Pourquoi Airbnb n’a payé que 70.000 euros d’impôt en 2015

(Airbnb connaît un succès croissant en France, avec 300 000 offres et 65 millions de chiffre d'affaires estimé © SIPA / Isopix)

Une maison au bord de la mer, un appartement au cœur de Paris… Pour les vacances, nous sommes de plus en plus nombreux à avoir le réflexe Airbnb. En 2015, le site de location aurait dégagé 65 millions de chiffre d’affaires en France, mais n’a pourtant payé que 70.000 euros d’impôts grâce à des techniques comptables.

Le site de location de logements entre particuliers Airbnb connaît un succès fulgurant. De 4000 annonces en France en 2012, le site en propose aujourd’hui plus de 300 000. Et l'entreprise n’est pas peu fière de dire qu'elle vient de franchir la barre des 10 millions de voyageurs français.

Pourtant, Airbnb ne paye pas d'impôts ou presque, moins de 70.000 euros l'année dernière, selon les chiffres révélés ce matin par Le Parisien. Un chiffre qui paraît bien faible pour une telle entreprise.

Une combine légale : l’optimisation fiscale

Ce chiffre est le résultat d’une combine bien connue et tout à fait légale, que l'on appelle pudiquement "l'optimisation fiscale". Il s’agit de l'art de jongler entre les différentes législations et les systèmes fiscaux européens.

Pour bien comprendre, il faut savoir comment fonctionne Airbnb. Quand un voyageur paye pour louer une chambre ou un appartement auprès d'un particulier, l'entreprise prélève 12 % sur la transaction. Le reste va à l’hôte.

Dans une étude récente, Airbnb affirmait reverser à ses hôtes français 480 millions d'euros par an. A partir de cette somme, on peut donc estimer le chiffre d'affaire français d'Airbnb à 65 mllions. Or dans les comptes que le Parisien a pu consulter, l'entreprise ne déclare que 5 millions.

La filiale française d'Airbnb ne vend rien en France...

Tout l'argent d’Airbnb s'échappe en fait directement vers l'étranger. Pour comprendre, il faut regarder la facture. La transaction, même si elle est réalisée en France, est en fait conclue avec le siège basé en Irlande, où l'impôt sur les sociétés est le plus bas d'Europe, à 12,5 %. L'argent est lui collecté via une filiale dédiée aux paiements, Airbnb payments UK Ltd, basée à Londres, en Angleterre, où la fiscalité est aussi bien plus clémente.

L'astuce, c'est que la filiale française ne vend rien. Elle ne sert que d'intermédiaire. Officiellement, elle s'occupe du marketing et de la promotion de la marque. Elle facture donc ses prestations au siège irlandais avec une petite marge qui permet de payer les salaires.

Ainsi, sur ce fameux chiffre d'affaires déclaré de 5 millions, l'entreprise a réalisé, en 2015, un bénéfice de 166.373 d'euros et payé 69.000 euros d'impôt. Un chiffre qui est même en recul de 18 % par rapport à l'année précédente.

Une pratique courante chez les grandes entreprises de l'économie numérique

Google, LinkedIn, Facebook, ces entreprises qui pèsent des milliards paient en France des impôts dérisoires au regard de leur revenus. Et à chaque fois, c'est la même histoire : les contrats, les transactions sont conclus avec le siège, basé pour ces trois-là en Irlande.

Le fisc commence à regarder de plus près ces arrangements. Google France fait l'objet d'un contrôle fiscal sur les trois dernières années et le siège parisien du 9e arrondissement a même été perquisitionné en mai.

Le fisc réclame aussi 365 millions d'euros à la plateforme Booking.com, qui permet de comparer les offres hôtelières puis de réserver sa chambre sur internet, et qui est accusée de facturer ses clients via une filiale aux Pays Bas. Mais encore une fois, ces montages ne sont pas illégaux à proprement parler. Booking.com assure d'ailleurs être en conformité avec le droit fiscal français et entend contester cette évaluation.

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