"Gilets jaunes" : Drouet, Levavasseur, Ludosky, Mouraud… Un an après, que sont devenues les figures du mouvement ?

En haut, de gauche à droite : Jean-François Barnaba, Maxime Nicolle et Mathieu Blavier.Au milieu : Priscillia Ludosky, Christophe Chalençon et Ingrid Levavasseur.En bas : Jacline Mouraud, Jérôme Rodrigues et Eric Drouet.
En haut, de gauche à droite : Jean-François Barnaba, Maxime Nicolle et Mathieu Blavier.Au milieu : Priscillia Ludosky, Christophe Chalençon et Ingrid Levavasseur.En bas : Jacline Mouraud, Jérôme Rodrigues et Eric Drouet. (PIERRE-ALBERT JOSSERAN / FRANCEINFO / AFP)

On a découvert ces meneurs du mouvement sur les ronds-points, les réseaux sociaux ou dans les médias. Un an après, franceinfo revient sur leur parcours.

Ils étaient près de 300 000, le 17 novembre 2018, à avoir répondu aux appels lancés sur les réseaux sociaux pour dénoncer la hausse des prix du carburant. A la télévision et sur les ronds-points, la France découvrait les "gilets jaunes", ces Français ulcérés par la politique d'Emmanuel Macron. Des mois durant, leurs revendications ont marqué l'opinion et monopolisé l'attention des médias. Se voulant horizontale, sans chef, cette contestation sans précédent n'a pu éviter l'émergence de figures de proue aux opinions variées et très affirmées. Un an plus tard, que sont-elles devenues ? 

Jean-François Barnaba, encore fonctionnaire sans mission

Jean-François Barnaba, au Blanc (Indre), le 7 décembre 2018.
Jean-François Barnaba, au Blanc (Indre), le 7 décembre 2018. (MAXPPP)

Comment s'est-il fait connaître ? Dès le début du mouvement, Jean-François Barnaba devient une vedette. Au début du mois de décembre 2018, en quelques jours, il réalise une cinquantaine d'interventions en direct. Ce rythme intensif durera plusieurs semaines.

Puis il se retrouve sous le feu des critiques lorsque des médias révèlent qu'il est "fonctionnaire momentanément privé d'emploi" depuis 2008, mais qu'il est toujours rémunéré 2 600 euros par mois. Lors des élections européennes, il fusionne la liste de son mouvement Jaunes et citoyens avec celle du parti Les Patriotes, fondé par l'ancien vice-président du Front national Florian Philippot.

Que devient-il ? Sa situation professionnelle n'a pas changé. "Je continue mes recherches d'emploi, je réponds à toutes les offres qui correspondent à mes compétences", assure Jean-François Barnaba à franceinfo. Sur le plan personnel, il rapporte avoir été "l'objet de menaces de mort téléphoniques" "au tout début" de sa médiatisation : "On me promettait des balles dans la tête… La porte de l'un de mes enfants a été taguée. C'est très désagréable, mais c'est le lot commun de toute personne qui apparaît subitement dans la sphère publique", relativise-t-il. Pour les élections municipales, il souhaite constituer dans sa commune du Blanc (Indre) "une liste qui n'aura pas d'étiquette politique". Mais comment le prétendre après s'être rapproché des Patriotes ? "Appliquer l'étiquette d'extrême droite à Florian Philippot est surréaliste", estime Jean-François Barnaba.

Son regard sur le mouvement, un an après. "Le mouvement des ‘gilets jaunes' n'existe plus", tranche-t-il.

C'est devenu un mouvement zadiste, libertaire, de gauche radicale.Jean-François Barnabaà franceinfo

Il explique avoir fondé le mouvement Jaunes et citoyens pour "faire perdurer l'esprit initial du mouvement des ‘gilets jaunes'" car il "a muté dès le mois de janvier" 2019. Mais, selon lui, l'"esprit initial est toujours présent dans la société française".

Mathieu Blavier, ancien porte-parole installé en Irlande

Mathieu Blavier, ancien porte-parole des \"gilets jaunes\", sur le plateau de l\'émission \"C Politique\", sur France 5, le 2 décembre 2018.
Mathieu Blavier, ancien porte-parole des "gilets jaunes", sur le plateau de l'émission "C Politique", sur France 5, le 2 décembre 2018. (FRANCE 5)

Comment s'est-il fait connaître ? "Je faisais partie du début du mouvement", rappelle auprès de franceinfo Mathieu Blavier, qui a été l'un des éphémères huit porte-parole des "gilets jaunes". Son visage est moins connu que d'autres, mais il a été présent sur quelques plateaux, dont celui de l'émission "C Politique", sur France 5.

Surtout, le 30 novembre 2018, cet étudiant en licence 3 de droit à la faculté d'Aix-en-Provence a été reçu à Matignon par le Premier ministre, Edouard Philippe, et François de Rugy, alors ministre de la Transition écologique, en compagnie de Jason Herbert, un autre porte-parole des "gilets jaunes". Ce dernier avait quitté la pièce au bout de vingt minutes. Mathieu Blavier, lui, n'avait pas voulu faire face aux caméras, mais était resté discuter deux heures avec les membres du gouvernement.

Que devient-il ? L'épisode des "gilets jaunes" lui a "vraiment ouvert l'esprit sur plein de sujets". "Cela a été une bonne expérience", résume le jeune homme de 23 ans. Mais il a tourné la page. "Je me suis vraiment détaché du mouvement", confie-t-il sans regrets, précisant avoir également pris ses distances avec l'Hexagone. "Je ne me ressens plus français. Je me sens plus heureux à l'étranger." Installé en Irlande depuis le mois de septembre, il travaille désormais pour la société Concentrix, plus particulièrement pour le pôle chargé de la communication de la marque Nike. "Ici, on gagne pas mal d'argent, on est moins taxé et les gens sont sympas", lance-t-il.

Son regard sur le mouvement, un an après. "Le mouvement que l'on a créé a mis le feu aux poudres dans tous les pays du monde", se félicite-t-il, mentionnant les soulèvements au Liban, au Chili ou encore à Hong Kong. Toutefois, pour lui, le mouvement français est dans l'impasse. "Ceux qui ont vraiment besoin d'aide ne sont pas forcément ceux qui sont allés dans la rue, estime Mathieu Blavier. Et de trancher : "Tout brûler, tout casser, ça ne rend pas service." Selon lui, les "gilets jaunes" ont aussi été minés par une "guerre d'ego". "Beaucoup de personnes ont utilisé ce mouvement pour prendre la lumière et servir leurs intérêts personnels", juge-t-il, estimant que certaines "ont été immatures".

Christophe Chalençon, "toujours 'gilet jaune' de cœur"

Christophe Chalençon, ancien porte-parole des \"gilets jaunes\" du Vaucluse, à Lourmarin (Vaucluse), le 10 mai 2019.
Christophe Chalençon, ancien porte-parole des "gilets jaunes" du Vaucluse, à Lourmarin (Vaucluse), le 10 mai 2019. (GERARD JULIEN / AFP)

Comment s'est-il fait connaître ? Christophe Chalençon devient porte-parole des "gilets jaunes" du Vaucluse au cours du mois de novembre 2018. Le 3 décembre, il fait parler de lui en évoquant le général de Villiers pour prendre la tête d'un gouvernement de transition. Quatre jours plus tard, il rencontre Edouard Philippe en compagnie de cinq autres "gilets jaunes".

FRANCE 2

Il refait du bruit, en février 2019, en rencontrant Luigi Di Maio, chef de file du Mouvement 5 étoiles, alors vice-président du Conseil des ministres italien.

Que devient-il ? Ce forgeron a arrêté son entreprise pour se concentrer "à 300%" sur son "combat" "parce que la cause est noble et qu'elle doit être portée jusqu'au bout". Pour cela, il est soutenu financièrement par sa famille et ses amis car il se retrouve sans le sou.

Mon compte est à moins 50 euros.Christophe Chalençonà franceinfo

Lors des dernières élections européennes, Christophe Chalençon et sa liste Evolution citoyenne n'ont séduit personne, ou presque (0,01%). "Les gens me disent : 'Vous êtes des rigolos, vous n'avez presque pas fait de voix.' Sauf qu'à chaque fois, j'apparais dans le combat", se défend-il, évoquant son travail de fond, de martèlement. Les thèmes qu'il défend ? "La ruralité, les TPE, les PME, les artisans, les commerçants, la véritable paysannerie avec les circuits courts", énumère celui qui se considère comme un "résistant". Il affirme qu'il se présentera à toutes les prochaines élections, mais ne figurera sur aucune liste lors des élections municipales. "J'ai d'autres combats à porter au niveau national et je ne peux pas me permettre des guéguerres de village."

Son regard sur le mouvement, un an après. Il a raccroché son gilet de l'organisation vauclusienne car "le mouvement, partout en France, a été infiltré par l'extrême gauche jusqu'à la colonne vertébrale". Toutefois, il l'assure : "Je suis toujours ‘gilet jaune' de cœur, d'esprit et d'âme." 

Eric Drouet, le révolutionnaire

Eric Drouet lors du 21e samedi de mobilisation des \"gilets jaunes\", le 6 avril 2019.
Eric Drouet lors du 21e samedi de mobilisation des "gilets jaunes", le 6 avril 2019. (MAXPPP)

Comment s'est-il fait connaître ? Eric Drouet est l'initiateur de la première manifestation de "gilets jaunes" contre l'augmentation du prix du carburant, le 17 novembre 2018. Il est également le créateur du groupe Facebook La France en colère !!!, qui compte aujourd'hui près de 300 000 membres. Reçu par François de Rugy le 28 novembre 2018, il filme l'entretien à son insu pour le diffuser en direct sur son groupe Facebook. Ses prises de position radicales suscitent l'inquiétude des responsables politiques et la "fascination" de Jean-Luc Mélenchon. "Monsieur Drouet est tout à fait extraordinaire. Il pèse sur lui une pression terrifiante et il fait preuve d'un sang-froid total", explique le leader de La France insoumise.

Que devient-il ? Si ce chauffeur routier a été de tous les combats des "gilets jaunes", il a annoncé en avril 2019 vouloir se mettre en retrait du mouvement. Force est de constater aujourd'hui qu'il n'est pas resté longtemps loin des radars. Le 29 mars, il a été condamné à 2 000 euros d'amende pour deux manifestations non déclarées, les 2 janvier et 29 mars à Paris. Le 4 septembre, il a également été condamné à 500 euros d'amende avec sursis pour "port d'arme prohibé" – un simple "bout de bois" selon lui, une "matraque" selon l'accusation. 

Son regard sur le mouvement, un an après. Eric Drouet milite toujours aux côtés des "gilets jaunes" et prépare les futures mobilisations en prônant la "convergence" des luttes, dans une vidéo diffusée mi-octobre. Il y invite les "pompiers, urgentistes, ouvriers, agriculteurs, chômeurs" à manifester à Paris, sans gilet. "Mettez les gilets jaunes de côté, c'est les citoyens qui seront dans la rue", exhorte-t-il.

Ingrid Levavasseur, restée "digne"

Ingrid Levavasseur, tête de liste du \"Ralliement d\'initiative citoyenne\" (RIC) aux élections européennes.
Ingrid Levavasseur, tête de liste du "Ralliement d'initiative citoyenne" (RIC) aux élections européennes. (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

Comment s'est-elle fait connaître ? Après avoir participé au mouvement sur les ronds-points, dès les premiers jours, Ingrid Levavasseur a rapidement émergé comme l'une des principales figures de la contestation. Très courtisée par les médias, elle a aussi dû faire face à la violence de ses pairs. Lorsqu'on l'annonce comme future chroniqueuse de BFMTV, de nombreux manifestants n'hésitent pas à lui témoigner leur ressentiment devant ce qu'ils estiment être une trahison. Elle renoncera finalement à rejoindre la chaîne. La jeune femme tente ensuite de mener une liste aux européennes. Là encore, elle abandonne.

Que devient-elle ? L'aide-soignante a déclaré en juin dernier son intention de se présenter aux élections municipales dans la ville où elle a grandi, Louviers, dans l'Eure. Plus tôt dans l'année, elle a également fondé une association d'aide aux familles monoparentales, Racines positives, et cofondé un parti politique, Eclosion démocratique, qu'elle veut voir participer "à chaque échéance électorale à partir des municipales de 2020", expliquait-elle à l'AFP en avril dernier. En septembre, elle publie chez Flammarion Rester digne, un livre où elle revient sur son histoire et sur la mobilisation des "gilets jaunes". 

Son regard sur le mouvement, un an après. Dans cet ouvrage, Ingrid Levavasseur n'épargne pas ses anciens compagnons de route. Elle raconte notamment la manifestation du 17 février et la violence des manifestants qui la prennent à partie. "J'étouffe. Si l'un [des manifestants] me plante un couteau, je ne peux rien faire. On me tire les cheveux. On me pousse. On veut m'arracher le gilet. Je vais peut-être mourir." Elle revient également sur le machisme de certains hommes dans les cortèges. "J'ai mesuré combien le fait d'être une femme médiatisée aiguise l'agressivité de certains mâles", écrit-elle.

Priscillia Ludosky, la force tranquille

L\'une des figures des \"gilets jaunes\", Priscillia Ludosky, interviewée lors d\'une manifestation à Paris, le 20 janvier 2019.
L'une des figures des "gilets jaunes", Priscillia Ludosky, interviewée lors d'une manifestation à Paris, le 20 janvier 2019. (LAURE BOYER / HANS LUCAS / AFP)

Comment s'est-elle fait connaître ? "C’est moi qui suis allée dans tous les groupes Facebook pour partager ma pétition contre l'augmentation des prix du carburant. Sur les sites des médias, je remplissais tous les formulaires de contact", raconte Priscillia Ludosky à franceinfo. Cette auto-entrepreneure de 33 ans réunit alors les signatures de plus d'un million de personnes. Lorsque la contestation enfle et que le gouvernement cherche à négocier, elle est l'une des porte-parole qui se rendent au ministère de la Transition écologique, le 28 décembre.

Que devient-elle ? "J’ai dû me mettre à 300% dans le mouvement, au détriment de ma vie professionnelle", raconte la jeune femme. Aux côtés d'autres "gilets jaunes", Priscillia Ludosky a demandé un rendez-vous à Emmanuel Macron pour lui présenter les propositions recueillies dans son "vrai débat", une plateforme collaborative qui vise à réunir les revendications des manifestants.

Son regard sur le mouvement, un an après. "Je pense qu’il faut marquer le coup pour les un an du mouvement", explique-t-elle à franceinfo. "C'est aussi pour ça qu'on a demandé un rendez-vous à Emmanuel Macron. Pour l'instant, il n'a pas répondu." Priscillia Ludosky a récemment lancé une plateforme, "gilets citoyens", pour "avoir une structure qui permette de continuer à se mobiliser sans s’épuiser dans des actions incessantes".

Jacline Mouraud, "ruinée" par les "gilets jaunes"

Jacline Mouraud, à Bohal (Morbihan), le 7 octobre 2019.
Jacline Mouraud, à Bohal (Morbihan), le 7 octobre 2019. (DAMIEN MEYER / AFP)

Comment s'est-elle fait connaître ? Jacline Mouraud s'est fait connaître du grand public avec la publication, le 18 octobre 2018, d'une vidéo sur Facebook. Rapidement, celle-ci enregistre quelque 5 millions de vues. L'hypnothérapeute bretonne y dénonce "la traque aux conducteurs", le "nouveau contrôle technique", la "hausse du prix du carburant", la "chasse aux véhicules diesel" ou encore l'"augmentation du nombre de radars". Et s'insurge : "Mais qu'est-ce que vous faites du pognon des Français ?" Avant même le premier samedi de mobilisation, elle devient une figure des "gilets jaunes", notamment en réclamant le rétablissement de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF).

Que devient-elle ? "Au quotidien, le mouvement a radicalement changé ma vie, répond-elle à franceinfo. Je vis perpétuellement avec des menaces de mort. J'en ai encore reçu cet été. A Paris, je ne sors jamais seule." Elle a été contrainte de mettre fin à son activité d'hypnothérapeute à domicile. "Quand je prends rendez-vous, je ne sais pas si je vais me rendre dans un nid de 'gilets jaunes' qui va me décapiter, parce que j'ai déjà eu ce genre de menaces, explique-t-elle. Professionnellement, je n'arrive pas à m'en sortir. Je poursuis mes activités musicales, je donne des cours de piano, je fais des thés dansants. Mais cela ne suffit pas. Je vis avec largement moins de 500 euros par mois." Et de conclure : "Le mouvement des 'gilets jaunes' m'a ruinée."

Ces déboires ne l'empêchent pas de se mobiliser. Elle est devenue porte-parole du comité Bastille, un groupe qui prône la fin de l'impôt sur le revenu et la taxation des actionnaires. Jacline Mouraud a également fondé, en janvier 2019, le parti Les Emergents, mais elle ne compte pas se présenter aux municipales. "Pour se lancer dans une élection, il faut s'investir à 100%. Et là, je n'ai pas le temps."

Son regard sur le mouvement, un an après. Pour elle, "l'essence du mouvement n'est plus là". "En lui-même, il était très positif mais il est devenu ultra négatif. Il n'a pas de structure, donc pas de résultats, juge-t-elle. Les mêmes personnes refont le même schéma tous les samedis, cela ne sert à rien et les Français n'en peuvent plus." Pour elle, "le mouvement s'est tiré une balle dans le pied, le 16 mars, quand on a vu des black blocs applaudis par des 'gilets jaunes'".

Maxime Nicolle, alias "Fly Rider", journaliste et "gilet jaune"

Maxime Nicolle, alias \"Fly Rider\", l\'une des figures des \"gilets jaunes\".
Maxime Nicolle, alias "Fly Rider", l'une des figures des "gilets jaunes". (ALAIN JOCARD / AFP)

Comment s'est-il fait connaître ? Lorsqu'il publie, mi-octobre 2018, une vidéo sur Facebook dans laquelle il critique la politique d'Emmanuel Macron, Maxime Nicolle, alias "Fly Rider", ne s'attend pas à être vu par des centaines de milliers de personnes. "J'ai eu tellement de demandes d'amis que j'ai dû créer un groupe", raconte-t-il à franceinfo. Suivent des dizaines de vidéos en direct, l'"acte I" des "gilets jaunes" sur les Champs-Elysées et un passage dans l'émission de Cyril Hanouna, qui achèvent de faire de ce trentenaire costarmoricain l'une des figures les plus connues du mouvement. "A partir de là, j'ai eu des dizaines de milliers de personnes qui se sont abonnées", se rappelle-t-il. Aujourd'hui, 165 000 personnes sont membres de son groupe sur Facebook.

Certains me jugent responsable de toutes les misères du monde parce qu'on a mis en avant certains problèmes et qu'on a pointé du doigt les responsables.Maxime Nicolleà franceinfo

Que devient-il ?  Comme beaucoup de "gilets jaunes", il lui a été difficile de reprendre une activité professionnelle normale. "Aujourd'hui, je travaille pour Quartier général, un média indépendant lancé par Aude Lancelin. Je crée des reportages, des émissions… explique celui qui espère, un jour, être titulaire de la carte de presse. Une chose est sûre : je n'ai pas envie de me monter la tête, je veux rester comme tout le monde. La seule chose qui me différencie, c'est que les médias ont mis leur grappin sur moi."

Son regard sur le mouvement, un an après. Malgré ses nouvelles activités de journaliste indépendant, Maxime Nicolle reste plus que jamais mobilisé. "Un sondage sorti récemment indique que 76% des gens pensent que le mouvement peut renaître. Le deuxième souffle sera peut-être beaucoup plus puissant !" prévient-il. Maxime Nicolle assure qu'il continuera de se mobiliser "jusqu'à ce qu'ils [l]'enferment dans un quartier ultrasécurisé" et malgré "la "répression policière" dont sont victimes les manifestants. 

Jérôme Rodrigues, "martyr" qui œuvre à la structuration du mouvement

Le \"gilet jaune\" Jérôme Rodrigues lors d\'une manifestation à Nantes (Loire-Atlantique) réclamant justice pour Steve Maia Caniço, le 20 juillet 2019.
Le "gilet jaune" Jérôme Rodrigues lors d'une manifestation à Nantes (Loire-Atlantique) réclamant justice pour Steve Maia Caniço, le 20 juillet 2019. (ESTELLE RUIZ / NURPHOTO / AFP)

Comment s'est-il fait connaître ? Jérôme Rodrigues a été érigé au rang de "martyr" par nombre de "gilets jaunes" après avoir perdu un œil, le 26 janvier. A l'origine du drame, un tir de LBD lors d'une manifestation, place de la Bastille, à Paris. Depuis, il est en première ligne dans les cortèges et multiplie les interventions sur les plateaux. 

Que devient-il ? "Le 26 janvier a eu un impact sur ma vie", lance-t-il à franceinfo. Il le livre sans détour : "Ma vie est un immense chantier à tous les niveaux : personnel, professionnel…" Après avoir travaillé dans la vente pendant vingt ans, Jérôme Rodrigues se réorientait vers la plomberie. Mais, avec un œil en moins, son projet tombe à l'eau. "Je suis en pleine réflexion sur mon avenir professionnel", confie-t-il.

Comment retrouver un travail en étant la plus grande gueule de France ?Jérôme Rodriguesà franceinfo

En attendant, il boucle les mois comme il peut : "J'arrive à vivre avec la Sécu et mon arrêt de travail." Et ne montre pas d'inquiétude particulière. "Il m'est arrivé pire dans la vie, de repartir avec trois sacs sous le bras et de rebondir."

Son regard sur le mouvement, un an après. Le quadragénaire ne regrette pas ce que le mouvement est devenu depuis la première mobilisation, mais déplore sa "perte de vitesse". Pour lui, l'heure est à l'organisation et à la dédiabolisation. "Il faut construire, structurer, pouvoir être crédibles auprès du grand public, montrer que nous ne sommes pas que des gueulards", énumère-t-il. C'est dans cette optique qu'avec trois autres "gilets jaunes", dont Priscillia Ludosky, il a réclamé le 28 octobre une rencontre avec Emmanuel Macron. Une initiative qui survient après l'annonce, en juin, d'une ébauche de "socle commun" pour un "puissant organe de contestation collectif". Pour lui, le mouvement a de l'avenir car "on est tous quelque part 'gilet jaune' : ce n'est pas une idéologie, c'est une métaphore". Et de rappeler l'origine de la mobilisation : "Des gens qui veulent vivre décemment de leur salaire."

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