"C'est super culotté de demander aux PME de faire des efforts" : des petits patrons divisés sur la prime suggérée par Macron

Des dirigeants d\'entreprises expliquent à franceinfo pourquoi ils comptent verser ou non la prime exceptionnelle suggérée par Emmanuel Macron. 
Des dirigeants d'entreprises expliquent à franceinfo pourquoi ils comptent verser ou non la prime exceptionnelle suggérée par Emmanuel Macron.  (GARO / PHANIE / AFP)

Lors de son allocution lundi soir, le président de la République a incité "les employeurs qui le peuvent à verser une prime de fin d'année à leurs employés". Nous avons sondé les principaux intéressés sur cette proposition. 

"Pour moi, c'est un appel à l'aide que le président lance aux patrons." Et Franck Chosson est prêt à y répondre. Gérant d'une petite résidence hôtelière en Bretagne, il a suivi l'allocution télévisée d'Emmanuel Macron, lundi 10 décembre, au cours de laquelle le chef de l'Etat a enjoint les dirigeants d'entreprise à verser une prime de fin d'année à leurs salariés, sans impôts, ni cotisations sociales, sur la base du volontariat. "C'est clair : je vais la donner", répond Franck Chosson. Après la crise des "gilets jaunes", il n'est pas le seul à s'engager ainsi : le géant de la publicité Publicis et les groupes de médias et télécoms Altice France et Iliad ont d'ores et déjà promis de verser 1 000 euros par salarié à une partie de leur personnel. 

>> "Gilets jaunes" : six questions sur la prime de fin d'année annoncée par Emmanuel Macron

Les employeurs que nous avons contactés après notre appel à témoignages, principalement à la tête de petites et moyennes entreprises, soutiennent globalement cette mesure. Mais beaucoup attendent encore de voir plus clair dans les comptes de leurs sociétés pour décider ou non d'un éventuel versement.

"On s'est dit qu'on devait faire un geste" 

Pour Pierre Letievant, cogérant d'une agence d'architecture à Saint-Etienne (Loire), la proposition d'Emmanuel Macron a sonné comme un déclic : "Avec mes deux associés, nous allons distribuer une prime de 300 euros à chaque salarié. Sans cette exonération de charges, on ne l'aurait pas fait mais là, on s'est dit qu'on devait faire un geste" explique-t-il à franceinfo. Dans son entreprise, passée de 6 à 16 salariés depuis 2005, chaque salarié reçoit également un intéressement de 2 300 euros net. 

Comme lui, Daniel Cohen-Zardi souhaite verser une prime à ses 60 salariés. "Ne serait-ce que pour envoyer un signal" précise ce patron d'une entreprise informatique, "plutôt favorable à Emmanuel Macron".

Pour une fois, le chef d'entreprise peut se positionner en responsable. On a la capacité de recréer de la confiance avec nos salariés. Profitons-en !Daniel Cohen-Zardi, dirigeant d'une entreprise informatiqueà franceinfo

"Si je peux donner un treizième mois à des salariées qui touchent le smic, je suis content, s'enthousiasme Karl Bouvais, gérant d'un bar à ongles à Dijon (Côte-d'Or). Avec les charges, quand je les paye 1 000 euros, ça me coûte le double. Là, tout le monde s'y retrouve : elles auront 1 000 euros dans leur poche et je n'ai pas l'impression de me saigner."

"Là, je n'ai pas la trésorerie"

Pour d'autres employeurs, dans des situations financières plus critiques, la proposition du chef de l'Etat passe mal. C'est le constat que faisait François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME), lundi soir sur France 2 : "Malheureusement, beaucoup d'entreprises ne seront pas en mesure de verser une prime, quand bien même elle serait nette de taxe ou nette d'impôts."

Dirigeant d'une bijouterie à Bordeaux, Franck aurait aimé aider ses deux employés, mais son activité décline depuis trois ans. Il affirme que la concurrence d'internet a fait baisser son "chiffre d'affaires de 30%"

Je trouve ça super culotté de demander aux petites et moyennes entreprises de faire des efforts. J’aurais aimé que Total et Starbucks mettent la main à la poche.Franck, gérant d'une bijouterieà franceinfo

Joseph Biolatto, patron d'un bar à cocktails à Paris, est amer lui aussi :"J'essaye toujours de donner des primes pour les fêtes mais là, je n'ai pas de trésorerie" regrette-t-il. Il dit comprendre la nécessité de "soutenir le pouvoir d'achat" et la détresse des "gilets jaunes", mais "n'arrive pas à avoir de sympathie pour eux". "Je travaille 65 heures par semaine parfois sans me payer. Ils ne sont pas les seuls à galérer", explique-t-il à franceinfo. 

"Dommage que le président ait autant attendu" 

La plupart des employeurs interrogés par franceinfo n'ont pas encore décidé de l'attribution ou non de cette prime : ils jugent la mesure trop récente et attendent des précisions. Christophe Doré, gérant de deux salons de coiffure en Seine-Maritime, statuera en janvier. "Cette proposition ne me fait pas sauter au plafond parce que dans tous les cas, on ne pourra pas verser la prime à tous nos employés", par manque de fonds. Lui s'enthousiasme plutôt pour "la défiscalisation des heures supplémentaires", une "excellente nouvelle" également annoncée par Emmanuel Macron durant son allocution.

Mêmes hésitations du côté d'Alain Garcia, à la tête d'un restaurant bordelais. Il lui est déjà arrivé de verser des primes à sa petite dizaine de salariés "pendant les gros mois d'été et au moment du passage à l'euro où on a fait un chiffre exceptionnel. Mais ça reste rare". Cette année, il n'avait pas prévu de verser un bonus, mais les allègements fiscaux proposés par le gouvernement pourraient l'y inciter, d'autant qu'il dit préférer "donner à [ses] employés plutôt qu'à l'Etat""Dommage que le président ait autant attendu pour faire cette annonce, conclut-il. Il a reconnu ses torts mais je reste sur ma faim. J'attends qu'il taxe les plus gros, les financiers. Ceux à qui on ne touche jamais."

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