Réforme des retraites : le Medef appelle à "rattraper du temps parce que la situation à l’heure actuelle est empoisonnante"

Patrick Martin, président délégué du Medef, le 18 décembre 2019.
Patrick Martin, président délégué du Medef, le 18 décembre 2019. (FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Patrick Martin, président délégué du Medef, estime que le patronat a déjà fait "beaucoup de concessions".

Les leaders syndicaux et patronaux ont rendez-vous mercredi 18 décembre à Matignon pour tenter de trouver une issue à la crise et renouer le dialogue concernant la réforme des retraites. Le Medef rencontrera Édouard Philippe et Laurent Pietraszewski le nouveau "M. Retraites", à 16H30. Son président délégué, Patrick Martin, estime sur franceinfo avoir déjà "fait beaucoup de concessions" mais se dit "très ouvert" notamment sur la question des seniors. Il juge que "la situation à l’heure actuelle est empoisonnante pour les salariés, pour l’immense majorité des salariés qui ne peut pas se rendre dans son lieu de travail".

franceinfo : L'objectif c’est de ne pas perdre de temps ?

Patrick Martin : Il faudrait même rattraper du temps, parce que la situation à l’heure actuelle est empoisonnante. Elle est empoisonnante pour les salariés, pour l’immense majorité des salariés qui ne peut pas se rendre dans son lieu de travail surtout en Île-de-France parce que la grève en province ne mord pas dans le privé. Elle met en péril un certain nombre d’activités, là aussi dans Paris intramuros dans le tourisme, dans l’hôtellerie, dans le spectacle, dans la restauration et tout cela doit s’arrêter à un moment donné.

C’est-à-dire que le Medef y va dans le but de faire des concessions ?

Le Medef a fait beaucoup de concessions dans cette affaire et on l’oublie un peu vite. À l’origine, nous voulions nous un report de l’âge légal, nous nous accommodons d’un certain nombre de dispositions extrêmement redistributives et je vous mets au défi de me dire en quoi cette réforme bénéficie aux entreprises.

Le point de crispation, en tout cas pour la CFDT, c’est l’âge pivot à 64 ans en dessous duquel les retraites seraient rabotées, est ce qu’on peut imaginer que le malus qui est aujourd’hui fixé à 5% par an pour ceux qui prennent leur retraite entre 62 et 64 ans soit adoucit, est-ce une piste ?

Ce qu’on veut c’est une mesure d’équilibre parce que, finalement, cette réforme elle a été demandée par une organisation syndicale en particulier. Le gouvernement s’en accommode, nous nous n’avions rien demandé de ce point de vue. En revanche, on est très attentif à l’équilibre des retraites sous une forme ou sous une autre, parce que c’est l’intérêt de tous, c’est l’intérêt des salariés. 

On ne peut pas lâcher sur les cotisations. Il y a un autre tabou, c’est l’utilisation des réserves.Patrick Martin, président délégué du Medefà franceinfo

Il y a un peu plus de 30 milliards d’euros aujourd’hui sur ce fond de réserve, est-ce que ce n’est pas le moment de puiser dedans ?

C’est imaginable. En revanche toucher aux réserves des avocats, aux réserves du privé, non. Ce serait au détriment des salariés qui ont cotisé ou des 12,5 millions de retraités qui bénéficient des régimes complémentaires. On est très ouvert. On a d'ores et déjà fait des propositions sur l’emploi des seniors qui est un sujet sur lequel la France a déjà beaucoup avancé. Il faut que nous-mêmes nous soyons cohérents et nous le sommes. On est prêt à regarder de près des mesures d’accompagnement pour les seniors de sorte que le taux d’emploi des seniors, qui a déjà beaucoup augmenté, augmente encore.

Pour en revenir à l’âge pivot, quelqu’un qui aurait commencé à travailler à 18 ans et qui doit donc continuer de travailler jusqu’à 64 ans pour toucher une retraite complète, cela représente 46 années de cotisations, est-ce que vous reconnaissez que dans ce cas de figure, c’est une mesure injuste ?

On a toujours dit que les carrières longues et la pénibilité telle qu’elle existe aujourd’hui, et modifiée uniquement à la marge le cas échéant, devait perdurer. On nous prête des intentions coupables qui ne sont pas les nôtres. D’ores et déjà, vous avez 370 000 personnes qui chaque année partent en retraites anticipées du fait de la pénibilité et des carrières longues, on n'a jamais demandé à ce que ce soit remis en cause.

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