"Gilets jaunes" : "Un ministre de l'Intérieur, c'est faire en sorte que les choses se passent du mieux possible" rappelle Daniel Vaillant

Daniel Vaillant à Paris le 31 mars 2015
Daniel Vaillant à Paris le 31 mars 2015 (FRANCOIS LAFITE/WOSTOK PRESS / MAXPPP)

Pour l'ancien ministre de l'Intérieur "Il est grand temps que tout ça s'arrête."

"Monsieur Castaner aurait dû plus se comporter en responsable de la sécurité et de la liberté plutôt que de stigmatiser Marine Le Pen en la mettant en valeur", a réagi samedi soir sur franceinfo l'ancien ministre de l'Intérieur du gouvernement Jospin Daniel Vaillant au soir des manifestations des "gilets jaunes".

L'ancien ministre fustige les propos de Christophe Castaner, le ministre de l'Intérieur, qui a accusé Marine Le Pen d'avoir incité à manifester sur les Champs-Elysées."Un ministre de l'Intérieur, c'est être en responsabilité et faire en sorte que les choses se passent du mieux possible", souligne Daniel Vaillant avant de rajouter: "Quand on ne maîtrise pas le départ d'une flammèche, cela se transforme en incendie".

Franceinfo : On a du mal à comprendre que la police laisse pendant de longues heures les casseurs se regrouper et établir des barricades. Est-ce que c'est une technique normale du maintien de l'ordre ?

Daniel Vaillant : C'est très difficile. Je ne vais pas donner de leçon à quiconque. Je n'ai jamais été confronté à ce type de difficultés. Les forces de l'ordre font ce qu'elles peuvent. Elles protègent aussi la vie et la sécurité des manifestants. A l'époque il y avait un maître mot : on ne manifeste pas aux Champs-Elysées et on s'en donne les moyens. Je pense que le préfet de police sous l'autorité du ministre de l'Intérieur a fait ce qu'il fallait faire. Mais cela me conduit à dire qu'il vaudrait mieux éviter ce type de comportement et ce type de manifestation. Je n'ai jamais été pour les manifestations mal organisées, peu coordonnées et qui ne sont pas des manifestations de masse. Cette démarche des gilets jaunes, je comprends bien ce qu'il y a derrière ce malaise, cette souffrance et je la respecte évidemment. Mais ce type de manifestation, que je qualifierais de poujadiste, je pense que ce n'est pas la bonne méthode. C'est aussi le devoir du gouvernement de ne pas passer en force. Or je sais que cela se paie un jour ou l'autre.

Est-ce que le gouvernement a joué le pourrissement ?

Non, mais une forme de passage en force. On l'a vu sur la suppression de l'ISF, sur la CSG, la loi travail numéro 2, la SNCF, les retraites. Il faut plus d'humilité, plus de capacité d'écoute, de négociation. Certes il faut trouver des interlocuteurs, mais ça c'est un problème de volonté politique. On doit respecter les corps intermédiaires. Quand le patron de la CFDT fait une proposition, on ne la renvoie pas d'un revers de main comme ça à la légère. L'art de gouverner, c'est un art très difficile. Il faut rester ouvert à la discussion.

Le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a accusé à la mi-journée l'ultra droite et Marine Le Pen. Il a dénoncé les séditieux. Est-ce que ce sont les mots qu'il fallait employer ?

C'est le jeu politique. Marine Le Pen a commis une fois de plus une erreur en appelant à manifester aux Champs-Elysées alors qu'elle sait que ce n'est pas possible et pas correct. Après, monsieur Castaner aurait dû plus se comporter en responsable de la sécurité et de la liberté plutôt que de stigmatiser Marine Le Pen en la mettant en valeur. Je pense qu'il faut faire attention. Un ministre de l'Intérieur, ce n'est pas être le premier flic de France. C'est être en responsabilité et faire en sorte que les choses se passent du mieux possible. Mais l'idéal est d'éviter ce type de mouvement et c'est là où je reviens sur le sujet. Attention, quand on ne maîtrise pas le départ d'une flammèche, cela se transforme en incendie. Il est grand temps que tout ça s'arrête. Il faut faire des choix politiques. La suppression de l'ISF, est-ce que cela crée de la croissance? Non, c'est une erreur.

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