"Raciste", "voix de vieille pédale", "connard" : Europe 1 épinglée pour avoir fiché ses auditeurs

Lors d\'un contrôle en 2016, la Cnil a découvert, en analysant l\'outil informatique utilisé par les standardistes de la station, des commentaires désobligeants sur des auditeurs.
Lors d'un contrôle en 2016, la Cnil a découvert, en analysant l'outil informatique utilisé par les standardistes de la station, des commentaires désobligeants sur des auditeurs. (THOMAS SAMSON / AFP)

Mediapart révèle un rapport de 2017, resté confidentiel, mettant au jour les commentaires injurieux des employés de la radio sur les auditeurs qui appelaient pour passer à l'antenne.

Le rapport de la Cnil, rédigé en 2017, était resté confidentiel. Mediapart révèle, dimanche 24 février, comment Europe 1 a stocké, pendant près de vingt ans, des informations confidentielles sur ses auditeurs, avec parfois des commentaires injurieux. Ils ont fait l'objet d'un avertissement de la Commission nationale de l'informatique et des libertés jamais rendu public.

Lors d'un contrôle en 2016, la Cnil a découvert, en analysant l'outil informatique utilisé par les standardistes de la station, des commentaires désobligeants sur des auditeurs qui avaient composé le 3921 pour passer à l'antenne. Mediapart livre quelques exemples tirés du rapport : "Patrice séropositif", "plus alcoolique mes fesses !", "arrêt maladie, traitement pour un cancer", "accent juif tunisien, insistant et désagréable", "accent du Maghreb, pas toujours claire, bavarde, a besoin de parler de son cancer", "gros con", "FACHO !!!", "voix de vieille pédale"...

Une "liste noire" de 448 auditeurs

Or, la loi interdit de recueillir sans consentement des données à caractère personnel relatives à la santé ou à l’orientation sexuelle, aux origines raciales ou ethniques, ou aux appartenances religieuses, rappelle Mediapart. La Cnil, qui a qualifié ces commentaires de "non adéquats" et "insultants", a jugé ce fichage "excessif". D'autant que le logiciel utilisé par Europe 1 a permis de stocker des informations sur 573 315 personnes depuis 2002, alors que les données auraient dû être effacées au bout de deux ans. Selon la direction d'Europe 1, interrogée par Mediapart, "la conservation des données sur une longue période provient d’une erreur technique".

Le rapport de la Cnil a également épinglé Europe 1 pour un autre fichier, qui contenait 448 auditeur interdits d'antenne. La plupart du temps, ceux-ci n'étaient pas informés d'avoir été placés sur une liste noire, contrairement aux règles en vigueur. Selon la station, il ne resterait aujourd'hui plus que cinq auditeurs interdits d'antenne.

Evoquant des "pratiques honteuses", le vice-PDG d'Europe 1, Laurent Guimier, assure sur Twitter que "la direction avait corrigé ces dérives inadmissibles" après le rapport de la Cnil en 2017.

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