"Gilets jaunes" : "En France, on fait la révolution, mais un jour par semaine", estime François Fillon

François Fillon, président de la Commission des constructeurs de la Fédération internationale automobile, le 23 juin 2019 au Castellet (Var).
François Fillon, président de la Commission des constructeurs de la Fédération internationale automobile, le 23 juin 2019 au Castellet (Var). (ANTONIN VINCENT / DPPI MEDIA / AFP)

De passage à Genève (Suisse), l'ancien Premier ministre a livré son analyse, sur le ton de la boutade, sur le mouvement des "gilets jaunes" et a égratigné la gestion des événements par Emmanuel Macron. Il critique notamment ses concessions au mouvement.

François Fillon ne fait plus beaucoup parler de lui depuis sa défaite au premier tour de la présidentielle, mais il suit toujours de près l'actualité politique et sociale. L'ancien Premier ministre a livré son analyse sur plusieurs dossiers dont la crise des "gilets jaunes", lors d'un débat organisé par la chaîne suisse RTS, à Genève, mercredi 9 octobre. "Si on réfléchit bien, c'est pas grand chose cette affaire de 'gilets jaunes'", a-t-il déclaré sur le ton de la boutade et dans une atmosphère détendue.

Il y a, au maximum des manifestations, 150 000 ou 180 000 personnes dans toute la France à manifester. Je vais être un peu prétentieux mais quand j'étais ministre des Affaires sociales, j'ai fait une réforme des retraites [en 2003] et j'ai mis 2,5 millions de personnes dans la rue. Macron, c'est un petit joueur à côté.François Fillon, ancien Premier ministresur la chaîne suisse RTS

Mais l'ancien Premier ministre, sur le ton de l'humour, ne s'est pas contenté de minimiser l'ampleur des rassemblements qui ont fleuri dans toute la France. Il dénonce également la gestion du dossier par Emmanuel Macron, lui reprochant notamment d'avoir fait des concessions au mouvement. "[Le président] va reculer et se lancer dans son affaire de grand débat qui, à mon avis, a eu des conséquences fâcheuses sur la suite de sa volonté de réforme."

François Fillon estime que cet épisode a mis en lumière des faiblesses dans les corps élus. "Si cette crise a déstabilisé aussi profondément un nouveau gouvernement légitime venant d'être mis en place, ce n'est pas bon signe". Plus largement, l'ancien Premier ministre a également souligné "cette puissance médiatique, cette puissance de l'image, ce système des réseaux sociaux qui font que tout d'un coup, on a l'impression que la France est à feu et à sang, que c'est la révolution."

J'étais en Chine pendant cette révolte des 'gilets jaunes' (...). Je leur ai dit : 'Vous savez, la France, c'est un pays très particulier. On fait la révolution mais un jour par semaine.François Fillon, ancien Premier ministresur la chaîne suisse RTS

Invité à s'exprimer sur la personnalité d'Emmanuel Macron, l'ancien Premier ministre a tenté de botter en touche, refusant notamment de dire si le président français pouvait incarner une forme de "sursaut européen".

Cette Europe qui est vieille, un peu fatiguée, qui ne croit plus en grand-chose (...) est-ce que ce mouvement est historique, profond ? Ou est-ce qu'un homme, une personnalité, pourra l'interrompre ? Honnêtement, je ne sais pas.François Fillon, ancien Premier ministresur la chaîne suisse RTS

Le procès de François Fillon, de son ancien suppléant à l'Assemblée et de son épouse Penelope dans l'affaire des emplois fictifs dont aurait bénéficié cette dernière a été fixé du 24 février au 11 mars 2020. François Fillon devra notamment répondre de "détournement de fonds publics" sur plusieurs périodes entre 1998 et 2013, "complicité et recel" de ce délit, "complicité et recel d'abus de biens sociaux". Quelle qu'en soit l'issue, l'ancien Premier ministre a exclu tout retour en politique. "Je tourne la page, je regarde devant (...). J'ai choisi une autre vie qui me satisfait pleinement."

Aujourd'hui président de la Commission des constructeurs de la Fédération internationale de l'automobile, François Fillon dénonce un délitement de sa famille politique et observe que la droite française s'est "suicidée avec ses divisions" : "Il y a, depuis une vingtaine d'années, des batailles uniquement personnelles, individuelles, d'ego et pas beaucoup de débats idéologiques".

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