Grumpy Cat, Bob l'éponge, Salt Bae... On vous raconte les histoires de 10 mèmes qui ont marqué les années 2010

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. (BAPTISTE BOYER / FRANCEINFO)

Grumpy Cat et sa moue boudeuse, le chanteur canadien Drake et ses pas de danse bancals dans le clip "Hotline Bling" ou encore le regard éberlué de la petite Chloe font partie des icônes du web sélectionnées par franceinfo.

Ils fleurissent sur internet. On s'en sert pour réagir, s'indigner, se moquer (parfois de soi-même), exprimer une victoire (plus ou moins grande) ou tout simplement s'amuser : les mèmes sont devenus incontournables sur les réseaux sociaux et le web. Mème ? Ce terme d'origine anglophone, à ne pas confondre avec le mot "même", "est utilisé pour décrire un élément ou un phénomène repris et décliné en masse sur internet", comme l'a expliqué franceinfo.

Un mème, d'après le très sérieux Oxford English Dictionary, est un élément d'une culture ou d'un ensemble de comportements qui se transmet d'un individu à l'autre par imitation ou par un quelconque autre moyen non-génétique. Généralement, un élément devient un mème lorsqu'il est devenu viral, et qu'il a donc été repris et détourné. Franceinfo revient sur les histoires de dix mèmes qui ont marqué la décennie qui s'achève (et que vous avez très probablement aperçus ou utilisés au moins une fois).

1L'homme hurlant à l'oreille d'une femme dans une boîte de nuit (2018)

Capture d\'écran d\'une photographie montrant un jeune homme parlant à l\'oreille d\'une jeune femme dans un club d\'Edimbourg (Ecosse, Royaume-Uni), en septembre 2018.
Capture d'écran d'une photographie montrant un jeune homme parlant à l'oreille d'une jeune femme dans un club d'Edimbourg (Ecosse, Royaume-Uni), en septembre 2018. (DR)

Un jeune homme hurle à l'oreille d'une jeune femme à l'air aussi impassible que fatigué : une scène habituelle dans une boîte de nuit. Sauf que cette photographie d'un moment, a priori banal, saisi dans un club d'Edimbourg (Ecosse, Royaume-Uni), est rapidement devenue virale en 2018. Initialement partagé sur Facebook, le cliché a enregistré quelque 20 000 partages et a gagné les autres réseaux sociaux. Le jeu des internautes : imaginer ce que dit le jeune homme.

Les deux protagonistes de ce mème ont été retrouvés. Lucia et Patrick sont "de très vieux amis d'école", révèle la jeune femme au site écossais TheTab (en anglais). "Mais je veux bien croire qu'en regardant l'expression de mon visage, on ne dirait pas du tout qu'on se connaît", concède l'étudiante à l'université de Strathclyde, à Glasgow. Que lui dit Patrick à l'oreille ? "C'est la question que tout le monde me pose, et je ne peux toujours pas vous donner de réponse. J'aimerais savoir, mais honnêtement, à ce moment-là de la nuit, je crois qu'on aurait pu me dire n'importe quoi, ça serait rentré par une oreille et sorti par l'autre", répond-elle, affirmant qu'elle était sur le point de partir, épuisée.

Patrick raconte au micro de la radio écossaise Capital Scotland (en anglais) que son cousin a vu l'image sur une page Facebook australienne, "ce qui est dingue", commente-t-il. "Je suis très surpris [par l'ampleur du phénomène] parce que c'est juste tout à fait normal. Quel est le problème ?" s'interroge-t-il. De son côté, Lucia se félicite de cet épisode "incroyablement amusant" qui lui a permis de gagner des abonnés sur Instagram.

2Salt Bae (2017)

Cette histoire est une illustration de ce qui fait tout le sel d'internet. En 2017, le geste de ce restaurateur turc a fait plusieurs fois le tour du monde en un temps record. Tout démarre le 7 janvier de cette année-là, lorsque Nusret Gökçe poste sur Instagram une vidéo de 36 secondes sobrement intitulée "Ottoman steak". Tee-shirt blanc près du corps, lunettes de soleil sur le nez, il découpe une pièce de viande en tranches sur une planche, en extérieur, sur une terrasse de ce que l'on devine être son restaurant. Mais ce qui fait sa renommée sur internet réside dans la façon très particulière, théâtrale et presque sensuelle, dont le cuistot assaisonne l'ensemble de sel. Voici la vidéo originale.

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Ottoman steak

Une publication partagée par Nusr_et#Saltbae (@nusr_et) le

Nusret Gökçe est aussitôt mondialement surnommé Salt Bae ("Salt" pour sel, en anglais, et "Bae" étant un mot d'argot anglais pour évoquer un petit copain, une petite amie, ou encore un époux). Il devient une personnalité de la culture populaire. En avril, la chanteuse Rihanna s'affiche même avec un tee-shirt à l'effigie du restaurateur.

En France, dès le mois de février, le footballeur brésilien Doria, qui joue alors à l'OM, fait parler de lui en imitant Salt Bae. Il reproduit son geste sur la pelouse du Vélodrome en célébrant son but. Mais il n'est pas le premier footballeur à le faire puisque deux joueurs du Bayer Leverkusen et l'Anglais Danny Welbeck l'ont devancé.

Salt Bae a même été évoqué pendant la campagne présidentielle de 2017 lorsqu'Emmanuel Macron a parlé de "poudre de perlimpinpin" lors du débat d'entre-deux-tours face à Marine Le Pen.

La notoriété de Salt Bae ne s'est pas arrêtée là puisqu'il a reçu dans son restaurant des vedettes comme l'acteur américain Leonardo DiCaprio ou encore le footballeur français Franck Ribéry. Ce dernier avait d'ailleurs été violemment critiqué sur les réseaux sociaux, en janvier 2019, pour avoir déboursé 300 euros afin de manger une entrecôte recouverte d'une feuille d'or préparée par Nusret Gökçe. Qu'importe la polémique, la success story de Salt Bae se poursuit : il a été aperçu sur le tapis rouge lors de la montée des marches du Festival de Cannes, en mai 2019, reproduisant son fameux geste.

3Distracted boyfriend (2017)

Exemple d\'utilisation du mème Distracted boyfriend.
Exemple d'utilisation du mème Distracted boyfriend. (DR)

Cette image, surnommée Le petit ami distrait (Distracted boyfriend, en anglais), est devenue virale en 2017. Cette photo montre un jeune homme marchant dans la rue, main dans la main avec sa petite amie. Mais il se retourne pour regarder une autre jeune femme allant en sens inverse tandis que sa compagne le fixe avec un visage exprimant à la fois le dégoût, l'incompréhension, l'effroi et la colère.

Détourné un nombre incalculable de fois, le cliché sert à montrer ou moquer le changement d'intérêt d'une personne (ou d'un groupe de personnes) pour un autre domaine (parfois proche, parfois opposé ou parfois tout autre).

Le cliché provient en réalité d'une série de photos d'illustration de l'agence Getty-iStock. Elle a été prise par le photographe espagnol Antonio Guillem, en 2015, à Gérone, en Espagne. "J'ai décidé d'organiser cette session en proposant une manière décontractée de représenter le concept d'infidélité. Les scénarios ont été improvisés faute de temps. Comme je travaille presque toujours avec les mêmes mannequins, il était assez facile de composer l'image", explique-t-il au quotidien espagnol El Pais (en espagnol). Mais tout n'a pas été aisé. "C’était assez compliqué de réussir à avoir des expressions faciales crédibles, raconte au site spécialisé Wired (en anglais) le photographe barcelonais. Surtout parce qu’on travaillait vraiment dans la bonne humeur. La plupart du temps, l’un des mannequins rigolait alors qu’on essayait de le prendre en photo."

"Je n’ai jamais pensé qu’une de mes images pouvait être aussi populaire, concède Antonio Guillem. Et d'avouer sa méconnaissance de la culture internet. 

Je ne savais même pas ce qu’était un mème avant il y a peu, quand les mannequins ont commencé à me parler des détournements que les gens faisaient avec notre travail.Antonio Guillem, photographe du Distracted boyfriendà Wired

Le plus étonnant dans l'histoire de cette photo est peut-être qu'elle n'est pas le plus gros succès commercial d'Antonio Guillem. "Nos meilleures images font plus de 5 000 à 6 000 ventes à l’année, tandis que la photo du mème est vendue environ 700 fois par an", relève-t-il. Ce qu'il ne dit pas dans cette interview, c'est qu'il a également réalisé le miroir de ce mème.

4"This is fine" (2016)

Le mème appelé \"This is fine\", issu d\'une œuvre de l\'artiste américain KC Green.
Le mème appelé "This is fine", issu d'une œuvre de l'artiste américain KC Green. (DR)

Un chien coiffé d'un chapeau se trouve dans une pièce dévorée par les flammes. Il n'y a aucune issue, même la porte est barrée par le feu. Malgré tout, le chien reste assis à table avec une tasse de café et déclare "This is fine" ("C'est bien"). La scène est un concentré d'ironie. Ou l'expression de la résignation face à une situation désespérée.

Ce mème, également très utilisé en gif animé, peut s'appliquer dans des situations plus ou moins graves et pour des problèmes (globaux ou plus personnels). 

L'illustration a été abondamment utilisée, par exemple, pour décrire la situation outre-Manche après le vote du Brexit ou pendant les négociations qui ont suivi.

Parfois, l'ensemble du mème est détourné, comme l'a fait un auteur pour commenter la situation en France en décembre 2018, au début du mouvement des "gilets jaunes".

Les images originales sont issues d'une œuvre de l'auteur américain KC Green. Elles ont initialement été publiées en janvier 2013 dans une bande dessinée en ligne appelée Gunshow. Cette dernière a été adaptée en dessins animés par le groupe Adult Swim en 2016. C'est là qu'elle devient virale. 

Lorsqu'il dessine la fameuse scène, en 2013, KC Green explique au site spécialisé The Verge (en anglais) qu'il était au plus bas moralement. "J'étais encore en train de me battre avec moi-même – avec mes antidépresseurs", raconte-t-il, évoquant des jours noirs où rien ne va, mais où "tu essaies de les ignorer". Pour lui, la popularité du mème vient du fait que "c'est un sentiment que nous avons tous, apparemment".

On se dit : 'Les choses partent en fumée autour de moi, mais vous devez sourire parfois.' C'est un sentiment humain basique.KC Green, auteurà The Verge

Les deux images du chien dans la pièce en feu proviennent d'une plus grande planche qui en compte six. Pour KC Green, si seules les deux premières ont été massivement partagées, c'est grâce à la "brièveté" du message. "Des mèmes rapides. C'est tout ce que les gens veulent", commente-t-il. En août 2016, en réaction au climat politique aux Etats-Unis (avec la campagne pour la présidentielle et la bataille entre Donald Trump et Hillary Clinton), KC Green publie une version alternative (en anglais) où le chien lance "This is not fine", sort de léthargie et finit par éteindre l'incendie.

5Blinking White Guy (2015)

Ce gif est abondamment utilisé sur les réseaux sociaux pour exprimer la surprise, l'étonnement, l'incrédulité. D'après le site spécialisé Know your meme (en anglais), il a été partagé une première fois en 2015, mais sa popularité a explosé en 2017 après avoir été utilisé dans un tweet parlant d'un cours de biologie. Très vite, le gif est nommé, faute de précisions, Blinking White Guy ("Homme blanc clignant des yeux").

Mais l'homme qui est filmé a évidemment un nom : il s'appelle Drew Scanlon. C'est un journaliste américain né en 1986. Les images du fameux gif ont été tournées en 2013 dans le cadre d'une émission diffusée en direct sur internet, baptisée "Unprofessional Fridays", pour le site Giant Bomb, spécialisé dans les jeux vidéo. Voici l'extrait de cette émission où Drew Scanlon cligne des yeux. Il se trouve en haut à gauche de l'image.

A ce moment précis, son collègue teste le jeu Starbound et Drew Scanlon réagit à l'une de ses plaisanteries. "C'était juste une blague sur une émission de deux heures. A ce moment-là, ça n'était pas ressorti comme quelque chose de spécial", explique-t-il au site américain Buzzfeed (article en anglais). "Les fans de Giant Bomb sont passionnés et ils faisaient constamment des gifs de nous. Donc cela n'était pas vraiment nouveau pour moi", précise-t-il. Mais il a été refroidi par le nombre très important de partages :

Quand j'ai commencé à sentir l'ampleur que ça prenait, c'était, honnêtement, un peu effrayant parce que c'était hors de mon contrôle.Drew Scanlon (Blinking White Guy)à Buzfeed

"L'une des choses les plus bizarres est que quatre ans se sont écoulés entre le tournage de la vidéo et le moment où le mème a été massivement partagé, confie Drew Scanlon. Je ne sais pas pourquoi c'est arrivé. Je l'attribue toujours à la théorie du chaos d'internet", explique le trentenaire, qui affirme n'avoir été reconnu qu'une seule fois dans la rue.

6Drake dans le clip de "Hotline Bling" (2015)

Le chanteur canadien Drake ne casse pas que les charts (il a été l'artiste le plus populaire sur Spotify entre 2010 et 2019 avec 28 milliards d'écoutes). Il a aussi l'habitude de "casser internet". Après avoir été copieusement moqué par le passé, comme en 2014 lorsqu'il est filmé lors d'un match de NBA en train d'enlever des peluches de son pantalon, Drake prend les devants en 2015.

Dans le clip de la chanson Hotline Bling, sorti cette année-là, il effectue différents pas de danse que certains jugent plus ou moins disgracieux. La vidéo dure 4 minutes et 57 secondes. Mais deux images ont été retenues pour être détournées. Elles sont agencées dans un montage et accompagnées de texte. Le message se veut clair : la première ligne exprime un rejet et la seconde une approbation.

Un mème de Drake comparant le films \"Stars Wars : The Last Jedi\" et la série \"The Mandalorian\"
Un mème de Drake comparant le films "Stars Wars : The Last Jedi" et la série "The Mandalorian" (DR)

Un mème de Drake comparant les films aux livres.
Un mème de Drake comparant les films aux livres. (DR)

Un mème de Drake comparant le fait d\'aller à l\'école et le fait de regarder Netflix toute la journée.
Un mème de Drake comparant le fait d'aller à l'école et le fait de regarder Netflix toute la journée. (DR)

Drake n'a pas été vexé par le phénomène. Il a obtenu exactement ce qu'il cherchait, estime le New York Times (en anglais), en 2015. "Aucune célébrité ne comprend mieux que Drake les mécanismes des obsessions d'internet", écrit le prestigieux quotidien américain.

L'artiste a tourné à son avantage le fait d'être un mème, sentant le coup marketing à en tirer, analyse, en 2016, Les Inrocks (article payant). "Il a une équipe forte autour de lui, qui comprend les mèmes et l'importance d'être toujours en pointe là-dessus, explique au Guardian (en anglais) Dirty South Joe, un DJ de Philadelphie (Etats-Unis) qui, une fois par mois, est aux platines lors d'une soirée où ne sont diffusés que des titres de Drake. Et d'ajouter : "Ce n'est pas une dominance de la culture avec lui, c'est une dominance de la culture populaire."

7"Non mais allô, quoi ?" (2013)

L'univers des mèmes est dominé par des références américaines (parce qu'elles sont en anglais et peuvent être comprises par un très grand nombre de personnes autour du monde). Mais il en existe des versions plus locales. En France, la réplique "Non mais allô, quoi ?" est un incontournable des années 2010.

La phrase est lancée en 2013 par Nabilla Benattia, alors candidate de l'émission "Les Anges de la téléralité", sur NRJ12 : "Nan mais allô quoi, t'es une fille et t'as pas de shampoing ? C'est comme si j'te dis, 't'es une fille et t'as pas de cheveux.'"

Aussitôt, la séquence circule sur les réseaux sociaux. Nabilla relaie sur son compte Twitter l'avalanche de messages qui lui font référence (pour la saluer ou la moquer). Les quatre mots sont utilisés pour exprimer l'étonnement, la consternation. Toujours en mars 2013, des députés de l'opposition (UMP) les lancent à l'Assemblée nationale lors des questions au gouvernement.

La vidéo de sa tirade fait 10 millions de vues en un mois. La formule est rapidement détournée dans des publicités par des marques, comme Ikea, Oasis, Dia ou le site de vente de chaussures Sarenza.

La jeune femme réagit en avril et dépose la marque à l'Institut national de la propriété intellectuelle (Inpi). Mais la formule continue d'être utilisée, notamment par des politiques. Christophe Castaner, qui n'était pas encore ministre de l'Intérieur mais député socialiste, s'y était essayé sur Twitter.

Dans une autobiographie publiée en 2016, et intitulée Trop vite, Nabilla Benattia estime avoir accédé au rang de célébrité en "22 secondes, à 22 ans, un après-midi de mars 2013, à Miami"

Des années plus tard, la formule est toujours populaire. En 2017, Nabilla la lance lors d'une brève apparition dans une bande-annonce de la série Orange Is the New Black. L'expression de Nabilla s'est même durablement installée. Une professeure de lettres au collège et blogueuse pour le magazine Télérama titre ainsi un billet en 2018 : "T’es un prof, t’as pas de portable, non mais allô, quoi ?!" Au sein de la majorité LREM, les explications sont parfois ponctuées de la fameuse expression, comme le rapporte le Journal du dimanche.

8Side Eye Chloe (2013)

Le visage médusé de cette fillette américaine, qui se prénomme Chloe, permet d'exprimer à la fois l'interrogation, l'incompréhension, la confusion voire la gêne. Il est désormais un incontournable des discussions en ligne. Les images proviennent d'une vidéo partagée par sa mère sur YouTube, en 2013. A l'époque, Chloe n'a que 2 ans. Elle se trouve à l'arrière d'une voiture, avec sa grande sœur, Lily, alors que leurs parents les emmènent, par surprise, à Disneyland. Chloe lance son regard de côté alors que sa sœur fond en larmes en apprenant la nouvelle. Elle "a fait cette moue, qu'elle fait tout le temps, tous les jours. Il n'y avait rien de nouveau"raconte leur mère, Katie, au site américain Buzzfeed dans cette vidéo (en anglais).

Ce jour-là, le 12 septembre 2013, Katie met en ligne la vidéo sur YouTube et la famille file au parc d'attractions dans la foulée. Le succès est immédiat. "Cela a vraiment perturbé notre voyage, mon téléphone n'arrêtait pas de sonner", relate Katie. Dans les allées de Disneyland, des touristes reconnaissent Chloe, l'interpellent et lui réclament des photos. Un phénomène qui s'est accentué au fil des années, selon Katie. Aujourd'hui, Chloe dit être toujours amusée par la réaction de ses amis lorsqu'elle leur apprend qu'elle est la fille de ce mème.

Preuve que Chloe est devenue une véritable star d'internet ? En 2017, elle s'est rendue à Sao Paulo (Brésil) car le géant américain Google menait une campagne de publicité dont elle est l'égérie.

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Google is amazing! Chloe loves seeing herself on the elevator door and all over #saopaulo! You have a beautiful city! . . . #chloe #google

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Elle a même signé une affiche sur laquelle elle apparaît.

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Signing autographs at #google! . . . #chloe #google #saopaulo

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9Bob l'éponge et son arc-en-ciel

Le dessin animé Bob l'éponge (Spongebob Squarepants, en anglais) est arrivé à la télévision en 1999. Mais les personnages de la fiction sous-marine sont devenus une source intarissable de mèmes dans les années 2010, comme l'explique le site Mashable (en anglais). La raison d'une telle popularité ? Des mimiques et des grimaces largement exagérées, très visuelles et donc faciles à identifier, dans un univers enfantin et sympathique.

Parmi toutes les situations du dessin animé qui ont été détournées, franceinfo retient celle où le personnage principal dessine un arc-en-ciel en écartant les bras car il est l'un des plus marquants, comme le confirme à Vulture (en anglais) la journaliste Madison Malone Kircher, spécialiste des mèmes.

Dans le dessin animé, lorsque Bob l'éponge réalise ce geste, il dit en même temps "Imagination". L'image fidèle au sens de la version originale donne ce résultat.

Mais les internautes l'ont détournée. Ils n'ont gardé que l'image et lui ont associé des messages très différents.

Mème de Bob l\'éponge disant \"You\'re welcome\" (\"Vous êtes les bienvenus\").
Mème de Bob l'éponge disant "You're welcome" ("Vous êtes les bienvenus"). (DR)

Mème de Bob l\'éponge disant \"One year of procrastination\" (\"Un an de procrastination\").
Mème de Bob l'éponge disant "One year of procrastination" ("Un an de procrastination"). (DR)

Mème de Bob l\'éponge disant \"Nobody cares\" (\"Tout le monde s\'en fiche\").
Mème de Bob l'éponge disant "Nobody cares" ("Tout le monde s'en fiche"). (DR)

La dernière image, avec le message "Nobody Cares" ("Tout le monde s'en fiche") a rencontré un franc succès. Une chanson avec simplement cette image en illustration et une chorale chantant "Nobody cares" sur l'air de la Cinquième symphonie de Beethoven a été publié sur YouTube, enregistrant quelque 300 000 vues. 

Madison Malone Kircher juge, en 2018, dans un article du New York magazine (en anglais) qu'il s'agit d'une dérive. Le problème, selon elle, n'est pas le détournement, mais le fait que ce message plutôt négatif et agressif est à l'opposé de l'épisode original d'où est extrait le mème. Pas sûr que son avis soit partagé et entendu tant la moquerie (de soi-même et des autres) fait partie des échanges en ligne.

10Grumpy Cat (2012)

Sa moue boudeuse a valu à Tardar Sauce (oui, c'est le nom de cette chatte américaine) d'être surnommée Grumpy Cat, en français le chat grincheux. Elle devient une star d'internet en 2012 alors qu'elle n'a que 5 mois. Selon le site spécialisé Know your meme (en anglais), tout part de photos partagées sur Reddit, le 23 septembre, par le frère de Tabatha Bundesen, la maîtresse du matou. Le post est instantanément plébiscité, les clichés aussitôt détournés. Les autres connaissent le même succès. Son air mécontent, blasé, contrebalance le phénomène, alors en vogue, des lolcats (des chats drôles ou mignons).

Le succès est stratosphérique. Grumpy Cat finit par se retrouver dans de nombreuses émissions de télévision américaines, comme le "Morning show" ou encore "American Idol" auprès de la chanteuse Jennifer Lopez.

En 2013, Grumpy Cat se retrouve sur la première page du très sérieux Wall Street Journal et fait la couverture du magazine New York.

Elle apparaît même, en 2016, à Broadway, dans une représentation de la comédie musicale Cats.

Mais en mai 2019, la famille de Grumpy Cat annonce sa mort. "En plus d'avoir été notre bébé et un membre précieux de notre famille, Grumpy Cat a aidé des millions de personnes à travers le monde à sourire (...). Sa mémoire continuera de vivre grâce à ses fans", écrit sa famille dans un communiqué. Sa disparition est relayée par de très nombreux médias à travers le monde. Elle n'est pas seulement évoquée dans des titres spécialistes de la culture internet. Des publications généralistes, dont franceinfo, en ont parlé. L'agence France-Presse lui consacre même une dépêche. "Avec Grumpy Cat s'éteint la première génération de mèmes", titre Slate. A quoi vont ressembler ceux des années 2020 ? Rendez-vous dans dix ans.

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