Trois ans après les attentats de 2015, la priorité est à "la prise en charge des détenus radicalisés"

Sébastien Pietrasanta, ancien député socialiste et rapporteur de la commission d\'enquête sur les moyens mis en œuvre par l\'Etat pour lutter contre le terrorisme
Sébastien Pietrasanta, ancien député socialiste et rapporteur de la commission d'enquête sur les moyens mis en œuvre par l'Etat pour lutter contre le terrorisme (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Alors que France commémore dimanche l’attentat de Charlie Hebdo, Sébastien Pietrasanta, rapporteur de la commission d'enquête sur les moyens mis en œuvre par l'Etat pour lutter contre le terrorisme, estime sur franceinfo que "la prise en charge des détenus radicalisés en prison est une priorité".

Trois ans après les attentats de janvier 2015 à Paris, Sébastien Pietrasanta, ancien député socialiste et rapporteur de la commission d'enquête sur les moyens mis en œuvre par l'Etat pour lutter contre le terrorisme, estime sur franceinfo dimanche 7 janvier qu'aujourd'hui, la priorité "est la prise en charge des détenus radicalisés" en prison. "Dès 2020, des dizaines d'individus qui ont été condamnés pour terrorisme vont sortir et c'est un véritable enjeu pour la société, pour notre sécurité publique", a-t-il mis en garde.

franceinfo : Mediapart a révélé qu'une note d'alerte aurait été écrite et négligée par les services de renseignement quelques jours avant l'attentat à Saint-Etienne-de-Rouvray en juillet 2016. Tout est vraiment fait pour lutter contre les terroristes ?

Sébastien Pietrasanta : Il y a une vraie volonté, à la fois des différents gouvernements successifs mais aussi des services de renseignement de lutter ardemment contre le terrorisme. Une enquête a été diligentée par l'IGPN pour vérifier les dires de Médiapart. Mais de manière générale, il faut reconnaitre le travail utile et très efficace des services de renseignement. Il y a eu un travail indéniable sur les effectifs et des moyens supplémentaires ont été débloqués, néanmoins on doit continuer à organiser les services de renseignement de manières différentes. Cela a été le cas avec la création de la "task force" par Emmanuel Macron, mais on doit aller encore plus loin avec notamment un service de renseignement territorial beaucoup plus important qui puisse récupérer les prérogatives des services de renseignements qui sont déjà existants.

Faut-il augmenter les effectifs ?

On a déjà une augmentation importante des effectifs à la DGSI et du service central du renseignement territorial, des différents services du renseignement. On doit aller encore plus loin. Il y a un accompagnement qui est prévu encore en termes d'augmentation des effectifs dans les prochaines années. La fluidité de l'information a été faite notamment avec la création dès le printemps 2015, donc avant les attentats du 13 novembre, de la cellule Allat qui réunit au sein de la DGSI les représentants des différents services de renseignement.

Quels sont les difficultés rencontrées par les services de renseignement ?

La vraie difficulté dans les banlieues et les quartiers, c'est évidemment le recrutement de sources humaines. Ce n'est pas toujours évident pour les services de renseignement de pouvoir travailler dans des quartiers sans se faire repérer. On a des lieux de culte qui doivent être fermés. En même temps, il faut trouver le curseur car ils sont aussi surveiller. C'est aussi un moyen de pouvoir suivre tel ou tel individu.

Quel est selon vous la grande priorité en matière de lutte contre le terrorisme ?

La priorité, c'est la question de la prison. Il y a un gros travail à faire en milieu carcéral même si des choses ont été faites. On doit aller encore plus loin dans la lutte contre le terrorisme en milieu carcéral, sur la prise en charge des détenus radicalisés. On parle beaucoup des revenants, mais il y un enjeu sur les sortants de prison dans les prochaines années. Dès 2020, des dizaines d'individus qui ont été condamnés pour terrorisme vont sortir et c'est un véritable enjeu pour la société pour notre sécurité publique.

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