"Il n'y a pas suffisamment de gilets jaunes et de citoyens dans la rue pour que les choses changent mais assez pour que ça ne s'arrête pas", estime un "gilet jaune"

Des \"gilets jaunes\", à Caen, en Normandie, le 18 novembre 2018.
Des "gilets jaunes", à Caen, en Normandie, le 18 novembre 2018. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Jérémy Clément, gilet jaune, président de l’association des Ronds-points du cœur et chef d’entreprise, réagit sur franceinfo vendredi à la publication d'un sondage selon lequel 69% des Français jugent que le mouvement est justifié.

Un an après le début du mouvement des "gilets jaunes", les autorités redoutent un week-end agité. 69% des Français jugent que le mouvement est justifié et 58% estiment qu'il leur a profité, montre un sondage Odoxa-Dentsu consulting pour franceinfo et le Figaro publié jeudi. "Vous n'avez pas assez de "gilets jaunes" et de citoyens dans la rue pour que les choses changent", a affirmé sur franceinfo Jérémy Clément, "gilet jaune", président de l’association des Ronds-points du cœur et chef d’entreprise

franceinfo. Avez-vous toujours votre gilet jaune ?

Jérémy Clément. Ce n'était pas un gilet, mais un manteau. Je ne le porte plus depuis quelques mois parce que je pense que ce n'est plus nécessaire, mais je le garde par souci de solidarité. Il a une signification forte depuis l'année dernière.

Un an après, estimez-vous avoir été entendu par le gouvernement ?

Je pense qu'on a été entendu sur certains points, puisqu'il y a eu énormément de récupérations qui ont été faites sur les idées et les propositions qui ont été mises sur la table. Malheureusement, ce n'est pas forcément dans le sens où on l'aurait entendu. Si on avait vraiment entendu, aujourd'hui vous n'auriez pas 500 000 pauvres supplémentaires par rapport à l'année dernière. Vous n'auriez pas des gens qui continuent de bosser et qui s'en sortent de moins en moins, vous n'auriez pas 1,3 million de chômeur qui vont se retrouver au RSA. On a créé un système où on n'a rien développé et aujourd'hui on se retrouve avec des problèmes. Lorsqu'on parle à des politiques, ce qu'on retient c'est que beaucoup nous disent qu'ils ont les solutions mais que le temps de les mettre en place c'est un autre gouvernement qui en profitera. Quand on entend ça on se demande où va le monde. On a un gouvernement qui travaille pour les 1% les plus riches.

90% des Français ne souhaitent pas que le mouvement continue. Quelle est votre position ?

Vous n'avez pas assez de "gilets jaunes" et de citoyens dans la rue pour que les choses changent, mais vous en avez suffisamment pour que ça ne s'arrête pas. Moi aussi j'aimerais faire partie des personnes à qui on trouve des solutions pour ne plus aller dans la rue et pouvoir présenter une force d'opposition sous une forme ou sous une autre pour pouvoir être entendu, écouté, et mettre en place certaines choses que l'on met sur la table. Cela ne sera pas le cas, le mouvement des "gilets jaunes" a fait naître, en ce qui me concerne, un sens du devoir et des responsabilités sur le pays, sur la politique et sur l'implication qu'on peut y donner. Aujourd'hui, il ne s'agit plus de s'occuper de sa petite vie, il faut voir beaucoup plus large. Aujourd'hui, ce sont les gens qui ne s'en sortent pas qui souffrent et c'est en train d'augmenter. Un jour vous aurez des gens qui gagnent 3 000 à 5 000 euros qui seront tapés plus sévèrement par le fisc. Et là vous n'aurez plus que des gens qui souffrent dans la rue, vous aurez aussi des gens qui ont la tête sur les épaules et qui se sentent impliqués par tout ce qui se passe.

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