Tourisme en France : "Ce qui manque, ce sont des objectifs chiffrés"

Des touristes à Eguisheim (Haut-Rhin), l\'un des plus beaux villages de France, le 22 juillet 2017.
Des touristes à Eguisheim (Haut-Rhin), l'un des plus beaux villages de France, le 22 juillet 2017. (THIERRY GACHON / MAXPPP)

Le tourisme en France se porte bien, mais ces résultats sont en trompe-l'oeil pour Didier Arino, du comité Protourisme, interrogé sur franceinfo mercredi.

Un conseil interministériel a eu lieu mercredi 26 juillet à Matignon pour doper la fréquentation touristique. Onze mesures ont été adoptées à l'issue de ce conseil, parmi lesquelles la diminution du temps de passage pour le contrôle des passeports à l'aéroport devant la police des frontières, ou l'obtention des visas en 48h pour huit nouveaux pays hors Europe. "Ce qui manque, ce sont des objectifs chiffrés", a estimé Didier Arino, du comité Protourisme sur franceinfo. 

franceinfo : Parmi les mesures adoptées, on trouve l'entretien des autoroutes entre les aéroports et Paris. Cela compte-t-il pour attirer les touristes ?

Didier ArinoC'est toujours utile même si cela relève davantage de l'anecdote par rapport à l'objectif initial qui est que la France puisse accueillir 100 millions de touristes. La France est la première destination touristique du monde, mais en réalité, en termes de recettes, nous sommes à la quatrième place. Les touristes consomment moins quand ils viennent chez nous. La France, avec 18% de plus de touristes que l'Espagne, génère 25% de recettes en moins.

Il faut arrêter avec ce cocorico un peu ridicule qui consiste à comptabiliser tous ceux qui traversent notre pays pour aller en Espagne, en Italie ou ailleurs, sachant que l'on est au cœur de l'Europe.Didier Arino, comité Protourismeà franceinfo

Depuis plus de 15 ans nous perdons des parts de marché, nous avons une croissance qui est deux à trois fois moindre que celle de nos voisins et de nos concurrents, nous avons une rentabilité des investissements dans le secteur du tourisme qui est plus faible que nos voisins. Il s'agit de faire un constat réaliste sur le tourisme en voyant le chemin qui reste à parcourir. 

Quel est ce constat ?

Ce qui manque, ce sont des objectifs chiffrés. Au-delà l'annonce de 100 millions de touristes. (...) Depuis 15 ans, on remarque un écart se creuser entre des territoires dynamiques qui accueillent les populations étrangères et des territoires ruraux qui perdent peu à peu des parts de marché. Nous avons aussi le défi de renouveler l'offre de nos stations, de les dynamiser pour attirer une nouvelle clientèle, plus jeune, qui trouve que l'on ne s'amuse pas assez en France (...) Nous avons 100 000 chambres d'hôtel de moins que l'Espagne alors que nous avons un patrimoine fabuleux, unique au monde. Il faut se donner les moyens. (…) Ce qui suppose de la décentralisation car je crois que l'État fait semblant en n'ayant pas véritablement les moyens. (...)

Les gens aiment bien la France mais disent que les gens sont ronchons... Faut-il travailler cela aussi ?

Les Français sont un peu ronchons mais ils se sont bien améliorés depuis quelques années. En revanche, on constate qu’il y a près de 20 000 postes non pourvus. Il faudra peut-être revoir notre manière de faire, car cela n'est pas seulement dû à la pénibilité dans le secteur. Certains sont des métiers qui peuvent être sympathiques, que ce soit moniteur de voile, dans les activités sportives ou dans l'accompagnement des enfants. Il faut mettre en œuvre des formations courtes qui permettent d'amener au tourisme une population éloignée du secteur du tourisme.