Attentat à Strasbourg : il est "évidemment nécessaire" que le mouvement des "gilets jaunes" soit "au moins suspendu", selon Frédéric Péchenard

FRANCEINFO / RADIOFRANCE

L'ancien directeur de la police nationale estime par ailleurs que l'appel à témoins diffusé pour retrouver Cherif Chekatt, l'auteur présumé de l'attaque sur le marché de Noël de Strasbourg, va "mettre sur lui une pression importante".

Après l'attentat à Strasbourg, mardi soir, et dans le contexte des fêtes de fin d'année, l'ancien directeur de la police nationale Frédéric Péchenard est revenu sur la traque de Cherif Chekatt. Pour le vice-président LR de la région Île-de-France, en charge de la sécurité, dans le contexte actuel, le mouvement des "gilets jaunes" doit être suspendu.

franceinfo : Pensez-vous que les "gilets jaunes" doivent suspendre leur mouvement le temps de la traque de Cherif Chekatt ?

Frédéric Péchenard : Oui, cela me semble tout à fait raisonnable. Les forces de l'ordre et notamment les forces mobiles ont été très majoritairement engagées depuis le début du mois dans le contexte des "gilets jaunes". Maintenant, elles vont être engagées pour la protection des Français sur les marchés de Noël. Il y a aussi pas loin de 1 000 policiers qui s'occupent de traquer le terroriste de Strasbourg. Cela me paraît évidemment nécessaire que ce mouvement soit au moins suspendu.

Le fait que la police nationale diffuse un appel à témoins, cela veut dire que l'enquête est dans une impasse ?

Non, cela veut dire que c'est un temps de l'enquête. Quand l'enquête débute, elle doit être évidemment la plus discrète et la plus secrète possible, parce qu'il y a des choses immédiates à faire. Et puis, il y a un deuxième temps de l'enquête, où quand on n'a pas récupéré immédiatement [le suspect] il est utile de pouvoir diffuser son portrait pour deux raisons. La première, bien sûr, c'est que potentiellement vous avez un nombre très important de personnes qui peuvent renseigner la police, et deuxièmement ça met sur lui une pression importante car il sait qu'il est recherché. Il est donc plus obligé de se terrer que de bouger, et c'est ce qu'il faut essayer de faire : l'empêcher de fuir loin, notamment à l'étranger, s'il n'y est pas déjà bien sûr.

Cherif Chekatt a été mis en examen en 2016 pour "apologie du terrorisme", avant qu'un non-lieu soit rendu. Il a par ailleurs été condamné à 27 reprises… Pensez-vous qu'il y a eu des ratés dans son suivi ?

Il n'est en tout cas pas passé en dehors des radars. Il a été arrêté à un certain nombre de reprises, il a été condamné, il était connu du fichier des radicalisés, il était suivi par la DGSI, donc il était dans les radars. Le problème que nous avons en France, c'est l'exécution de la peine. Quand quelqu'un est interpellé et condamné, la peine doit être immédiate et effective.

Mais on sait aussi que la prison est un foyer de radicalisation, dont ça pose un autre problème ?

C'est un problème de détention. Je crois qu'il faudra arriver à des prisons qui soient extrêmement sécurisée et réservées exclusivement aux terroristes, ce qui permettra d'éviter toute contagion vis-à-vis d'autres détenus, et puis bien sûr selon une règle d'encellulement individuel pour éviter qu'ils aient des relations entre eux.

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