Icône des "gilets jaunes", interpellé pour violence conjugale... Qui est Christophe Dettinger, l'ex-boxeur qui veut toucher sa cagnotte de 145 000 euros ?

Un ancien boxeur, Christophe Dettinger, frappe un gendarme mobile lors d\'une manifestation des \"gilets jaunes\" à Paris, le 5 janvier 2018.
Un ancien boxeur, Christophe Dettinger, frappe un gendarme mobile lors d'une manifestation des "gilets jaunes" à Paris, le 5 janvier 2018. (ANTONI LALLICAN / HANS LUCAS / AFP)

Après la diffusion, en janvier 2019, d'une vidéo où il frappe des gendarmes lors d'une manifestation, 145 000 euros de dons ont été collectés pour l'aider à payer ses frais d'avocats. Mais la plateforme Leetchi a gelé la cagnotte. Le tribunal de Paris doit rendre sa décision, lundi, dans cette affaire. 

Christophe Dettinger va-t-il pouvoir toucher les 145 000 euros de sa cagnotte Leetchi ? Le tribunal de Paris doit rendre, lundi 20 janvier, sa décision dans l'affaire qui oppose ce "gilet jaune", condamné pour avoir frappé des gendarmes lors d'une manifestation, à la plateforme de collecte de dons.

Cette cagnotte avait été créée le 6 janvier 2019, au lendemain d'une manifestation de "gilets jaunes" à Paris ce boxeur de 38 ans a été filmé en train de frapper deux gendarmes. Ces faits lui ont valu d'être condamné, en février, à un an de prison aménagé en semi-liberté puis en placement sous bracelet électronique. Pointé du doigt par les syndicats de police, Leetchi a suspendu la cagnotte deux jours après son ouverture, le 8 janvier, suscitant l'indignation des "gilets jaunes". Avant la décision, Franceinfo brosse le portrait de ce boxeur devenu l'une des figures du mouvement. 

Un ancien champion de boxe filmé en train de frapper des gendarmes 

Garde haute devant le visage pour se protéger, jeu de jambes dynamique… Sur la vidéo captée lors de la manifestation, Christophe Dettinger saute sur les CRS comme sur un ring et leur assène des coups foudroyants en plein visage. Les images font le tour des réseaux sociaux. 

Surnommé "le gitan de Massy", Christophe Dettinger n'est pas un inconnu dans le milieu de la boxe. En 2007, il est devenu champion de France des lourds-légers, la catégorie (PDF, page 7) qui regroupe les athlètes pesant entre 79,378 et 90,719 kg. "C'était un longiligne, qui se servait très bien de sa morphologie. C'était un très bon technicien, très précis", racontait à L'Equipe l'un de ses anciens entraîneurs, Jacky Trompesauce. Selon le quotidien sportif, le boxeur de Massy (Essonne) a raccroché les gants en 2013, après 18 victoires, un nul et quatre défaites.

Après la diffusion de la vidéo, la fédération française de boxe a publié un communiqué pour condamner "avec la plus grande fermeté de tels agissements d'une violence extrême qui sont totalement contraires aux valeurs prônées par notre discipline". Sur France Inter, un autre de ses coachs était encore plus sévère : "Pourquoi t'as fait ça Christophe ? Quel est l'intérêt ? Tu as une famille, des enfants… Moi je peux aller lui tirer l'oreille, il ne dira rien, je lui dirai 'tu es un con', témoigne Laurent Boucher. Ce qui m'a le plus choqué, c'est de le voir taper le gendarme au sol. En boxe anglaise, on apprend à ne pas taper un homme au sol, jamais, et lui il l'a fait, c'est chaud pour lui."

Un fonctionnaire territorial suspendu de ses fonctions 

Depuis sa retraite de boxeur, Christophe Dettinger est fonctionnaire territorial au service entretien de la mairie d'Arpajon (Essonne), mais a été suspendu de ses fonctions au mois de mars. "En tant qu'agent public territorial, il a la nécessité d'observer un certain devoir de réserve sur un certain nombre de sujets, avait alors expliqué la mairie. Dans le contexte que cet agent connaît aujourd'hui, nous pensons qu'il n'était pas nécessaire de rajouter des développements médiatiques".

"Si Christophe était à la manifestation, c'est parce qu'il est comme tout le monde, qu'il en a marre, que les fins de mois sont dures", expliquait un de ses proches à L'Equipe. Dans une vidéo mise en ligne après son interpellation, le boxeur ne dit pas autre chose. "Oui, je me suis fait gazer avec ma femme, je me suis fait gazer et à un moment, la colère est montée en moi, oui j'ai mal réagi, mais je me suis défendu", explique-t-il.

Un père de famille interpellé pour violences conjugales 

Avant de faire la une des journaux, Christophe Dettinger vivait avec son épouse et ses trois enfants. Le couple s'est, depuis, séparé. Christophe Dettinger a été placé en garde à vue après une altercation avec son ex-femme, le 8 janvier dernier. Son ex-compagne n'a pas été blessée et n'a pas souhaité être examinée par un médecin. Elle s'est cependant présentée à la gendarmerie de Lardy (Essonne) pour signaler cette altercation. Convoqué le lendemain, Christophe Dettinger a admis "avoir bousculé son épouse", a indiqué le parquet. 

L'ex-boxeur va devoir suivre un stage de responsabilisation aux violences conjugales de deux jours, à ses frais, a précisé le parquet. Une décision prise par la justice alors que Christophe Dettinger est toujours sous le coup d'une peine avec sursis pour avoir frappé les CRS. Après sa condamnation, en février 2019, il avait d'abord été en incarcéré en régime de semi-liberté au centre de Corbeil-Essonnes (Essonne), où il avait pour obligation d'y rentrer tous les jours à 18 heures. Depuis le mois de juin, il effectue sa peine à l'extérieur, avec un bracelet électronique. 

Un symbole pour les "gilets jaunes" 

Après son interpellation, Christophe Dettinger est devenu un symbole pour de nombreux "gilets jaunes". Dans une vidéo où il explique son geste avant de se rendre à la police, il affirme : "j'ai la colère du peuple en moi. Je vois tous ces présidents, ces ministres, tout l'Etat se gaver et se pomper, ils ne sont même pas capables de montrer l'exemple, ils se gavent sur notre dos." Plusieurs figures du mouvement, comme Eric Drouet, ont pris sa défense et le slogan "Benalla en prison, Dettinger libéré" est depuis régulièrement scandé lors des manifestations 

Une position de martyr encore accentuée par des propos d'Emmanuel Macron à son sujet rapportés par la presse. En février, Le Point rapporte que le chef de l'Etat a estimé, au cours d'un entretien informel avec des journalistes, que le boxeur avait été "briefé par un avocat d'extrême gauche". Et d'ajouter : "Ça se voit ! Le type, il n’a pas les mots d’un gitan. Il n’a pas les mots d’un boxeur gitan." 

Ces propos suscitent la polémique. L'avocate de Christophe Dettinger, Laurence Léger, dénonce des "propos extrêmement graves, extrêmement choquants. Ça a un nom, ça s'appelle du racisme, de la discrimination, et venant d'un chef de l'État… Je pense que ce n'est pas digne d'un président."

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