Éducation : pourquoi syndicats et ministère ne sont jamais d’accord sur le taux de grévistes

Une salle de classe de CM1 vide. Photo d\'illustration.
Une salle de classe de CM1 vide. Photo d'illustration. (VINCENT VOEGTLIN / MAXPPP)

En pleine nouvelle journée de mobilisation contre la réforme des retraites, on vous explique pourquoi les chiffres des grévistes dans l'Éducation nationale sont si différents entre les syndicats et le ministère.

62% de grévistes dans les collèges et lycées ce 10 décembre pour les syndicats, 19,41 % selon le ministère (75% contre 42,32% le 5 décembre dernier). Dans le primaire, l’écart est un peu moins grand : 30% contre 12,15% (70% contre 51,15% le 5 décembre dernier). Comme à chaque mouvement social dans l’éducation, ministère et syndicats sont irréconciliables sur les chiffres.

La méthode du ministère : un calcul sur l’ensemble des professeurs

Tout commence au niveau des directeurs d'école et des chefs d'établissement. Ils renseignent le nombre de grévistes dans le logiciel Mosart pour "Module de saisie des absences et des retenues sur traitement". Ensuite, chaque académie communique au ministère le nombre d’absents et le nombre d’enseignants total pour le premier degré (écoles maternelles et primaires ) ainsi que pour le second degré (collèges et lycées). Ces chiffres sont ensuite traités par un service spécialisé du ministère afin d’être communiqués aux médias à la mi-journée.

Dans le premier degré, les directeurs d'écoles se basent sur les intentions de grève déposées obligatoirement par les enseignants au moins 48h avant. Dans le secondaire, les chefs d’établissements doivent réaliser leur comptage des grévistes tôt le matin pour assurer une remontée le plus tôt possible. Selon le Syndicat national des enseignements de second degré (Snes), cette pratique efface des chiffres les professeurs grévistes commençant plus tard. Contacté par franceinfo, le ministère réfute toute consigne pour minimiser la mobilisation : "On ne peut pas communiquer un chiffre des grévistes à 18h. La méthode de calcul est identique depuis des années et les reproches de manipulation sont toujours les mêmes."

Pour résumé, prenons l'exemple d'un établissement du second degré où il y a 26 grévistes sur 60 enseignants au total, qu'ils aient cours ou pas ce jour là. Le calcul selon la méthode du ministère serait : (26÷60) x100. Soit un taux de gréviste de 43,3%.  

La méthode des syndicats : un calcul sur les professeurs attendus

Du côté des syndicats, le taux de gréviste est calculé par rapport au nombre d’enseignants ayant des cours prévus devant les élèves, pas sur le nombre total de professeurs. Dans le primaire, le chiffre des syndicats est supérieur de près de 20 points à celui du ministère. Selon Francette Popineau du SNUipp-FSU, principal syndicat enseignant du primaire, le chiffre du ministère est calculé sans prendre en compte "les conseillers pédagogiques, les enseignants spécialisés, les remplaçants, les temps-partiels, bref tous ceux dont on se sait pas s'ils sont grévistes car ils n'ont pas besoin de remplir une intention de grève"Dans le secondaire, l'écart de plus de 40 points s'explique principalement par les emplois du temps morcelés des professeurs. "Au lycée, on a des cours 3 ou 4 jours par semaine. Ça dépend si notre emploi du temps est optimisé ou pas", indique à franceinfo Thierry Ananou, sécrétaire national du Snes, pour dénoncer le calcul du ministère basé sur l'ensemble des effectifs

Pour la remontée des chiffres, le SNUipp-FSU a fait appel à un sociologue pour constituer un panel d'établissements représentatifs. "On a 40 à 90 écoles selon la taille du département avec des rurales, des urbaines, celles qui sont très mobilisées et celles qui le sont moins", précise le syndicat majoritaire des enseignants du premier degré. Pour les collèges et lycées, le Snes indique avoir des représentants dans la plupart des établissements. Ils sont chargés "de faire remonter les chiffres via un serveur".

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