"On a de moins en moins de budget" : les colonies de vacances à l’ancienne n’ont plus la cote

La colonie de vacances des Moussaillons à Préfailles, en Loire-Atlantique.
La colonie de vacances des Moussaillons à Préfailles, en Loire-Atlantique. (MATTHIEU MONDOLONI / FRANCEINFO)

Depuis une dizaine d’années, la fréquentation est en baisse continue et les centres, comme celui des Moussaillons, à Préfailles, en Loire-Atlantique, ferment les uns après les autres.

Les colonies de vacances à l’ancienne n’ont plus la cote. Depuis une dizaine d’années, la fréquentation est en baisse et les centres ferment les uns après les autres. Comme dans le département de Loire-Atlantique, et notamment dans la région de Pornic, à Préfailles.

Dans la cour de la colonie de vacances des Moussaillons, au bord de la mer, à Préfailles, en Loire-Atlantique, les animateurs comptent les enfants avant les activités de l’après-midi. Des cours de cuisine, une excursion en bord de mer, et un atelier pour vaincre sa peur des chiens : il y a le choix pour les pensionnaires qui ont entre 4 et 17 ans.

Parmi eux Anna, Ellias et Louisa qui sont en train de faire le bilan de leurs expériences passées en "colo". "Ce qui est bien, c’est qu’on découvre de nouvelles choses et de nouveaux gens", sourit Anne. "Moi j’aimerais bien revenir et j’espère que si je reviens il y aura les mêmes personnes", ajoute Ellias. "Si ça existe encore, parce que des fois ils enlèvent des colos", prévient Louisa, pessimiste.

Seulement 40 enfants au lieu du double habituellement

Louisa a raison d’être inquiète, car la fréquentation des colonies de vacances est en baisse. Chez les Moussaillons cette semaine, ils sont moins d’une quarantaine alors qu’en temps normal, le centre peut accueillir presque deux fois plus de monde, explique Audrey Ducoux, la responsable départementale du service vacances de la Ligue de l’enseignement, l’association à qui appartient le centre des Moussaillons. "C'est inquiétant d'avoir un grand centre comme ça avec des effectifs si réduits. Si ça se reproduit sur plusieurs semaines dans l'été ça pourrait être difficile pour nous", confie la jeune femme.

C'est d'abord dû au prix mais aussi les parents font moins partir leurs enfants en vacances. Ils essaient déjà de partir en famille et pour une famille de classe moyenne c'est déjà difficile.Audrey Ducoux, responsable départementale du service vacances de la Ligue de l’enseignement

"Le problème c'est que si on perd nos centres, on devra aller chercher un hébergement ailleurs. Ça coûtera plus cher et finalement ce seront les familles qui paieront", poursuit Audrey Ducoux.

Audrey Ducoux, responsable départementale du service vacances de la Ligue de l’enseignement en Loire-Atlantique.
Audrey Ducoux, responsable départementale du service vacances de la Ligue de l’enseignement en Loire-Atlantique. (MATTHIEU MONDOLONI / FRANCEINFO)

Pour cinq jours ici, il faut compter entre 300 et 350 euros par enfant. Moins il y a de monde, moins il y a d’argent pour l’association. De l’argent pourtant nécessaire, car il faut entretenir cette grande bâtisse de bord de mer et il faut payer les animateurs comme Nicolas. Il encadre les enfants dans différentes colonies de vacances depuis cinq ans. "On a de moins en moins de budget, de moins en moins de temps de préparation et c'est beaucoup moins bien payé qu'un Smic", raconte-t-il. 

Les conditions matérielles se dégradent de plus en plus dans les petits centres de loisirs ou dans les grosses structures.Nicolas, un animateur

La mixité sociale en jeu

Les colonies de vacances sont aujourd’hui en danger. On ne compte plus les centres mis en vente dans la région. Certains sont transformés en appartements loués aux vacanciers ou en hôtels de luxe.

On est très loin des colonies de vacances à l’ancienne qui ont pour ambition de gommer les inégalités sociales et d’offrir des vacances à tous les enfants, peu importe leur milieu social, rappelle Audrey Ducoux : "Notre projet éducatif c'est de faire vivre les mixités et la mixité sociale en fait partie. Ce sont des enfants qui peuvent être placés, on a des enfants en situation de handicap. On a tous types de situations."

Mais ce modèle ne fait plus recette. Il effraie même les parents, ajoute Pierre Chenot, directeur de l’association Séjour plein air, qui organise également des colonies de vacances. En moins de 20 ans, le paysage a totalement changé dans le département. 

"Avec la Haute-Savoie, la Loire-Atlantique comptait le plus de centres d'hébergement d'enfants. Avant on avait 90 centres d'hébergements et aujourd'hui il n'y en a plus que 20 dans la région Pays-de-la-Loire"déplore Pierre Chenot

On a perdu un certain nombre d'établissements ces dernières années surtout depuis les années 2000.Pierre Chenot, directeur de l’association Séjour plein air

Alors pour ceux qui restent, il s’agit désormais de se diversifier pour survivre. Depuis deux ans, les Moussaillons hébergent en hiver, et à la demande des autorités, des migrants pour les accompagner dans leur démarches administratives. 

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