VRAI OU FAKE "Gilets jaunes" : l'incendie du Fouquet's a-t-il été provoqué par des grenades lacrymogènes des forces de l'ordre ?

Le store en flammes du Fouquet\'s le 16 mars 2019 sur les Champs-Elysées à Paris lors de la manifestation des \"gilets jaunes\".
Le store en flammes du Fouquet's le 16 mars 2019 sur les Champs-Elysées à Paris lors de la manifestation des "gilets jaunes". (ZAKARIA ABDELKAFI / AFP)

De nombreux internautes affirment que les grenades lancées par les forces de l'ordre sont à l'origine du feu qui a dévoré le store de la brasserie. Mais deux vidéos contredisent cette thèse.

Tout un symbole. Le Fouquet's a été attaqué, saccagé, pillé et incendié, samedi 16 mars, lors de la 18e journée de mobilisation des "gilets jaunes". La célèbre brasserie parisienne, restée dans les mémoires pour avoir accueilli Nicolas Sarkozy et ses convives le soir de sa victoire à l'élection présidentielle de 2007, a vu les auvents rouges de sa terrasse s'embraser. Mais quelle est l'origine exacte du départ de feu ? Plusieurs lecteurs nous ont posé la question dans le live de franceinfo.fr. "Beaucoup de monde dit que ce sont les policiers qui ont mis le feu au Fouquet's, vidéos à l'appui. Vrai ou fake ?", nous demande ainsi @JBond, relayant une thèse largement partagée sur les réseaux sociaux.

Sur Twitter, de nombreux internautes ont partagé des photos, mais aussi une vidéo du journaliste freelance Charles Baudry, affirmant y voir la preuve que l'incendie a été déclenché par la chute sur les stores du restaurant, situé sur les Champs-Elysées, de grenades lacrymogènes, lancées par les forces de l'ordre en direction des manifestants.

La vidéo atteste certes que plusieurs grenades lacrymogènes sont tombées sur le store du Fouquet's pendant la manifestation, mais elle montre surtout que celui-ci était déjà la proie des flammes avant la chute de ces projectiles. Le document ne permet donc pas de déterminer avec exactitude l'origine du sinistre.

Un feu de bengale lancé par un manifestant

Comme l'a repéré Libération, le reporter de Russia Today Jonathan Moadab a lui-même émis l'hypothèse d'un incendie déclenché par des grenades lacrymogènes. La théorie est plausible, comme l'atteste cet article du Parisien racontant comment, en 2004, une grenade lacrymogène a détruit une voiture de police à Corbeil-Essonnes. Mais le journaliste de RT a reconnu par la suite que cette explication n'était pas la bonne. 

Sur la longue vidéo de Sputnik France – autre média lancé par le gouvernement russe – signalée par ce reporter, on peut voir les manifestants se masser aux abords du Fouquet's. Le store de la brasserie est alors intact. A 2 heures, 19 minutes et 10 secondes sur la vidéo, un feu de bengale, semblable à ceux utilisés par les supporters de foot, est lancé depuis la foule et atterrit sur le store. Quelques minutes plus tard, des flammes apparaissent au point de chute du fumigène.

Le compte Twitter spécialisé dans la chasse aux "fake news" Fake Investigation a réalisé un montage vidéo plus parlant, à partir des images de Sputnik France.

Fake Investigation indique également qu'un second départ de feu a eu lieu un peu plus tard sur la partie gauche du store du Fouquet's. Et celui-ci a également été causé par un feu de bengale, d'après les images analysées par l'animateur du compte Twitter, à partir d'une vidéo de la scène mise en ligne sur YouTube. Les premières flammes apparaissent à l'emplacement où le fumigène se consume. Au même moment, des grenades lacrymogènes sont lancées sur le store, mais elles roulent et retombent au sol sans embraser le tissu, et sont renvoyées sur la toile du restaurant par des manifestants. 

A aucun moment sur l'ensemble de ces images, un départ de feu n'est visible au point de chute d'une grenade lacrymogène. Un photographe indépendant, Samuel B., assure par ailleurs à Libération n'avoir vu "aucune trace de galet de lacrymo" sur l'auvent au moment du début de l'incendie. Les vidéos ne permettent en revanche pas de savoir qui a lancé les feux de bengale sur les stores du Fouquet's. Contactés par franceinfo, la préfecture de police et les sapeurs-pompiers de Paris n'ont pas souhaité communiquer.

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