Nantes : un patron cède son entreprise à ses salariés pour "sauvegarder les emplois"

Les employés de La générale de bureautique, à Nantes, le 16 décembre 2016.
Les employés de La générale de bureautique, à Nantes, le 16 décembre 2016. (MAXPPP)

Eric Bélile, dirigeant de la société basée à Nantes, La générale de bureautique, a expliqué, vendredi sur franceinfo, sa décision de céder son entreprise à ses salariés afin d'éviter des pertes d'emplois, malgré des propositions "dépassant notre chiffre d'affaires".

C'est une belle histoire. Eric Bélile, patron de l'entreprise nantaise, La générale de bureautique, a cédé son entreprise à ses 45 salariés avant de partir à la retraite. "J’ai fait le calcul, si je vendais à un fond d’investissements ou à une structure très importante, le tiers de mes salariés allait disparaître. Pour moi, c’était impossible", a expliqué le dirigeant de la société de fabrication de matériel de bureau, vendredi 6 janvier sur franceinfo.

franceinfo : À quel moment avez-vous décidé de ne pas vendre votre entreprise et de la céder aux salariés ?

Eric Belile : Vendre ou céder un groupe comme le nôtre ne s’improvise pas le jour de la retraite. J’ai 56 ans, et j’ai préféré anticiper. Je recevais des propositions de rachat de la part de constructeurs ou de fonds d’investissements qui étaient de plus en plus élevées. Il faut remettre les choses dans leur contexte. Il y a 27 ans, j’ai monté ma propre société. Je suis parti de rien du tout, de zéro. J’ai mangé de la vache enragée pendant de nombreuses années. Je n'ai rien oublié de mes débuts. Au moment de partir, les motivations peuvent donc être différentes.

Souhaitiez-vous éviter les licenciements dans le cas d'une éventuelle revente ?

Cela aurait été inévitable. Dans la progression de notre groupe, il m’est arrivé de racheter des entreprises. Ce qui est intéressant lors d’un rachat, c’est de massifier les achats et de supprimer la totalité des doublons. J’ai fait le calcul. Si je vendais à un fond d’investissements ou à une structure très importante, le tiers de mes salariés allait disparaître. Pour moi, c’était impossible. Je travaille avec eux depuis 15, 20, 25 ans pour certains. C’était inenvisageable. Il y a un moment, on doit faire des choix. J’ai fait ce choix-là. Je ne regrette pas du tout. J’ai choisi, moi-même, le prochain patron qui va me succéder. Je voulais qu’il assure les emplois, qu'il fasse croître le groupe avec les mêmes employés.

Qu’est-ce que cela dit de notre époque ou de notre pays quand on a envie d’entendre des histoires d’entreprises comme la vôtre ?

Je me rends compte que c’est une belle histoire. J’ai envie d’en faire un témoignage heureux, car je suis heureux. J’ai envie de le transmettre. Certaines choses peuvent ne pas être trop compliquées, à partir du moment où l’on prend des décisions mûrement réfléchies. Ma motivation, c’était de sauvegarder les emplois de mes proches collaborateurs.

Nos affaires sont florissantes. J’ai voulu céder dans les meilleures conditions au personnel plutôt que de partir. Je ne voulais pas avoir de profonds regrets, même si j’avais un chèque beaucoup plus important. J’ai eu des propositions extravagantes dépassant même notre chiffre d’affaires et allant jusqu’à 10 millions d’euros. Bien souvent les patrons sont décriés. Or, nous prenons des risques tous les jours et beaucoup d’entre nous pensons d’abord aux salariés.