"On nous vole le scrutin", a accusé le "gilet jaune", qui veut maintenant déposer des "recours" partout en France pour "faire invalider les élections", du fait du rejet, dans les bureaux de vote, des bulletins de vote Evolution citoyenne imprimés sur du papier 80g/m2, alors que le grammage règlementaire est de 70g/m2. "A partir de demain, nous allons mettre le feu", a-t-il promis.

Des parcours individuels sans grand succès

D'autres "gilets jaunes" avaient fait le choix de rejoindre des listes déjà constituées, avec, là encore, un succès mitigé. Après avoir songé à lancer sa propre liste, Jaunes et citoyens, Jean-François Barnaba a finalement rejoint Florian Philippot et sa liste Ensemble Patriotes et "gilets jaunes", créditée d'un faible score de 0,65%. Revers également pour Benjamin Cauchy, présent en neuvième position sur la liste Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan (3,51%).

Dans une moindre mesure, l'UPR (1,17%) et le PCF (2,49%) avaient également revendiqué la présence de "gilets jaunes" sur leur liste, pour un résultat tout aussi modeste.

Face à une poignée de sympathisants réunis à Guingamp (Côtes-d'Armor), rapporte Ouest France, Christophe Chalençon avait dénoncé l'inutilité d'un vote en faveur du Rassemblement national. "Il n’est pas une solution, on le voit bien. Ils étaient déjà arrivés en tête du scrutin des dernières européennes". C'est pourtant la liste qui a recueilli le plus de suffrages (38%) chez les électeurs "plutôt proches" et "très proches" du mouvement des "gilets jaunes", selon une enquête d'Ipsos/Sopra Steria. Bien au-dessus du score de la liste de Marine Le Pen au niveau national (23,31%).

Un avenir politique pour les "gilets jaunes" ?

La participation est à peine moins élevée chez les électeurs proches des "gilets jaunes" qu'au niveau national (50% contre 50,12%). Et les électeurs "très proches" du mouvement sont même davantage allés voter (58%) que la moyenne. "On mesure peut-être là un effet 'gilets jaunes', selon l'institut Ipsos. Ceux qui se sentent très proches du mouvement social se sont en effet nettement moins abstenus que la moyenne des Français (42%), comme ceux qui s'en sentent très éloignés (44%). Que ce soit pour ou contre lui, le mouvement a remobilisé les citoyens".

"Plus les électeurs se disent proches des 'gilets jaunes', plus ils votent RN. Plus ils se disent hostiles aux 'gilets jaunes', plus ils votent LREM, analysait le directeur d'Ipsos, Brice Teinturier, dans un entretien aux Echos publié juste avant le scrutin. C'est une forme de traduction politique. Mais personne ou presque ne vote 'gilets jaunes'."

Il y a quelques mois encore, début décembre, l'hypothèse d'une liste "gilet jaunes" était créditée de 12% d'opinions favorables dans un sondage Ipsos commandé par LREM, cité par le JDD. Mais l'hebdomadaire précisait aussitôt que ce mouvement "apolitique" peine "à se mettre d'accord sur un programme" et que la création d'une liste était "très improbable". L'échec d'Alliance jaune et d'Evolution citoyenne confirme les difficultés pour ce mouvement à trouver une traduction politique de revendications parfois difficilement lisibles.

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