Crash du vol AH5017 : une enquête difficile commence

(Sur la zone du crash du vol AH5017 d'Air Algérie dans le nord du Mali. il ne reste que des débris de l'appareil désintégré © Reuters)

Deux jours après le crash, militaires et policiers ont commencé leur travail de collecte des indices et de repérage des corps des victimes du vol AH5017 qui s'est écrasé jeudi dans la région de Gossi dans le nord-Mali. Les deux boîtes noires de l'appareil ont été retrouvées mais l’enquête s'annonce complexe. Quatre questions à notre spécialiste aéronautique, Frédéric Beniada.

L'appareil est en état de désintégration. Qu’est-ce que ça nous apprend ?

Une chose essentielle, l’impact a été d’une extrême violence. On voit sur ces images un cratère très profond et surtout des milliers de débris de petites tailles, éparpillés sur une zone relativement réduite. Les autorités parlaient hier d’une zone de 300 mètres sur 300 mètres. Ca veut dire quoi ? Plusieurs choses : L’avion ne s’est pas désintégré en vol à haute altitude suite à une explosion accidentelle ou criminelle, sinon on aurait eu des débris éparpillés sur plusieurs dizaines de kilomètres. Ca veut dire aussi que l’avion a impacté avec une très forte vitesse, qu’à priori il était intègre et qu’il n’y aurait pas eu de tentative d’atterrissage d’urgence. L’avion est tombé comme une pierre.

 

Alors pourquoi ? Est-ce qu'il lui manquait un organe vital à son pilotage, une gouverne qui aurait lâché ? Le MD83 est un avion d’ancienne génération, bien que ce dernier n’avait que 18 ans, il n’est pas équipé de commandes électriques de vol, ce sont des câbles qui permettent de le piloter. Est-ce qu’un ou plusieurs câbles aurait pu céder, rendant l’avion incontrôlable ?... On peut aujourd’hui tout imaginer.

La météo responsable ?

La météo comme seule explication non. Mais comme élément déclencheur peut-être. Soyons clair,  un accident n’est jamais dû à une cause mais à une succession d’incidents ou de problèmes mal gérés qui vont conduire à la catastrophe.

 

Plusieurs hypothèses. Le radar météo de l’avion était-il en panne, au point que l’équipage serait rentré à l’intérieur d’un cumulonimbus, un nuage d’orages. Et là effectivement, peu de chances de s’en sortir. Nous sommes dans une région du monde où ces nuages d’orages sont très violents, c’est le front intertropical. Si vous pénétrez dans ce type de nuages, c’est une lessiveuse, ça veut dire de la grêle, qui pourrait vous faire exploser une glace de cockpit, ça veut dire des cisaillements de vents très dangereux qui peuvent carrément vous arracher une aile et une dérive, un organe vital, et là effectivement vous vous retrouverez avec un avion totalement incontrôlable.  Une panne de radar météo, c’est envisageable. Mais il serait inconscient pour un équipage de professionnels de vouloir volontairement traverser un cumulonimbus,  connaissant les risques. Et puis on a cette information du contrôle aérien de Gao, qui a un moment donné nous dit que l’équipage a justement eu l’intention de changer de cap pour éviter ces orages.

 

Autre hypothèse, un givrage fort, c'est-à-dire que l’avion se charge en glace, ce qui va alourdir et diminuer sa portance. Et là il tombe comme une pierre. Mais ça peut également être consécutif à la panne d’une alarme d’un système. On avait déjà eu un cas à peu près semblable en 2005 sur un MD82 au Vénézuela qui transportait de nombreux touristes martiniquais. L’avion déjà en surcharge s’était chargé de glace sur les ailes. En activant le système anti-givrage, les moteurs avaient perdu de puissance et l’avion avait fini par décrocher avant de s’écraser dans une zone de montagne. C’est envisageable, mais restons là aussi très prudents. Et encore une fois, la météo ne serait pas une cause mais un élément déclencheur.

 

Des similitudes avec le Rio-Paris ?

Sur le Rio-Paris, on a un givrage très courts des sondes Pitot qui prive l’équipage d’informations de vitesse. Un équipage qui ne comprend pas la situation et qui amène l’avion au décrochage, avec une forte assiette à cabrer à haute altitude. On n'est pas du tout sur le même type d’appareil. D’un côté un avion très moderne, l 'A330, de l’autre un MD beaucoup plus ancien. 

 

Que peuvent nous apprendre les boites noires  ? 

Samedi matin, "la deuxième boîte noire" de l'avion a été retrouvée sur le site du crash par des experts de la mission de l'ONU. La première boîte noire avait été récupérée et acheminée vendredi vers Gao. Le CVR (Cockpit Voice Recorder), qui enregistre les conversations et les bruits ambiants de la cabine, et le FDR, qui enregistre tous les paramètres du vol, vont donc maintenant pouvoir être "interrogés" et peut-être livrer les informations qui permettront de comprendre les causes de l'accident. Mais la question que l’on peut se poser, au regard de l’impact très violent, c'est de savoir si ces boîtes noires sont exploitables...

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