Retraites : comment le gouvernement s'est retrouvé face au "mur du 5 décembre"

Entretiens a Matignon avec les partenaires sociaux dans le cardre de la reforme des retraites, le 6 septembre 2019
Entretiens a Matignon avec les partenaires sociaux dans le cardre de la reforme des retraites, le 6 septembre 2019 (CHRISTOPHE MORIN / MAXPPP)

La réforme des retraites était dans le programme d'Emmanuel Macron. Elle a été annoncée, longuement préparée et discutée. Et malgré cela, l'exécutif n'a pu empêcher une forte résistance de se mettre en place. Chronologie d'un affrontement annoncé.

Trains et métros à l'arrêt, écoles fermées, manifestants dans les rues : la mobilisation de ce 5 décembre contre la réforme des retraites est forte. Les multiples rencontres de Jean-Paul Delevoye avec les représentants syndicaux, les assurances données par Edouard Philippe sur la méthode, les propos tour à tour fermes et conciliants du chef de l'Etat et de ses ministres : tout cela n'aura finalement pas suffi à faire passer dans l'opinion l'idée que cette réforme est la bonne. Même au sein du gouvernement, on a le sentiment de s'être pris les pieds dans le tapis. On a raté des coches, reconnaît en aparté un ministre. On a fait 18 mois de concertation, et pourtant cela part en vrille. Retour sur les grandes dates du projet de réforme. 

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17 juillet. Jean-Paul Delevoye présente son rapport

La réforme prévoit la fin des régimes spéciaux et un système universel par points, plus juste dans l'esprit du gouvernement. Mais les Français qui s'apprêtent à partir en vacances découvrent également un nouveau concept : "Nous proposons une option d'un âge à taux plein collectif qui est un âge d'équilibre."

Âge d'équilibre ou  âge pivot, il est fixé à 64 ans. Et dans la rue, on retient d'abord qu'on travaillera plus longtemps : "Si on veut partir à 62 ans, c'est possible sauf qu'on n'aura pas une retraite à taux plein", commente un passant interrogé.

D'entrée, l'introduction de ce nouveau paramètre brouille la promesse initiale, celle d'une réforme de justice sociale qui ne toucherait pas à l'âge légal de départ.  

Fin août. Emmanuel Macron essaie de rectifier  

À Biarritz, en conclusion du G7, le président précise sa pensée : "Ce que je veux, pour le dire en des termes très simples, c'est que notre régime, quand il rentre en vigueur en 2025, soit équilibré financièrement. Je préfère qu'on trouve un accord sur la durée de cotisation plutôt que sur l'âge. Ça me semble plus juste."  

Premier flottement alors que s'ouvre en septembre le dernier round de concertation.  

Septembre. "Nous avons le temps", dit Edouard Philippe  

À l'époque le Premier ministre veut croire qu'il a le temps : "La réforme n'est pas écrite. Nous avons le temps de lever les inquiétudes et les malentendus."  L'exécutif pensait que cet argument serait une force. Il s'est retourné contre lui. Car  ce flottement sur l'âge pivot et la durée des cotisation a été le premier d'une longue liste.    

Automne. Concertation citoyenne  

Fort des enseignements de la crise des "gilets jaunes", le gouvernement lance à l'automne une concertation citoyenne. À Rodez, Emmanuel Macron réactive  le format du grand débat. Il mise sur la proximité mais il trébuche : "Je n'adore pas le mot de pénibilité parce que ça donne le sentiment que le travail serait pénible."   Tout en promettant que la pénibilité sera prise en compte, le chef de l'État  réveille  le sentiment qu'il est déconnecté du quotidien des Français.

Mais le flou persistant sur ce que veut vraiment l'exécutif entretient l'angoisse. Exemple symptomatique : la clause du grand-père, qui laisse entendre que la réforme ne s'appliquerait qu'aux nouveaux entrants.  

Fin octobre. La perspective de la clause du grand-père  

Dans l'avion qui le ramène de la Réunion, Emmanuel Macron ouvre la porte : "Je comprends tout à fait quelqu'un à EDF, à la RATP ou à la SNCF. Il est rentré avec un pacte avec la Nation. On lui a dit, vous allez travailler dans cette entreprise, voilà vos droits. Je ne fais pas une réforme qui nie ce que sont les droits acquis d'individus."  

Porte ouverte par le président mais immédiatement refermée par son "Monsieur Retraites". Ce serait dénaturer la réforme, juge Jean-Paul Delevoye. Il est recadré mais le mal est fait : l'idée s'ancre que l'exécutif navigue à vue ou, pire, avance à couvert. Nouveau coup dur : le rapport du Conseil d'orientation des retraites prédit finalement un déficit de plusieurs milliards à l'horizon 2025.  

21 novembre. Réforme et effort budgétaire  

Édouard Philippe finit par reconnaître le 21 novembre sur France Inter qu'il faudra sans doute  coupler réforme du système et effort budgétaire : "Si on veut avoir un système solide, on va devoir travailler plus longtemps."  

Le gouvernement voulait trois mois de concertation. Ils tournent à la confusion. Le préavis de grève initialement déposé par la RATP se mue en préavis de grève interprofessionnel et intersyndical. Le "mur du 5 décembre". L'expression a fuité des couloirs de l'Élysée. La réforme peut s'y écraser, les opposants à la réforme en sont désormais convaincus.

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