"Ce n'est pas ça la démocratie" : à l'Assemblée, le spectre du 49.3 pèse de plus en plus sur les débats de la réforme des retraites

Les députés réunis le 17 février 2020 à l\'Assemblée nationale pour débattre du projet de réforme des retraites.
Les députés réunis le 17 février 2020 à l'Assemblée nationale pour débattre du projet de réforme des retraites. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Le mot revient fréquemment dans la bouche des députés de la majorité, excédés par les amendements déposés par La France insoumise et les communistes, accusés de faire obstruction.

En une semaine, seulement la moitié de l'article 1 du projet de loi sur la réforme des retraites - qui en comprend 65 - a été examiné à l'Assemblée nationale. Et il reste encore environ 30 000 amendements à discuter en deux semaines. Le gouvernement envisage de plus en plus de passer en force. Pour les députés de la majorité, le 49.3 n'est en effet plus un tabou.  

LFI et le PC accusés de "sabotage"  

"Nous sommes depuis sept jours les témoins d'une entreprise d'obstruction qui frôle le sabotage, dénonce Gilles Le Gendre, président du groupe La République en marche à l'Assemblée. Vous voyez bien qu'on est très très clairement dans une volonté de que cette loi ne soit jamais votée."  

Les députés de la majorité mettent en cause la France insoumise et le groupe communiste, dont une trentaine de députés sont dépositaires de plus de 20 000 amendements. "Inlassablement, depuis sept jours, on tourne en rond", s'agace Cendra Motin, députée La République en marche, co-rapporteuse du projet de loi.   

Ils n'ont fait que des amendements pour remplacer des 'de temps en temps' par 'parfois' ou des 'virgules' par des 'points-virgules'.Cendra Motin, députée LREM à franceinfo

Et Cendra Motin de lancer des accusations directes : "Dans cette affaire, ceux qui veulent bloquer les choses c'est La France insoumise et les communistes. Ceux qui veulent le 49.3 ce n'est certainement pas nous, c'est bien eux !"  

Le débat n'avance pas et pourrait durer encore longtemps. Bruno Bonnell, député de la majorité, n'hésite plus à menacer : "Dans l'appareil constitutionnel, il existe un article qui s'appelle le 49.3 donc s'il fallait l'utiliser, nous l'utiliserons."  

"S'ils font ça, il leur en coûtera beaucoup"    

La responsabilité d'un potentiel usage du 49.3 est rejetée par le président du groupe La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. "Pour nous, c'est le pire le 49-3 puisque – couic – ça arrête le débat, défend-il. Commençons d'abord par dire pour qui c'est le pire !"

On n'a aucun intérêt au 49.3. Pour nous, c'est la grenade de désencerclement du gouvernement.Jean-Luc Mélenchon, président du groupe LFIà franceinfo

Pour Jean-Luc Mélenchon,  c'est simplement le rôle de l'opposition que de déposer des amendements. L'Assemblée doit prendre le temps du débat, renchérit la députée LFI Mathilde Panot : "Peut-être que certains députés de la majorité acceptent l'idée d'un 49.3 en se disant 'finalement, on n'a pas d'autre choix'. Si ! On a d'autres choix. Et ce n'est pas ça la démocratie, ce n'est pas ça le respect de la démocratie et s'ils font ça, il leur en coûtera beaucoup."  

Le groupe La France insoumise, tout comme celui des communistes et des socialistes, demande que les débats se poursuivent au-delà des deux semaines encore prévues à l'Assemblée nationale.

Retraites : le spectre du 49.3 plane sur l'Assemblée nationale. Reportage de Simon Soubieux pour franceinfo.
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