"La seule solution, c’est une grève qui s’ancre dans la durée" : déterminés, les enseignants grévistes sont prêts à reconduire leur mouvement

Une manifestation d\'enseignants, le 3 octobre 2019 à Bobigny (Seine-Saint-Denis).
Une manifestation d'enseignants, le 3 octobre 2019 à Bobigny (Seine-Saint-Denis). (THOMAS SAMSON / AFP)

Le taux de grève devrait atteindre 55% dans les écoles jeudi, selon Jean-Michel Blanquer, jusqu'à 78% à Paris. Des professeurs excédés, prêts à reconduire le mouvement "jusqu'au retrait de la réforme".

La mobilisation s'annonce massive dans l'Education nationale, peut-être même historique : au moins 55% de grévistes dans les écoles primaires jeudi 5 décembre en France contre la réforme des retraites, avec un pic de 78% de grévistes prévu à Paris. Au total, 300 écoles parisiennes sur 650 seront sans enseignants, selon le ministère. Dans les collèges et les lycées, on attend jusqu'à 60% de grévistes, selon le syndicat SNES. 

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Parmi ces enseignants, Sabine, professeur de mathématiques à Paris. Pour elle, la réforme, c'est un peu la goutte d'eau : "Il y a eu quand même plusieurs mouvements et plusieurs actions depuis plus d’un an avec la réforme du lycée, et je pense que notre métier et quand même très attaqué". Pour elle, les enseignants ne sont "absolument pas reconnus".

On ne peut pas accepter de perdre autant après avoir travaillé plus de 40 ans, et en n'étant déjà pas très bien payés pendant toute notre carrière.Sabine, professeure de mathématiquesà franceinfo

Sabine estime qu'elle va perdre au moins 500 euros avec la réforme. Le ministre de l'Education nationale ne cesse pourtant de promettre que les enseignants ne seront pas pénalisés, et que les effets de la réforme seront compensés par des augmentations salariales. Sabine a beaucoup de mal à y croire : "Moi, je me méfie, quand même. Entre les lignes, [Jean-Michel Blanquer] a parlé de revalorisation, mais en même temps, dans d’autres papiers, il parle du changement du métier de l’enseignant. Donc je crains que cette revalorisation salariale soit aussi conditionnée à d’autres missions ou contraintes professionnelles. Ça sera donnant-donnant."

Sabine est gréviste, comme la plupart des collègues de son lycée. Des professeurs qui, pour certains, "ont voté Macron dès le premier tour, qui continuent à le soutenir, et qui feront grève aujourd’hui pour la première fois."

Pour une grève reconductible

En grève jeudi, peut-être vendredi : la grève reconductible, certains y pensent. D'autres l'ont déjà décidé, comme Mathilde, professeure des écoles à Gennevilliers, (Hauts-de-Seine) : "On est fermé. Nous avons une école de 12 classes, et les 12 enseignants sont grévistes". Pour vendredi 6 décembre, "six enseignants ont déjà annoncé qu’ils seraient grévistes", affirme Mathilde. "Je n’ai jamais vu ça. Sur ma commune, ce sont trois-quarts des écoles qui sont fermées, et dans les écoles qui ne sont pas fermées, ce sont 80% de grévistes", explique la professeure, qui n'a jamais vu un tel taux de grévistes depuis qu'elle travaille à l'Education nationale.

On a déjà fait le choix de reconduire vendredi, lundi et le temps qu’il faudra, jusqu’au retrait de la réforme.Mathilde, professeure des écolesà franceinfo

Reconduire la grève, pour Mathilde, "c’est la seule solution". "L’année dernière, on s’est battu contre une loi, on a fait des journées de grève sans lendemain et on n’a pas gagné. La seule solution, c’est une grève qui s’ancre dans la durée", rétorque l'enseignante.

Mathilde se dit prête à perdre 15 jours de salaire, quitte à tenir jusqu'aux vacances de Noël s’il le faut pour faire plier le gouvernement.

Paroles de professeurs grévistes au micro franceinfo d'Alexis Morel
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