Liberté de la presse dans le monde : "La haine des journalistes a dégénéré en violence", dénonce Reporters sans frontières

Christophe Deloire, à Bratislava, en Slovaquie, le 2 mars 2018.
Christophe Deloire, à Bratislava, en Slovaquie, le 2 mars 2018. (VLADIMIR SIMICEK / AFP)

Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans frontières, commente sur franceinfo le classement annuel de la liberté de la presse dans le monde dévoilé par l'ONG jeudi.

L’ONG Reporters sans frontières dévoile jeudi 18 avril le classement annuel de la liberté de la presse dans le monde. "Le nombre de pays où les journalistes peuvent vraiment faire leur travail de manière décente est en train de se réduire", commente Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, alors que l’indice global de la liberté de la presse dans le monde a baissé de 11 % en cinq ans. "Les insultes contre les journalistes, la haine propagée, sont des facteurs de passage à l’acte", regrette-t-il. 

franceinfo : Quelle forme prend la violence envers les journalistes ?

Christophe Deloire : La haine des journalistes a dégénéré en violence, et ça provoque même une mécanique de la peur. J’adorerais pouvoir annoncer des bonnes nouvelles, dire que l’indice globale de la liberté de la presse dans le monde s’améliore. Malheureusement en cinq ans, il s’est dégradé de 11%. Nous voyons que les insultes contre les journalistes, la haine propagée, sont des facteurs de passage à l’acte. Et que même en Europe ou aux Etats-Unis, des pays dans lesquels on n’imaginait pas il y a quelques années que des journalistes puissent être assassinés, et bien c'est le cas. C’est le cas parce que des responsables politiques ou d’autres groupes sociaux ont affaibli le journalisme à travers ces insultes, à travers la déligitimation et la justification des actes commis contre les journalistes. (...) Il n’y a jamais eu autant de menaces de morts en Europe ou aux Etats-Unis contre les journalistes. Il n’y avait jamais eu autant de recours à des sociétés de protection à cause de ces menaces de morts, par exemple aux Etats-Unis.

Cette hostilité est selon vous nourrie par les politiques aussi bien aux Etats-Unis qu’au Brésil. Qu'en est-il de la France ?

Elle est nourrie dans beaucoup d’endroits, y compris en Europe. Lorsque des assassinats de journalistes ont été commis sur le territoire européen, on a pu penser qu’il y avait là quelques actes tout à fait isolés. Les statistiques restent incomparablement meilleures en Europe par rapport à ce qu'elles sont en Afghanistan ou au Mexique, mais ces assassinats ne sont pas le fait du hasard, c’est le fait d’un affaiblissement du journalisme. Il y a parfois des conceptions du débat démocratique qui virent à l’ambiance de guerre civile, où les journalistes font figures de victimes expiatoires, où les journalistes sont accusés des dysfonctionnements de la société. Et cela malheureusement au moment même où on a besoin des journalistes pour pouvoir dévoiler toute sorte de réalités, à une époque où il y a une emprise très forte de la communication, de la propagande et des rumeurs.

Au-delà des frontières américaines et européennes, vous dites que les pays laboratoires du contrôle de l’information sont de plus en plus nombreux. Qu’est-ce que ça veut dire ?

Des pays, comme ce que faisait la Turquie il y a quelques années, utilisent des moyens divers et variés pour empêcher le journalisme. Quand on parle de laboratoire, c’est le fait d’évoquer ces expériences qui sont menées avec des moyens très divers, qui vont de l’incarcération des journalistes à la coupure des signaux satellitaires, aux pressions sur les annonceurs pour l’affaiblissement économique. Le nombre de pays où les facteurs de pressions sur le journaliste sont utilisés est en train de s’accroitre. L’an dernier, il y avait 26% des pays où la liberté de la presse était considérée comme satisfaisante voire très satisfaisante. On est passé à 24%. Le nombre de pays où les journalistes peuvent vraiment faire leur travail de manière décente est en train de se réduire.

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