Histoire : qui aurait pu prévoir le mouvement des "gilets jaunes" ?

L'historien Gérard Noiriel, auteur de l'ouvrage "Une histoire populaire de la France", retrace les relations de pouvoir depuis la guerre de Cent Ans à aujourd'hui, tout en  explorant la place du peuple. Quel regard porte-t-il sur les "gilets jaunes" ?

Gérard Noiriel, historien et directeur d'études à l'EHESS, se demande "qui aurait pu prévoir le mouvement des 'gilets jaunes' il y a quelques semaines ? C'est une constance des luttes populaires, elles prennent toujours les élites par surprise. C'est quelque part assez réjouissant, peut-être pas pour les intellectuels, mais c'est bien que de temps en temps l'histoire leur donne des leçons à eux aussi". Il publie Une histoire populaire de la France, dans lequel il analyse différentes périodes qui peuvent mettre en évidence des points communs avec le mouvement en cours. Les grandes révoltes des Croquants, au XVIIe siècle, "c'était déjà des révoltes contre l'augmentation des impôts et des formes auto-organisées au niveau local. La différence, c'est que ça ne dépassait pas une région", précise l'historien.

"Des formes de rejet de la démocratie"

"Les sans-culottes, en 1789, la Révolution de 1848, la Commune de Paris, on a toujours dans les révoltes populaires en France des formes d’auto-organisation qui soudent des gens qui n'étaient pas forcément liés entre eux auparavant. Il y a cette dimension de lien social très importante, que l'on retrouve dans le mouvement des 'gilets jaune'", explique Gérard Noiriel. Il met en garde, d'autre part, sur "le mouvement actuel de rejet de la classe politique, ou des corps intermédiaires, [qui] peut avoir des effets extrêmement négatifs parce que ça risque de promouvoir des formes, que l'on ne veut pas revoir, de rejet de la démocratie".

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