"Gilets jaunes" : quatre signes qui montrent que le mouvement s'essouffle

Manifestation de \"gilets jaunes\", à Lyon, le samedi 9 février 2019.
Manifestation de "gilets jaunes", à Lyon, le samedi 9 février 2019. (ALEX MARTIN / AFP)

Le 16 février marque la quatorzième journée de mobilisation des "gilets jaunes". Mais le mouvement peine à mobiliser depuis plusieurs semaines.

Combien de personnes seront mobilisées samedi 16 et dimanche 17 février à Paris, Bordeaux, Lyon ou sur les ronds-points, à l'appel du mouvement des "gilets jaunes" ? Des manifestations sont à nouveau prévues dans toute la France pour le quatorzième week-end de mobilisation.

Mais le contexte semble de moins en moins favorable entre une mobilisation qui s'essouffle et un soutien populaire qui s'étiole. Franceinfo relève quatre signes qui montrent que le mouvement peine à perdurer.

Le nombre de manifestants est en baisse, selon les autorités

La mobilisation diminue globalement chaque samedi depuis mi-janvier, affirme le ministère de l'Intérieur. Selon ses chiffres, le 19 janvier, le nombre de "gilets jaunes" atteignait 84 000, ils étaient 69 000 le 26 janvier, puis 58 600 le 2 février et enfin 51 400 personnes le 9 février, dont 4 000 à Paris, contre 10 500 le samedi précédent.

Des chiffres contestés par les "gilets jaunes" qui organisent aussi leur propre comptage : samedi 9 février, le Nombre jaune avait ainsi recensé au moins 110 000 manifestants, et 115 000 personnes le 2 février.

Une majorité de Français souhaite que le mouvement s'arrête

Pour la première fois depuis le début de la mobilisation, une majorité de Français (56%) souhaitent que le mouvement s'arrête, soit une progression de 11 points en un mois, selon un sondage Elabe pour BFM TV diffusé mercredi 13 février. Si le "soutien" ou la "sympathie" pour les "gilets jaunes" restent majoritaires au sein de la population (58%), ils accusent néanmoins cinq points de moins en deux semaines.

"L'opinion n'a pas basculé vis-à-vis du mouvement, mais vis-à-vis des formes de mobilisation, analyse le président d'Elabe, Bernard Sananes. Une majorité de Français continuent à approuver le combat des "gilets jaunes". Mais les deux tiers d'entre eux pensent que les manifestations du samedi ne correspondent plus aux revendications initiales articulées autour du pouvoir d'achat, de la justice sociale, et de la question des impôts. Quand des figures des "gilets jaunes" mettent en avant la demande du 'Référendum d'initiative citoyenne' (RIC), l'opinion se met à distance." Le spécialiste de l'opinion note aussi que la demande d'arrêt du mouvement est particulièrement marquée chez les partisans d'Emmanuel Macron (92%) et des Républicains (68%).

Les conséquences financières lassent commerçants et responsables politiques

Entre dégâts directs engendrés par les casseurs et perte d'activité, les conséquences négatives des manifestations font croître la réprobation. "Lors d'une réunion qui se déroulait mercredi 13 février à Bercy, les maires de France, les associations et les fédérations du commerce ont dressé un bilan très lourd suite au mouvement des 'gilets jaunes', écrit ainsi le magazine spécialisé dans la distribution LSA. Des chiffres d'affaires en baisse de 20 à 40% pour les commerces, voire 60% pour ceux devant fermer tous les samedis depuis treize semaines". Ces commerçants doivent faire face en outre au "casse-tête" de l'indemnisation, comme le montre la vidéo-ci-dessous.

Du côté des collectivités, "on est aujourd'hui à un chiffrage global, sur les grandes villes françaises, qui tourne autour de 30 millions de dégâts", affirme de son côté le maire Les Républicains de Toulouse, Jean-Luc Moudenc.

D'où, désormais, des appels à la trêve pour ne pas faire fuir les clients ou les touristes. S'il assure ne pas être "contre le principe du message envoyé par les 'gilets jaunes'", le président de l'UMIH Ile-de-France (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie) Jean-Marc Blanquet d'Orx, estime ainsi "qu'il faut faire une sorte de trêve et calmer un peu le jeu pour permettre que Paris conserve ses objectifs".

Le mouvement n'arrive pas à trouver une unité

La perplexité grandit autour des issues possibles d'un mouvement dont les figures de proue sont régulièrement récusées ou jugées non représentatives. De son côté, l'exécutif juge avoir répondu aux demandes sociales en mettant dix milliards sur la table pour financer, notamment, la hausse du smic et la défiscalisation des heures supplémentaires. Et il estime que le grand débat national permet désormais aux doléances de s'exprimer de façon canalisée.

Face aux initiatives de l'exécutif, le mouvement peine à répondre sur le terrain politique : quatre listes de "gilets jaunes" étaient annoncées début février pour les élections européennes, mais aucune n'était complète. Mercredi 13 février, Ingrid Levavasseur, figure la plus connue de ces nouveaux candidats, a semblé jeter l'éponge en abandonnant la liste du "Ralliement d'initiative citoyenne" (RIC) qu'elle entendait mener. Elle a expliqué vouloir "repartir sur de bonnes bases" sans toutefois "renoncer". Enfin, parallèlement, Hayk Shahinyan, qui s'était retiré de la première liste menée par Ingrid Levavasseur, a annoncé, dimanche 10 février, qu'il allait fonder un nouveau parti, le Mouvement alternatif citoyen (MAC). Difficile à récupérer, le mouvement des "gilets jaunes" se perd dans les divisions.

Les tensions internes se traduisent aussi en justice : selon LCI, une femme "gilet jaune" du courant "légaliste" (qui souhaite déclarer les manifestations) a porté plainte contre deux partisans des manifestations non déclarées. Elle dit avoir reçu des menaces de mort et avoir été agressée lors d'une manifestation parisienne le 19 janvier dernier.

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