Le PDG de France Télévisions a écrit vendredi à Martine Aubry pour lui demander si elle cautionnait Vincent Peillon (PS)

Vincent Peillon, eurodéputé socialiste.
Vincent Peillon, eurodéputé socialiste. (AFP/JEAN-PIERRE MULLER)

"J'aimerais savoir si vous-même et le Parti socialiste cautionnez cet appel à la démission collective" des responsables audiovisuels, écrit notamment Patrick de Carolis, qualifiant la démarche de M. Peillon de "désertion".Ce dernier n'a pas participé à un débat sur l'identité nationale dans l'émission "A vous de juger" où il était attendu.

"J'aimerais savoir si vous-même et le Parti socialiste cautionnez cet appel à la démission collective" des responsables audiovisuels, écrit notamment Patrick de Carolis, qualifiant la démarche de M. Peillon de "désertion".

Ce dernier n'a pas participé à un débat sur l'identité nationale dans l'émission "A vous de juger" où il était attendu.

"Je n'ai jamais vu ça et je ne démissionnerais pas", a dit vendredi sur RTL la directrice de l'information de France Télévisions, qui présentait "A vous de juger" jeudi soir. M. Peillon a "privé les Français d'un débat entre un représentant de l'opposition et Eric Besson", le ministre de l'Immigration, a regretté Mme Chabot.

"Je ne trouve pas très bien qu'il ait choisi d'annoncer après le début de l'émission son refus d'y participer pour nous empêcher d'inviter quelqu'un d'autre (...). Ca n'est pas bon pour la démocratie", a-t-elle déploré, la direction du groupe public lui ayant réaffirmé son "entière confiance".

En se décommandant au dernier moment d'un débat sur l'identité nationale organisé par l'équipe d'A vous de juger", émission politique sur France 2, l'eurodéputé socialiste dit avoir préparé son coup. Il a affirmé vendredi avoir pris sa décision "depuis longtemps" pour "faire un incident".

Martine Aubry était "informée"
La première secrétaire du Parti socialiste Martine Aubry a déclaré vendredi qu'elle soutenait "pleinement" la décision de Vincent Peillon de ne pas participer à ce débat jeudi soir, reconnaissant qu'elle en avait été informée. "Il m'a prévenu de sa décision et je la soutiens pleinement", a dit la maire de Lille à des journalistes, en marge de ses voeux à la presse régionale.

Alors que l'émission avait déjà commencée, l'eurodéputé socialiste a prévenu qu'il n'y participerait pas. "J'avais pris ma décision depuis plusieurs jours. C'était préparé avec quelques-uns. Je voulais qu'il y ait un incident. Il fallait que ça fasse un peu scandale", a déclaré M. Peillon au site internet Rue89.

"Je crois que si on n'attire pas fortement l'attention sur les choses, les choses ne se font pas. Si j'avais annoncé plus tôt ma décision que j'avais prise depuis longtemps, alors on aurait peut-être trouvé un remplaçant, il y en a toujours un pour venir à la télévision, et on aurait refait l'émission autrement", a aussi expliqué M. Peillon sur RMC.

"Donc je pense qu'il fallait procéder comme ça et je n'y ai pas réfléchi seul, il y a des moments où il faut trouver des moyens de se faire entendre et des moyens d'entrer en résistance, je pense qu'on en est là", a-t-il ajouté.

Le FN dénonce des "méthodes scandaleuses"
La vice-présidente du Front national Marine Le Pen a dénoncé vendredi "des méthodes scandaleuses" à propos de cette absence. Invité de Sud Radio, Jean-Marie Le Pen a vu lui un "faux prétexte" dans le faux bond de Vincent Peillon. Selon le président du FN, l'élu socialiste "ne voulait peut-être pas discuter avec le traître (Besson, ndlr)". Eric Besson avait quitté le Parti socialiste en 2007 au moment de la campagne présidentielle.

Vincent Peillon a dénoncé aussi dans les modalités d'organisation de l'émission une "dérive" "indigne et inacceptable". Il disait déplorer qu'en dépit du faible intérêt des Français pour ce débat, la direction de France 2 n'ait "pas trouvé mieux, en cette rentrée 2010, que de consacrer la seule émission politique de début de soirée à Eric Besson et de le faire dialoguer avec Marine Le Pen", vice-présidente du FN.

"Pour habiller le tout, on m'a demandé, en tant que responsable socialiste, de venir cautionner cet exercice d'abaissement national en voulant bien jouer les idiots utiles en deuxième partie de soirée", a argumenté Vincent Peillon.

Arlette Chabot a expliqué que Vincent Peillon était tout à fait au courant des modalités de l'émission et qu'il devait participer, en deuxième partie d'émission, à ce débat avec le ministre de l'Immigration Eric Besson et la vice-présidente du Front national, Marine Le Pen.

La directrice générale adjointe de l'information de France Télévisions a déploré sur le plateau ce "coup d'éclat regrettable" et expliqué que l'émission avait été préparée "dans la plus grande transparence". Elle a indiqué qu'elle avait encore eu Vincent Peillon au téléphone le jour même.

La rédactrice en chef d'"A vous de juger", Nathalie Saint-Cricq, a qualifié de "méthode de voyou" ce retrait in extremis. Elle a exprimé son "immense étonnement qu'il (M. Peillon) n'ait pas pris la peine de nous téléphoner, alors même qu'Arlette Chabot lui a longuement parlé à la mi-journée".

Mme Saint-Cricq a précisé avoir contacté l'eurodéputé dès décembre. "Il connaît depuis le début les conditions du débat, le conducteur, la durée de tous les intervenants", a-t-elle expliqué. "C'est lui qui a choisi de passer en deuxième partie de soirée", a-t-elle poursuivi, donnant sa "parole d'honneur". "Il avait le choix entre le début et la fin de cette émission".

Eric Besson et Marine Le Pen : débat animé
Les échanges ont été vifs entre le ministre de l'Immigration et la vice-présidente du FN, sur le plateau. Eric Besson a qualifié Marine Le Pen de "dinosaure de la politique". "Vous utilisez le mensonge, des méthodes qui devraient avoir disparu d'une démocratie moderne", lui a-t-il dit, tandis qu'elle l'accusait de "régler des petits comptes minables" quand il a évoqué l'absentéisme de l'eurodéputée au Parlement européen.

Le texte intégral de la lettre du PDG de France TV

Madame la Première Secrétaire,
Au-delà de la forme, particulièrement déplaisante, avec laquelle Monsieur Vincent Peillon, député européen, a refusé de participer au débat organisé hier [jeudi, ndlr] soir sur France 2 alors qu'il devait y représenter le Parti socialiste, cette désertion pose un grave problème de fond sur lequel je souhaiterais obtenir votre éclairage.

La télévision publique a, comme vous le savez, pour mission d'organiser et de faire vivre le débat public. Or, elle doit pour cela pouvoir exercer sa pleine liberté éditoriale dans le strict respect des règles du pluralisme fixées et contrôlées par le Conseil supérieur de l'audiovisuel.

Dans ce contexte, soit l'attitude de Monsieur Peillon est une initiative personnelle et elle n'aura pas d'autre retentissement que celui que l'opinion voudra bien lui donner, soit elle est le fruit d'une décision réfléchie et concertée du parti politique dont vous avez la charge.

Les propos de Vincent Peillon qui a déclaré vous avoir informée de sa décision il y a plus de 48 heures et le soutien public que vous venez de lui apporter par voie de dépêche de presse le laissent entendre.
Si tel est vraiment le cas, le boycott volontaire des antennes de France Télévisions par un élu socialiste menace le fonctionnement même du débat démocratique dans les médias audiovisuels qu'ils soient publics ou privés.

Je me permets en effet de rappeler que d'ici à quelques semaines nous allons entrer dans une période de campagne électorale au cours de laquelle la télévision publique va multiplier les émissions politiques alors même que les règles de pluralisme seront beaucoup plus contraignantes.

Vous comprendrez donc, Madame la Première Secrétaire, que les rédactions du groupe France Télévisions doivent être informées des intentions du Parti Socialiste à ce sujet.

Par ailleurs, dans le communiqué qu'il a publié pour justifier son refus de participer à l'émission « A vous de juger » alors même que celle-ci venait de commencer, Monsieur Vincent Peillon demande la démission de Madame Arlette Chabot, Directrice générale adjointe chargée de l'information, et pour faire bonne mesure, de tous les responsables de France 2 ayant organisé et autorisé la tenue de ce débat.
Je ne mentionne évidemment pas les termes utilisés par Monsieur Vincent Peillon pour qualifier la télévision publique mais j'aimerais savoir si vous-même et le Parti Socialiste cautionnez cet appel à la démission collective. Un tel appel à la démission de responsables audiovisuels et de journalistes est je crois sans précédent depuis quelques dizaines d'années.

La télévision publique appartient à la Nation toute entière. Ses salariés, qu'ils soient ou non journalistes, donnent au quotidien et dans des conditions parfois difficiles le meilleur d'eux-mêmes pour informer les téléspectateurs.

Vous comprendrez qu'en tant que Président de France Télévisions je ne puisse tolérer qu'il soit porté atteinte à leur honneur et c'est pour cette raison que je rendrai cette lettre publique après vous l'avoir fait parvenir.

La vie politique a ses pratiques et ses usages. La vie démocratique, elle, a ses règles et a ses lois. Si l'un des principaux acteurs de cette vie démocratique refuse de les respecter c'est le contrat social lui-même qui vole en éclat.

Soyez assurée que je serais extrêmement heureux de pouvoir m'entretenir directement avec vous des suites de cette affaire.

Je vous prie de croire, Madame la Première Secrétaire, à l'expression de ma considération distinguée et de mes respectueux hommages.

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