"Gilets jaunes" : "Quel est le but de parler de sécurité, alors que nous, on continue le mouvement dans le sens du pouvoir d'achat ?"

Des \"gilets jaunes\" lors de l\'acte 8 de la mobilisation le 5 janvier 2019 à Rouen.
Des "gilets jaunes" lors de l'acte 8 de la mobilisation le 5 janvier 2019 à Rouen. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Après la fermeté affichée lundi par Edouard Philippe, des manifestants de Seine-Maritime regrettent que la sécurité prenne le pas sur leurs revendications, même si certains assument leur colère violente. 

Les annonces d'Edouard Philippe, lundi 7 janvier, pour renforcer la sécurité lors des manifestations des "gilets jaunes" ont été écoutées avec attention sur le rond-point des Vaches à Saint-Etienne-du-Rouvray près de Rouen (Seine-Maritime), une ville qui a connu, comme à Paris, des fins de manifestations violentes.

Les annonces du Premier ministre avant l'acte 9 suivies par des "gilets jaunes" près de Rouen - un reportage de Mathilde Dehimi
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Au rond-point, des "gilets jaunes", mobilisés depuis le début du mouvement le 17 novembre, suivent attentivement l'interview du Premier ministre sur les téléphones portables. La désapprobation est visible lorsqu'il est question d'un durcissement en cas de manifestations non déclarées. La colère de Laura éclate à la fin de l’entretien télévisé. "Il y a en a marre, il attise la haine. Mettre de nouvelles armes devant les pacifistes, ça va juste révolter les gens, lance-t-elle. Aujourd'hui, ceux qui créent l’insécurité, c’est la police. Des éclats de grenade dans les jambes, des trous gros comme ma main, on en a eus." La manifestante a l'impression que l'on parle des "blessés policiers", plus que des  "blessés des 'gilets jaunes'".

Les "gilets jaunes" sont "prêts à mettre leur vie en danger"

Olivier, qui dénonce comme d'autres les violences, ne comprend pas. "Quel est le but de parler de sécurité, alors que nous, on continue le mouvement dans le sens du pouvoir d'achat, dans le sens d'un référendum d'initiative citoyenne ?" s'interroge-t-il. Ce n'est pas une réponse que l'on va donner aux 'gilets jaunes', là. Ils sont prêts à mettre leur vie en danger lors de manifestations qui peuvent être difficiles, voire graves, parce qu'on sort avec des mutilés."  

Françoise, bientôt retraitée avec une petite pension, s'inquiète du réarmement des forces de l'ordre. "Je ne sais pas ce qu'il entend par là, il n’a pas développé", dit-elle, après avoir écouté Edouard Philippe. Elle aussi pense aux blessés dans les rangs des manifestants. 

Avec les flash-ball et les trucs assourdissants, des gens perdent l’audition à vie, un œil à vie, une main à vie. Après, il y a des flics blessés, je suis bien d’accord, mais ils ont choisi leur métier.Françoise, "gilet jaune" à Saint-Etienne-du-Rouvrayà France Inter

Sur le rond-point, on entend aussi des positions plus extrêmes, comme celle exprimée par un jeune homme. Déjà arrêté deux fois pour violence avec arme, il risque trois ans de prison s'il récidive. Evoquant la vie dure de ses parents et grands-parents, il raconte qu'il n'était pas violent au début du mouvement. Ce jeune manifestant explique qu'il ne se sent ni hooligan, ni extrémiste. "Enervé, ras-le-bol, un peu violent d'accord, mais pas radical", précise-t-il. Comment voit-il les prochaines répliques policières ? "Qu’est-ce que vous voulez qu’ils organisent ? Ils tirent au flash-ball dans le tas, ils ne savent même pas sur qui ils tirent", lâche-t-il. Le jeune manifestant assure qu'il se rendra à la nouvelle mobilisation du samedi 12 janvier. Une manifestation à laquelle tous participeront, violents assumés et non-violents. 

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