Alain Finkielkraut insulté par des "gilets jaunes" : le CRIF attend du gouvernement "de véritables mesures qui puissent enrayer la vague antisémite"

Francis Kalifat, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, en juin 2017. 
Francis Kalifat, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France, en juin 2017.  (BENJAMIN CREMEL / AFP)

Le philosophe Alain Finkielkraut a été insulté samedi lors de la manifestation parisienne des "gilets jaunes". Le CRIF dénonce "une attaque antisémite" et "une haine qu'on ne peut plus accepter dans notre pays". A quelques jours de son dîner annuel en présence d'Emmanuel Macron et de la marche contre l'antisémitisme, il appelle à un sursaut national.

Les insultes proférées à l'encontre du philosophe Alain Finkielkraut par des "gilets jaunes" samedi sont l'expression d'un "antisémitisme d'origine islamo-gauchiste" de personnes venues "pour régler des comptes, pour crier des slogans anti-juifs à travers un antisionisme virulent", déclare Francis Kalifat, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) dimanche 17 février sur franceinfo.

franceinfo : Pensez-vous qu'Alain Finkielkraut a été visé en tant que Juif ?

Francis Kalifat : Sans aucun doute. Les attaques qui étaient dirigées vers Alain Finkielkraut étaient des attaques antisémites et nous voyons d'ailleurs à travers les insultes qui lui ont été adressées puisqu'il a été traité de 'sale sioniste', de 'sale race'. Nous voyons bien le lien qu'il y a entre la haine des juifs et la haine d'Israël. Je crois que c'est ce qui s'est passé hier à l'encontre d'Alain Finkielkraut, et je voudrais profiter de l'occasion pour exprimer ma solidarité pleine entière et sans aucune réserve avec Alain Finkielkraut. Je crois qu'après avoir vu ces images je suis dans un sentiment de dégoût et d'horreur parce que ce sont des attaques abjectes exprimées à visage découvert avec une haine qu'on ne peut plus accepter dans notre pays.

Cette semaine, plusieurs incidents antisémites ont été recensés, notamment des tags sur des portraits de Simone Veil. Qu'est-ce que cela vous évoque ?

L'antisémitisme dans notre pays est malheureusement protéiforme, nous le savons depuis longtemps. Nous savons depuis longtemps que nous avons un fort antisémitisme d'extrême droite traditionnel, que nous avons aussi un antisémitisme très fort d'extrême gauche, et puis un antisémitisme d'origine islamo-gauchiste qui s'est exprimé hier. (…) Ce mouvement des "gilets jaunes"; qui au départ avait une légitimité sociale que tout le monde a compris, que tout le monde a accepté, est aujourd'hui un mouvement qui s'est radicalisé, qui a été infiltré par les mouvements d'extrême gauche et d'extrême droite qui profitent de ces manifestations pour exprimer leur haine des juifs mais pas que, parce qu'ils expriment aussi la haine de la République, la haine des valeurs républicaines et je crois que c'est ça tout le danger. Nous sommes aujourd'hui dans une société qui est complètement remise en cause par des minorités extrémistes qu'il faut combattre et condamner.

Espérez-vous qu'il y ait davantage de participants à la marche contre l'antisémitisme mardi à Paris après cet incident ?

Je le souhaite. J'ai salué l'initiative qui avait été prise par les 14 partis républicains de notre pays et j'ai appelé à ce que le maximum de Français, car il ne s'agit pas aujourd'hui de faire un appel particulier, ce sont les Français dans toute leur composante et dans toutes leurs croyances qui doivent prendre l'occasion de ce rassemblement pour donner le point de départ de ce sursaut national que nous attendons.

Emmanuel Macron est l'invité d'honneur de votre dîner annuel mercredi. Qu'attendez-vous de lui ? 

Ce que nous attendons, au-delà de la dénonciation des actes antisémites, c'est de véritables mesures qui soient des mesures qui puissent enrayer la vague antisémite. La loi suffirait si elle était appliquée, il se trouve qu'aujourd'hui le constat que nous faisons c'est que dans ce domaine la loi est très peu appliquée et ce que nous attendons du gouvernement c'est (…) qu'on sorte du déclaratif pour passer à l'action.

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